Le bon bilan boursier de Donald Trump

Depuis le début du mandat de Donald Trump, le 20 janvier 2017, le S&P 500 a progressé de 46%. ©AFP

Le S&P500 a bondi de 46% entre l'entrée en fonction de Donald Trump à la tête des États-Unis et ce vendredi. Il s'est également relevé de deux krachs.

Donald Trump peut se vanter d’avoir connu un vent favorable sur les marchés d’actions américains durant son mandat présidentiel. Entre son entrée en fonction, le 20 janvier 2017, et ce vendredi, l’indice S&P500 a bondi de près de 46%.

En comparaison, le premier mandat de son prédécesseur à la Maison-Blanche, Barack Obama, s’était soldé sur une progression de 84,54% pour l’indice. Mais George W. Bush, avant lui, avait eu moins de chance, puisque le S&P500 avait perdu 12,45% entre janvier 2001 et 2005. Les actions américaines ont tendance à mieux se porter sous la présidence des démocrates, selon la banque d'affaires Liberum.

+46%
L'indice S&P 500 a progressé fortement durant le premier mandat de Donald Trump. Mais il a connu deux krachs importants: en 2018 et cette année.

La performance du S&P500 durant les années Trump s’est distinguée de celle des marchés européens, où, sur la même période, le Stoxx 600 a reculé de 6%. "La différence entre la performance des marchés américains et européens tient dans ce qu’on trouve dans les indices. La hausse du S&P500 s’explique par  la performance des FAANG (Facebook, Amazon, Netflix, Apple, Alphabet) qui dégagent une profitabilité importante", relève Koen Maes, responsable de l’allocation d’actifs chez Candriam. Et l'indice FANG (qui regroupe, outre les FAANG, Tesla, Nvidia, Twitter, Alibaba et Baidu) a progressé de plus de 270% durant le mandat du républicain.

Deux krachs

La progression de l’indice phare américain n’a toutefois pas été linéaire depuis janvier 2017. Sur cette période, le S&P500 a connu deux krach importants. Le premier, en 2018, a été provoqué par la guerre commerciale que l'administration Trump a entamé avec les autres puissances économiques, comme la Chine et l’Union européenne. 'Les mesures protectionnistes prises par Trump n’ont pas aidé la croissance", souligne Koen Maes.  

Le second krach n’a toutefois pas été provoqué par Donald Trump, mais par l’épidémie de Covid-19 qui a provoqué, cette année, un ralentissement sévère de l’activité économique dans le monde, et précipité l'ensemble des bourses de la planète en chute libre au mois de mars.

"Au cours des 15 premiers mois du mandat de Trump, le S&P 500 a progressé pratiquement sans aucun recul. Historiquement, la volatilité n'a jamais été aussi faible qu'au cours de cette période."
Philipp Vorndran et Thomas Lehr
Gestionnaires de fonds chez Flossbach Von Storch

Contre toute attente

 Lors de son entrée en fonction, beaucoup d’observateurs craignaient que le président ne provoque des tourments sur les marchés d’actions. "Lorsque Donald Trump a remporté les élections il y a quatre ans, presque tous les observateurs du marché ont supposé qu'une grande adversité était imminente et qu'une panique risquait d'éclater sur les marchés. Rien de tout cela ne s'est produit", relèvent  Philipp Vorndran et Thomas Lehr, gestionnaires de fonds chez Flossbach von Storch dans une note.

"Au contraire, les marchés boursiers américains ont commencé à monter en flèche. Au cours des 15 premiers mois du mandat de Trump, le S&P 500 a progressé pratiquement sans aucun recul. Historiquement, la volatilité n'a jamais été aussi faible qu'au cours de cette période. En d'autres termes, c'est exactement le contraire du chaos attendu qui s'est produit", ajoutent-ils.

"Très vite après son élection, on a vu une réaction négative sur les marchés. Mais durant son mandat, la volatilité sur les marchés n’a pas été plus élevée que la normale", indique, pour sa part, Wim D’Haese, responsable de la stratégie d’investissement chez Deutsche Bank. "On a dû s’habituer à son ton de communication, qui a provoqué des surprises au début. Mais la bourse n’a pas réagi positivement ou négativement à cela, par rapport aux autres présidents américains", ajoute-t-il.

"Donald Trump a hérité de la plus longue ligne de croissance aux États-Unis, cela a pu aider la bourse."
Wim D’Haese
Responsable de la stratégie d’investissement chez Deutsche Bank

Une croissance économique exceptionnelle

Koen Maes, souligne que "la continuité de la croissance économique a soutenu le marché d’actions américains". "Depuis 2008 jusqu’à maintenant, on a connu douze ans de croissance économique, huit sous Obama, quatre sous Trump", ajoute-t-il.

"Donald Trump a hérité de la plus longue ligne de croissance aux États-Unis, cela a pu aider la bourse", indique Wim D’Haese. "Les taux d’intérêt très bas ont aussi soutenu le marché d’actions américain. Tant sous Obama que sous Trump, les taux à long terme ont diminué. Ils sont passés de 4% à 2% durant les deux mandats d'Obama. Sous Trump, les taux longs se sont repliés de 2 à 1%", relève Koen Maes . "La valorisation des actions se fait sur les taux à long terme", précise-t-il.

Un allègement des taxes favorables

La décision de Donald Trump d’alléger les taxes et de défaire des réglementations adoptées par son prédécesseur a apporté un certain soutien aux marchés d’actions américains. "Les sociétés cotées ont profité de la décision d’abaisser les taxes et d’annuler des règles comme Dodd-Frank", souligne Wim D’Haese. Pour rappel, la loi Dodd-Frank réglementait le système financier américain.

