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La pharma domine le classement des actions chouchous étrangères

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Lorsqu’on leur demande de nous fournir la liste de leurs actions étrangères préférées, les maisons de Bourse belges optent pour la sécurité qu’offre le secteur pharmaceutique, complétée par les dieux américains de la technologie et les entreprises en croissance néerlandaises.

Les 14 équipes d’analystes belges que nous avons contactées se montrent clairement défensives dans leur sélection d’actions étrangères. Elles optent surtout pour des entreprises générant de solides cash-flows qui leur permettent de faire face sans trop de problèmes à un ralentissement économique. La recherche de sécurité a certainement joué un rôle. Les entreprises pharmaceutiques sont citées à neuf reprises, aux côtés d’actions immobilières et de mines d’or. Au total, on retrouve 59 noms, ce qui n’est pas étonnant vu l’océan boursier dans lequel les analystes pouvaient pêcher: le monde entier. Neuf noms sont cités plusieurs fois. Deux groupes pharmaceutiques européens dominent le classement, obtenant chacun trois nominations.

1. Roche

"Les lancements récents de nouveaux produits comme Hemlibra (contre l’hémophilie) et Tecentriq (oncologie) dépassent les attentes."

Le géant pharmaceutique suisse remporte tout juste la place d’honneur grâce à l’ordre de préférence des analystes. "Cela fait déjà quelques années que les actions sont pénalisées par crainte du danger que représentent les médicaments biosimilaires pour leurs produits phares, explique Puilaetco Dewaay. Mais la concurrence fait moins bien que prévu. De plus, Roche dispose d’un pipeline bien garni. Les lancements récents de nouveaux produits comme Hemlibra (contre l’hémophilie) et Tecentriq (oncologie) dépassent les attentes. Vu l’accélération du momentum, la valorisation basse, la priorité accordée par le groupe à la génération de cash et le dividende, Roche est de loin notre action préférée."

Van Lanschot souligne que Roche vient de revoir à la hausse ses attentes pour 2019, qui passent de 1 à 5% d’augmentation des bénéfices et de 3 à 7% de hausse du chiffre d’affaires.

2. Sanofi

Le groupe pharmaceutique français a dû faire face à des vents contraires à cause de la concurrence féroce des médicaments génériques qui érodent les bénéfices engrangés par l’entreprise grâce à ses médicaments lucratifs contre le diabète. Mais les analystes s’attendent à une éclaircie: "Avec le nouveau CEO qui vient de Novartis (Olivier Brandicourt, NDLR) et la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie, Sanofi devrait renouer avec la croissance après trois ans de stagnation", estime ING.

"Sanofi devrait renouer avec la croissance après trois ans de stagnation."

BNP Paribas Fortis apprécie l’excellente diversification de Sanofi, tant géographique qu’en termes de produits. Les Etats-Unis, l’Europe et les pays émergents représentent chacun un tiers des bénéfices. Le chiffre d’affaires est grosso modo réparti entre les médicaments sur ordonnance, les vaccins et les produits OTC. "Les nouveaux médicaments se concentrent de plus en plus sur les maladies rares et l’innovation, grâce à la collaboration avec Regeneron, mais aussi aux récentes acquisitions de Bioverativ et de la société belge Ablynx."

3. Alphabet

"Malgré une croissance fulgurante de plus de 20% ces deux dernières années, le cours du holding faîtier de Google a fait du surplace, constate Leo Stevens & Cie. Cela s’explique par les lourds investissements consentis par le groupe, notamment dans YouTube TV, Google Cloud et Google Assistant, qui ont pesé sur la rentabilité. Mais ces projets devraient soutenir la croissance dans les années à venir. Le feed-back à propos de Waymo, le projet portant sur les voitures autonomes, est également positif. La récente annonce concernant l’intention des autorités américaines de s’intéresser à la position dominante des géants de l’internet a pesé sur le cours, mais rend du coup l’action intéressante."

L’entreprise mettra bientôt le pied dans le secteur pharmaceutique.

L’entreprise mettra bientôt le pied dans le secteur pharmaceutique. Cette semaine, Google a annoncé la création d’un laboratoire de recherche dans le secteur de la santé en collaboration avec Sanofi. Les ambitions des partenaires sont énormes: "Nous allons révolutionner la manière dont les futurs médicaments et les soins de santé sont développés et commercialisés en utilisant la puissance des technologies des données, qui ne cessent de se développer", ont indiqué les deux entreprises. Google utilisera son expertise en Intelligence Artificielle (IA) tandis que Sanofi s’appuiera sur son expérience opérationnelle dans les soins de santé. Par conséquent, Sanofi transférera une partie de ses applications existantes sur la plate-forme Cloud de Google.

4. Corbion

Degroof Petercam fait l’éloge de la société néerlandaise Corbion, leader mondial en processus de fermentation, qui produit entre autres de l’acide lactique. Par ailleurs, les analystes prévoient une forte croissance dans les branches des bioplastiques fermentés et de l’huile de poisson. "Les techniques de fermentation prendront de plus en plus d’importance car elles permettent de réduire les émissions de CO2 des produits", constate la maison de Bourse.

