Le Dow Jones franchit le cap magique des 30.000 points

Le taureau, symbole d'un marché haussier à Wall Street. ©REUTERS

Les progrès politiques à Washington, la nouvelle rotation sectorielle et l’espoir d’une disponibilité rapide de vaccins contre le coronavirus ont hissé l’indice Dow Jones au-delà du cap symbolique des 30.000 points.

L'indice des actions industrielles américaines, le Dow Jones, vient de battre un nouveau record historique ce mardi à Wall Street, en dépassant pour la première fois la barre magique des 30.000 points.

En réalité, on pensait que l’indice phare de la bourse new-yorkaise franchirait cette barrière au début de cette année, quand il avait atteint en février un niveau record de 29.551 points. C’était sans compter la crise du coronavirus qui, sans crier gare, allait faire plonger le Dow Jones à moins de 19.000 points le 23 mars.

L’indice allait cependant connaître par la suite un redressement inédit dans sa longue histoire de hauts et de bas, soutenu par un méga plan de soutien à l’économie américaine, l’attractivité redoublée des actions technologiques et l’espoir croissant d’un retour à la normale.

Au sein du Dow Jones, les actions industrielles ont le mieux profité de la nouvelle rotation sectorielle en cours. Le coup d’envoi de ce grand mouvement des portefeuilles a été donné, il y a deux semaines, à l’annonce de la mise au point par Pfizer d’un vaccin très efficace contre le coronavirus. La rotation a ensuite été alimentée par Moderna et Astrazeneca qui ont à leur tour dévoilé un candidat vaccin anti-covid plus facile à conserver. Ces excellentes nouvelles sur le front sanitaire ont convaincu les investisseurs que la situation économique allait sans doute se redresser plus rapidement que prévu.

Rotation sectorielle

Philippe Gijsels, stratégiste de BNP Paribas Fortis, fait toutefois remarquer que les vaccins contre le covid ne sont pas les seuls moteurs de cette rotation sectorielle. "Bien sûr, ils constituent d’excellentes nouvelles. Auparavant, nous savions uniquement que les firmes pharmaceutiques s’investissaient à fond dans les recherches. À présent, elles font part d’une véritable percée. Mais les élections américaines ont également contribué à l’enthousiasme boursier. Les investisseurs craignaient des émeutes après l’annonce des résultats électoraux. Or, celles-ci n’ont pas eu lieu finalement". Les progrès enregistrés cette semaine sur la transition politique et sur l'équipe qui entourera Joe Biden ont d'ailleurs aussi redonné de l'élan aux marchés, en particulier  la perspective de voir le poste de secrétaire au Trésor échoir à Janet Yellen, ex-présidente de la Réserve fédérale, un choix perçu comme favorable à une meilleure coordination entre l'exécutif et la banque centrale.

"Les élections américaines ont également contribué à l’enthousiasme boursier. Les investisseurs craignaient des émeutes après l’annonce des résultats électoraux. Or, celles-ci n’ont pas eu lieu finalement."
Philippe Gijsels
Stratège des marchés chez BNP Paribas Fortis

Ce contexte explique le relatif retour en grâce, aux yeux des investisseurs, des actions sensibles au coronavirus, qui avaient été il est vrai massacrées pendant des mois. Aujourd’hui, le marché les estime en tout cas plus attrayantes que les actions technologiques affichant des valorisations très élevées. Il y a quelques mois, c’était l’inverse: les investisseurs s’étaient débarrassés massivement des actions de la "vieille économie" pour ne plus jurer que par les actions tech, considérées comme imperméables au péril du coronavirus.

Lumière au bout du tunnel

La rotation sectorielle va se poursuivre, estime Philippe Gijsels. "Si les banques centrales nous avertissent que nous connaîtrons encore quelques mois difficiles, on voit bel et bien de la lumière au bout du tunnel. Et les principaux gagnants du redressement économique font désormais la course en tête en bourse. Les derniers seront donc les premiers."

"L’avenir est et reste technologique. Il suffit de voir les innovations technologiques qui sont dans le pipeline pour se convaincre de ne surtout pas sortir de ce secteur."
Philippe Gijsels

Philippe Gijsels déconseille cependant aux investisseurs de sortir du secteur technologique. "Il y a quelque temps, nous avions recommandé à nos clients de miser sur les deux chevaux. Nous savions que le vaccin allait venir un jour et que les actions de l’ancienne économie se redresseraient. Nous maintenons ce conseil aujourd’hui. Les retardataires vont en effet repartir de l’avant. Mais cela ne signifie pas pour autant que les actions tech sont vouées à piquer du nez. L’avenir est et reste technologique. Il suffit de voir les innovations technologiques qui sont dans le pipeline pour se convaincre de ne surtout pas sortir de ce secteur."

Actions de qualité

Philippe Gijsels pense que les investisseurs ont tout intérêt à acheter des actions de qualité. "Les valeurs qui progresseront le plus dans les mois à venir ne sont pas nécessairement celles qu’il faut avoir dans son portefeuille. Certes, les titres des compagnies aériennes vont remonter en altitude, mais leur avenir était déjà très incertain avant la crise du coronavirus. Il faut donc se positionner sur le long terme. De manière générale, plus élevé est le risque, plus forte sera la réaction boursière à l’annonce de bonnes nouvelles. Mais je pense que les investisseurs sortiront davantage gagnants avec des actions saines et de qualité. Je m’intéresserais par exemple à certaines valeurs du secteur bancaire."

"Les valeurs qui progresseront le plus dans les mois à venir ne sont pas nécessairement celles qu’il faut avoir dans son portefeuille."
Philippe Gijsels

"Les actions immobilières deviennent également plus attrayantes, surtout l’immobilier de bureaux qui a été lourdement pénalisé", poursuit Philippe Gijsels. "Bien sûr, le marché des bureaux connaissait déjà des problèmes avant la crise et nous ignorons si on va vraiment revenir travailler en masse dans les bureaux après la crise. Mais, même dans le pire des scénarios, ces immeubles peuvent toujours être reconvertis en logements dont le rendement est d’ailleurs très satisfaisant."

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