La baisse de l’impôt des entreprises a permis à celles-ci d’augmenter leurs rachats d’actions.
Deutsche Bank (dans une note)

"Au total, plus de 20% du nombre de règles installées ont été annulées. Donald Trump s’est opposé à de grandes réglementations, pas comme Barack Obama", ajoute-t-il. Le nombre de règles a diminué de 3.853 à 2.964 fin 2019, selon ses calculs. La baisse de taxation des entreprises est survenue en 2017, la première année du mandat de Donald Trump. Sous le Tax Cuts and Jobs Act, le taux d’imposition des sociétés américaines a été abaissé de 35% à 21%.

Deutsche Bank a relevé dans une note que cette baisse de l’impôt des entreprises a permis à celles-ci d’augmenter leurs rachats d’actions. En 2018, indique la note, un total de 800 milliards de dollars a été observé au niveau des rachats d’actions. Avec moins d’actions en circulation, cela a augmenté le bénéfice par actions des sociétés, mécaniquement, relève la note.

Mais Koen Maes souligne que la baisse d’impôts "aurait dû profiter aux petites sociétés. Or, on a vu que les entreprises de l’indice Russell 2000 n’ont progressé que de 38% sur quatre ans alors que sous Obama, cette augmentation était de 145%." "C’est un des aspects négatifs de la politique de Trump. Son protectionnisme a pesé sur la confiance des investisseurs et sur certains secteurs. Il a mis très en avant sa politique dans des tweets, qui n’ont pas toujours été bons pour les marchés", commente Koen Maes.

Technologie et soins de santé en tête

Des secteurs ont particulièrement profité de cette baisse des impôts de société et des réglementations. "La technologie et les soins de santé ont le plus bénéficié de la décision de baisser les impôts d’entreprises", relève Wim D’Haese.

Les valeurs énergétiques américaines ont signé la pire performance au sein du S&P500 durant la présidence de Donald Trump.

"Si Joe Biden gagne les élections, ces deux secteurs risquent de souffrir s’il veut relever les taxes. Toutefois, le candidat démocrate devrait remonter les taxes quand l’économie américaine se redressera, pas avant 2022-2023", ajoute-t-il. Mais il indique également que la technologie et les soins de santé restent des thèmes d’investissement sur le long terme, en raison de l’évolution de la société.

Koen Maes nuance toutefois. "La croissance du secteur technologique et les taux d’intérêt bas ont plus stimulé les marchés que la baisse des taxes des sociétés", souligne-t-il.

Le secteur énergétique en déconfiture

Malgré les baisses d'impôts, dont elles ont également bénéficié, les valeurs énergétiques américaines ont signé la pire performance au sein du S&P500 durant la présidence de Donald Trump, avec un recul de plus de 80% pour Occidental Petroleum, Schlumberger, TechnipFMC, et Devon Energy.

"La guerre des prix qu’a mené l’Arabie saoudite a pesé sur les cours du pétrole, car le pays a décidé de ne plus limiter sa production. La suroffre de pétrole combinée à une baisse généralisée de la demande en raison de la pandémie a même conduit, cette année, les prix du brut sous zéro. Autrement dit, on payait pour livrer du pétrole", rappelle Wim D’Haese. Les cours du WTI, référence pour le marché américain, ont reculé de plus de 29% durant le mandat de Donald Trump, passant de 52,42 dollars, le 20 janvier 2017, à 37,07 dollars ce vendredi.

Globalement, les analystes estiment que le bilan de Donald Trump, du point de vue boursier, est bon. "Les quatre années de présidence de Donald Trump, vu de la bourse, sont assez bonnes", commente Wim D’Haese. "Son bilan boursier est globalement correct, mais l’impact du secteur technologique et des cinq grandes valeurs du compartiment a fait la différence. Aussi, l’effet Trump est exagéré", tempère Koen Maes.

Trump ou Biden, quel impact?

Les regards des investisseurs sont surtout tournés, à présent, vers l’issue de l’élection présidentielle américaine. Chez JPMorgan, Dubravko Lakos-Bujas, responsable de la stratégie en actions américaines, estime qu’une victoire de Donald Trump pourrait pousser le S&P500 à 3.900 points d’ici la fin de l’année, soit une progression de 19% par rapport au cours de ce vendredi. Toutefois, beaucoup de traders sont actuellement positionnés sur une victoire du candidat démocrate Joe Biden. 

"Une victoire de Joe Biden devrait être neutre pour les marches à court terme”, indique l’analyste de JPMorgan. "Le candidat démocrate pourrait amener des catalyseurs positifs immédiats, comme un plan de relance plus élevé et un plan d’infrastructure, mais aussi des éléments négatifs, comme une hausse de l’impôt des sociétés", ajoute-t-il.

Mais d’autres analystes, chez Goldman Sachs, estiment que le candidat démocrate pourrait changer la donne sur la guerre commerciale, ce qui pourrait profiter au secteur automobile, surtout européen. Car celui-ci est perçu sur les marchés comme plus favorable au commerce international que le locataire actuel de la Maison-Blanche. Le programme d'investissement plus tourné vers l’écologie et les infrastructures de Joe Biden devrait, selon eux, bénéficier au secteur de l’énergie renouvelable et aux véhicules électriques. Les analystes s'attendent à ce que le démocrate reprenne l'accord de Paris sur le climat, que Donald Trump a rejeté durant son mandat.

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