Les analystes prévoient une forte croissance dans les branches des bioplastiques fermentés et de l’huile de poisson.

BNP Paribas Fortis estime de son côté que le bioplastique sera le remplaçant évident du plastique traditionnel. Corbion est actif dans ce domaine via des partenariats avec entre autres Total et BASF. La banque souligne également que la division spécialisée en ingrédients pour la boulangerie (30% du chiffre d’affaires) progresse pour la première fois depuis 2016. Après l’arrêt des pertes importantes essuyées par le département de recherche, les analystes s’attendent à une croissance à deux chiffres du bénéfice. Cerise sur le gâteau, Corbion est une proie potentielle pour des candidats acheteurs.

©D.R.

5. Air liquide

Le secteur se caractérise par une grande stabilité grâce à des contrats généralement à long terme.

Le groupe français Air Liquide existe depuis 1902 et est bien connu dans le secteur des gaz industriels. Tant ING que Leo Stevens & Cie soulignent que le secteur est un oligopole composé de trois acteurs s’adjugeant 80% du marché. Les seuils d’entrée pour produire les gaz, par exemple pour les secteurs de la pétrochimie, de l’agriculture (pour accélérer la croissance des cultures), ou pour des applications médicales, sont très élevés. Les cash-flows sont plus ou moins garantis. Le secteur se caractérise par une grande stabilité grâce à des contrats généralement à long terme, allant parfois jusqu’à 20 ans. Cette situation permet au groupe de générer des marges stables et une croissance du chiffre d’affaires certes lente, mais régulière, ce qui permet à l’action d’être peu sensible aux cycles économiques.

6. Aalberts

Cette entreprise industrielle technologique néerlandaise est à nouveau intéressante suite à une récente correction boursière, estime entre autres L’Investisseur. Les chiffres de l’an dernier étaient bons, et cette année également, Aalberts poursuit sa croissance. Le groupe est très diversifié. Il conçoit et produit entre autres des canalisations et des systèmes de connexion pour l’eau et le gaz, des technologies permettant de rendre les matériaux plus durables et résistants à la chaleur, et des systèmes de contrôle.

"Nous nous attendons à une hausse du chiffre d’affaires d’au moins 3% par an jusqu’en 2022."

"Nous nous attendons à une hausse du chiffre d’affaires d’au moins 3% par an jusqu’en 2022 et à une augmentation des marges bénéficiaires, estime le magazine boursier. Au cours des prochaines années, Aalberts devrait lancer de nombreux produits innovants et ce, dans un contexte où le prix de l’action se situe à son niveau le plus bas en cinq ans. Le bilan est sain, avec un taux d’endettement qui ne dépasse pas 1,3 fois le bénéfice brut d’exploitation."

7. Walt Disney

"L’action vient de bénéficier d’un coup de pouce suite à la présentation des tarifs pour son service de streaming qui sera lancé l’automne prochain."

Le groupe américain de médias et de divertissement a retrouvé les faveurs du marché. L’action a été longtemps boudée à cause des mauvais chiffres d’audience de la branche télévision et de leur corollaire, à savoir la baisse des revenus publicitaires. "Disney reste malgré tout un groupe disposant de marques fortes. Son modèle opérationnel est rentable et durable, et l’optimisme à propos du nouveau département de streaming augmente, explique Dierickx Leys. L’action vient de bénéficier d’un coup de pouce suite à la présentation des tarifs pour son service de streaming qui sera lancé l’automne prochain."

8. Microsoft

Depuis peu, Microsoft a retrouvé son statut d’entreprise dont la valeur est la plus élevée au monde, à savoir supérieure à 1.000 milliards de dollars. Le géant de l’informatique est le numéro un mondial incontesté des systèmes d’exploitation. Ses applications comme Word et Excel sont plus populaires que les progiciels concurrents. Sa console de jeux Xbox est également un blockbuster.

Les services de Cloud représentent déjà 30% du chiffre d’affaires.

Les analystes s’intéressent surtout aux services de Cloud, qu’ils considèrent comme un important moteur de croissance, et qui représentent déjà 30% du chiffre d’affaires. Les entreprises sont prêtes à louer des services informatiques via un réseau sécurisé, ce qui leur évite d’importants investissements dans des serveurs locaux et autres logiciels/équipements informatiques. Ces services de Cloud sont également de plus en plus utilisés par les particuliers.

9. Nokia

"La valorisation de Nokia est intéressante comparée à la moyenne du secteur."

Le bonheur des uns fait le malheur des autres. C’est ce que pensent les analystes qui misent sur le fabricant finlandais d’équipements de télécommunication. "Les incertitudes quant au statut du concurrent chinois Huawei créent des opportunités pour Nokia, avance Leleux. D’une part, Nokia est très bien positionné dans la 4G et en profitera aussi longtemps que cette technologie sera utilisée. D’autre part, les entreprises qui souhaitent investir dans la 5G en Europe n’auront pas d’autre choix que de s’adresser à Nokia ou Ericsson. Par ailleurs, la valorisation de Nokia est intéressante comparée à la moyenne du secteur."

Ericsson fait aussi partie des actions préférées des analystes, mais à l’instar de toutes les autres entreprises, elle n’a pas réussi à obtenir plus d’une nomination.

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