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La livre turque, ou la politique monétaire sous influence

La Turquie fait face à une inflation de près de 20%. Pourtant, la banque centrale a une nouvelle décidé de réduire son taux directeur la semaine dernière. ©REUTERS

La monnaie de la 19e puissance économique mondiale n'en finit pas de baisser face au dollar américain. Elle a encore perdu plus de 10% cette semaine.

Ce n'est plus une dégringolade, c'est un plongeon, que dis-je, un effondrement. La livre turque a touché un nouveau plancher historique face au billet vert ce mercredi matin, à 0,07604 dollar, avant de passer en territoire positif pour grappiller quelques cents. Mais cela ne risque pas d'effacer sa triste performance de ces derniers jours. La devise enchaîne les séances négatives depuis le début du mois, avec en point d'orgue une chute de 11,22% mardi.

-40,5%
La livre turque affiche pour l'heure une baisse d'environ 40% depuis le début de l'année. C'est de loin la pire performance de 2021 parmi les grandes devises mondiales.

En cause, de récentes déclarations de Recep Tayyip Erdogan sur la politique monétaire du pays. Le Président turc a réaffirmé sa volonté de "résister aux pressions" de ceux qui le pressent de relever les taux d'intérêt. "Nous voyons bien le jeu de certains avec le taux de change, les devises, les taux d’intérêt, l’augmentation des prix", a-t-il lancé lundi soir, évoquant un "complot" contre l'économie turque.

Celle-ci devrait avoir crû de 7,5% au troisième trimestre, selon un sondage réalisé par Reuters, après un bond de 21,7% du produit intérieur brut (PIB) entre avril et juin. Les économistes tablent en moyenne sur une croissance de 9,5%, cette année. Mais ils pourraient revoir à la baisse leurs prévisions en raison de la flambée des prix. La Turquie est actuellement confrontée à une inflation de près de 20%!

Y a-t-il un pilote dans l'avion?

Jeudi dernier, la banque centrale turque a pourtant abaissé son taux directeur pour la troisième fois consécutive, à 15%. Soit une baisse de 400 points de base en moins de deux mois. "La révision de l'orientation de la politique monétaire a commencé à affecter positivement les prêts commerciaux", explique-t-elle à l'issue de sa réunion.

"Sur les marchés des changes, on observe des formations de prix malsaines, irréalistes et complètement détachées des fondamentaux économiques."
Banque centrale turque

Aux yeux de nombreux économistes, cette décision est une hérésie. Beaucoup considèrent qu'il n'y a simplement "plus de banque centrale aux commandes" en Turquie.

Et les investisseurs semblent du même avis. La livre turque affiche la plus mauvaise performance de l'année parmi les grandes devises mondiales, avec une chute de 40%. Mais la banque centrale ne paraît pas inquiète. Elle a assuré, dans un court communiqué publié mardi soir, n'avoir aucun engagement en matière de taux de change. "Les taux de change sont déterminés par les conditions de l'offre et de la demande selon la dynamique du marché libre. Sous certaines conditions, la banque centrale ne peut intervenir qu'en cas de volatilité excessive sans viser une direction permanente." Elle a d'ailleurs dénoncé des "formations de prix malsaines sur le marché des changes, qui sont irréalistes et complètement détachées des fondamentaux économiques".

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