La monnaie chinoise dévisse. Pourquoi?

Le président américain et le président chinois lors du G20 d'Osaka, en juin. ©REUTERS

La monnaie chinoise évolue au plus bas depuis 2010, à 7 yuans pour un dollar. Ce mouvement alimente les spéculations sur un geste délibéré de Pékin pour soutenir ses exportations, en pleine guerre commerciale avec l'Amérique de Donald Trump.

La devise chinoise dévissait lundi face au billet vert, franchissant le seuil symbolique de 7 yuans pour un dollar, au plus bas depuis 9 ans, en plein regain de tensions sur le front de la guerre commerciale avec Washington.

 Sur le marché offshore, le yuan s'échangeait peu avant 10H00 locales à 7,0203 pour un dollar, en repli de 1,15% par rapport à vendredi, son niveau le plus faible depuis 2010.

Il faut savoir que la monnaie de Pékin n'est pas entièrement convertible et la banque centrale chinoise fixe chaque jour un taux pivot. Mais les marchés jouaient la monnaie chinoise à la baisse, la faisant tomber jusqu'à près de 7,11 pour un dollar avant un redressement.

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Plus de 7 yuans pour un dollar. Ce seuil symbolique des 7 yuans n'avait pas été franchi depuis 9 ans.

Pourquoi cette dépréciation?

 Le président Donald Trump a fréquemment accusé par le passé Pékin de dévaluer artificiellement sa monnaie afin de soutenir ses exportations. La Chine et les Etats-Unis sont engagés depuis plus d'un an dans un bras de fer commercial qui s'est traduit par l'imposition réciproque de droits de douane punitifs sur plus de 360 milliards de dollars d'échanges annuels.

 Une baisse du yuan favorise les exportations chinoises et atténuerait l'impact de la hausse des droits de douane américains sur les produits chinois.

2
%
Contrairement à la majorité des principales devises, le yuan n'est pas librement convertible. Il ne peut évoluer face au dollar que dans une marge de 2% autour d'un cours-pivot déterminé chaque jour par la banque centrale

Le patron de la Banque centrale chinoise avait assuré en mars qu'il ne se servirait "jamais" du taux de change "comme outil" dans la guerre commerciale. La banque centrale chinoise a souligné dans un communiqué que la dépréciation est "le résultat de l'offre et de la demande du marché et des fluctuations du marché monétaire international". Mais un tel mouvement n'a pu avoir lieu qu'avec l'assentiment de l'institution.

Selon Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics, laisser filer la devise sous les 7 yuans montre que les autorités chinoises "ont pratiquement abandonné tout espoir d'un accord commercial" avec Washington.  "Nous avions anticipé le fait que la banque centrale finirait par dévaluer le yuan en réaction aux tensions commerciales, mais nous ne nous attendions pas à ce qu'elle survienne aussi rapidement", a ajouté Evans-Pritchard, envisageant à présent un taux de 7,30 yuans pour un dollar d'ici la fin de l'année

La Banque populaire de Chine avait, ce lundi, donné le ton dès avant le début des échanges en fixant le taux pivot de la devise à 6,9225 pour un dollar, son plus bas niveau depuis décembre 2018. "Le fixing a levé le dernier obstacle. La BPC a pleinement donné le feu vert à la dépréciation du yuan", dit Ken Cheung, stratège changes chez Mizuho Bank à Hong Kong.

Donald Trump a relancé jeudi la guerre commerciale contre Pékin, en annonçant son intention d'étendre des droits de douane supplémentaires à la quasi-totalité des importations en provenance de Chine à compter du 1er septembre.  Cela concerne 300 milliards de dollars d'exportations chinoises, jusque-là épargnées par les droits de douane supplémentaires, qui seront surtaxées à hauteur de 10%. Trump a prévenu qu'il pourrait augmenter ces surtaxes si Pékin n'acceptait pas les exigences américaines, évoquant la possibilité d'aller "bien au-delà de 25%". 

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