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La crise? Pas à Wall Street!

Journaliste

Après le Nasdaq, le S&P 500 retrouve son niveau d'avant le krach du printemps. Mais gare aux effets collatéraux des politiques budgétaires et monétaires.

Si on avait affirmé, à la mi-mars, que cinq mois plus tard, les marchés boursiers auraient effacé les pertes abyssales enregistrées à l'époque, on nous aurait pris pour des fous. C'est pourtant ce qui est en train de se produire sous nos yeux à Wall Street où, après l'indice technologique Nasdaq, c'est au tour du S&P 500, plus représentatif de la tendance de l'ensemble de la Bourse de New York, de retrouver ses sommets d'avant la crise.

La crise? Quelle crise? Sur les marchés américains, les investisseurs sont plus que jamais convaincus que l'économie traversera la pire récession depuis la dernière guerre mondiale sans encombre et plutôt rapidement. Cette sérénité de Wall Street repose sur la conviction que les autorités de Washington soutiendront les consommateurs en endettant l'État autant que nécessaire et que la Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, viendra au secours des entreprises en leur garantissant de pouvoir emprunter tant qu'il faudra à des conditions inimaginablement favorables.

Donc, les finances publiques américaines portent la consommation à bout de bras tandis que la Fed tend un filet de sécurité sous les entreprises: les moteurs de la première économie mondiale peuvent tourner.

Les investisseurs avisés éviteront de verser dans l'euphorie en se souvenant que ces sommets boursiers sont atteints grâce à quelques géants technologiques.

Mais attention aux effets collatéraux de ces politiques, qui commencent déjà à apparaître. Le dollar perd de la valeur parce que la Fed fait tourner la planche à billets mais aussi parce que les États-Unis sont plus endettés que jamais, ce qui peut susciter des craintes pour l'avenir. Et si c'était la dépréciation du billet vert qui expliquait en grande partie la hausse de la valeur boursière des entreprises cotées à Wall Street? Le cap historique de 2.000 dollars atteint récemment par l'once d'or tend à accréditer cette hypothèse. Mais cela voudrait dire qu'une remontée de l'inflation est à venir, ce qui ne manquerait pas de poser problème si la croissance économique tardait à se redresser.

Or, on sait que la reprise en cours est fragile et dépendante de la maîtrise de la propagation du coronavirus. Les investisseurs avisés éviteront donc de verser dans l'euphorie en se rappelant que les sommets boursiers actuels ont, somme toute, été atteints surtout grâce aux performances de quelques géants technologiques.

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