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analyse

La Fed déclenche une nouvelle vague rouge sur les marchés

La dernière fois que les banquiers centraux de la planète se sont retrouvés en présentiel à Jackson Hole, c'était en 2019. Les commentaires de Jerome Powell (à gauche de l'image) seront particulièrement scrutés lors de l'édition 2021 du symposium qui se tient la semaine prochaine. ©Bloomberg

La banque centrale américaine pourrait réduire son soutien monétaire sur les marchés d'ici la fin de l'année. Un nouveau calendrier qui a chamboulé les indices boursiers.

Grosse gamelle pour les marchés mondiaux ce jeudi. Alors qu'ils tournoyaient autour de leurs records la semaine dernière encore, ils ont chuté de manière prononcée en réaction aux commentaires tenus par les membres de la Fed lors de leur dernière réunion. Des commentaires qui font craindre à la cote une réduction de l'abondant soutien de la banque centrale d'ici la fin de l'année. Soit, "un petit peu plus tôt que prévu", pouvait-on lire ce jeudi dans plusieurs notes d'analystes.

"Les arguments sont clairs: l'inflation est désormais beaucoup plus élevée et le marché du travail beaucoup plus sain."
Mathias Van der Jeugt
Directeur - KBC Economics

"La plupart des membres de la Fed s'accordent à dire que des progrès suffisants ont été réalisés pour maintenir l'objectif d'inflation de 2 %", situe Mathias Van der Jeugt, le directeur de KBC Economics. Selon lui, l'amélioration constatée fin juillet sur le marché américain du travail donne aussi raison aux partisans d'une réduction du coup de pouce de la banque centrale aux marchés. Et ce, même si les membres de la Fed restent divisés sur le moment le plus opportun pour commencer à le faire.

"Les arguments sont clairs: l'inflation est désormais beaucoup plus élevée et le marché du travail beaucoup plus sain", note encore Mathias Van der Jeugt, qui rejoint l'hypothèse partagée par de nombreux analystes d'un resserrement annoncé à la fin du mois de septembre pour "un démarrage effectif au cours du dernier trimestre comme compromis pour les colombes monétaires", comme on qualifie les partisans d'une politique plus accommodante à la Fed.

120
milliards $
La Fed injecte tous le mois 120 milliards pour racheter des obligations d'entreprises américaines et soutenir l'économie US. Un généreux coup de pouce qui pourrait se tarir d'ici la fin de l'année.

Pour la remontée des taux, il faudra encore attendre. Jusqu'ici, 2023 était l'horizon privilégié par bon nombre de suiveurs. Il est à présent question d'une première action à la fin 2022.

Chute des actions et grimpette du dollar

La planète finance a eu du mal à digérer le rapport de la Fed. Les investisseurs ont logiquement repris leurs gains, notamment dans les secteurs cycliques, grands gagnants sur les marchés actions depuis les premiers signes confirmant le réveil de l'économie mondiale.

Dans la foulée des places asiatiques, qui ont fini nettement dans le rouge, les marchés du Vieux Continent ont glissé de 2% en séance, et même de 3% à Paris avant de légèrement se reprendre en fin de journée. Wall Street avait clôturé dans le rouge la veille et a encore perdu des plumes à l'ouverture ce jeudi avant de rallier l'équilibre à mi-séance.

Le dollar s'est raffermi à mesure que les investisseurs cherchaient à se mettre à l'abri.

À l'inverse, le dollar s'est raffermi à mesure que les investisseurs cherchaient à se mettre à l'abri. Le billet vert est remonté à son plus haut niveau depuis novembre dernier. L'or a aussi montré des signes de résistance, se stabilisant à 1.791 dollars l'once.

Prochain moment-clé: Jackson Hole

Les acteurs de marchés se demandent si la Fed ne va pas trop vite en besogne, notamment en raison de la propagation persistante du coronavirus avec le variant Delta.

Ils espèrent avoir plus de réponses la semaine prochaine à l'occasion du symposium de Jackson Hole, bourgade du Wyoming qui accueillera les principaux banquiers centraux de la planète.

Inutile de préciser que les propos et l'agenda du président de la Fed, Jerome Powell, seront encore plus surveillés qu'à l'accoutumée.

3 questions à Luc Charlier, stratégiste chez ING Belgique

Doit-on s’inquiéter de cette nouvelle vague rouge sur les marchés?

La consolidation est logique après des performances pareilles - les matières premières et l’immobilier ont gagné plus de 24% depuis le début de l’année et les actions se sont appréciées de près de 17% (en euros). Les cours ne peuvent pas monter en ligne droite. On a toujours l'impression que c'est la première fois que ça arrive, mais non! Au cours des 12 derniers mois, on a déjà connu cinq phénomènes du même genre. Si on prend le cas du S&P 500, il avait corrigé d'un peu plus de 10% sur le mois de septembre 2020 et puis tout regagné. En octobre idem, il a rapidement effacé des pertes de 8%, tout comme en février-mars (-6%), en mai (-4%) et en juillet (-3,6%). À chaque fois, les liquidités sont tellement présentes en bourse que les investisseurs en profitent pour acheter sur faiblesse. Du coup, on ne vit pas de vraie correction et les phases de contractions se révèlent assez brèves. Je pense qu'on est en train d'assister à un phénomène comparable. Il y a de puissantes forces de rappel qui sont à l’œuvre...

Quelles sont ces forces de rappel?

D’abord, il ne faut pas confondre 'ralentissement de la croissance' avec 'faible croissance'. Ici, on reste sur les bases d’une croissance mondiale qui devrait avoisiner 6% cette année, contre -3,2% l'an dernier. Et même si les pays émergents sont pénalisés par un moindre accès à la vaccination - ce qui explique qu’ils sous-performent les marchés développés de 20% depuis le début de l’année -, le redémarrage de l’économie mondiale reste d’actualité. Du côté des entreprises, les attentes bénéficiaires sont fortement remontées. Au niveau mondial, elles ont été relevées de 46% depuis le début de l’année - il faut remonter à 2005 pour retrouver une performance analogue! On est ainsi revenu à des niveaux de profitabilité qui étaient en vigueur avant la pandémie. Enfin, si la croissance ralentit un peu, il en va de même des pressions et des attentes inflationnistes. Il n’y a donc pas d’urgence à ce que les banques centrales atténuent leurs stimuli monétaires.

Le mouvement de repli est-il parti pour durer?

C'est toujours difficile d'estimer le temps que va durer la consolidation. Mais ce qui est certain c’est que les Minutes de la Fed tombent à pic pour justifier des prises de profit. Il s’agit d’un prétexte tout trouvé, mais qui ne doit pas masquer l’élément le plus important: le variant Delta met à l’épreuve les défenses sanitaires des pays émergents et, en particulier, de la Chine. Ce qui justifie une hausse de l’aversion au risque. Mais de là à craindre que se grippe la relance de l’économie mondiale, il y a un pas qu’il ne faut pas franchir.

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