Le marché pétrolier peu inquiet de la cyberattaque aux États-Unis

Une cyberattaque majeure a frappé Colonial Pipeline, le principal opérateur américain d'oléoducs. ©via REUTERS

Après une première réaction épidermique, les cours du brut ont effacé leurs gains de début de journée avant de s'enfoncer petit à petit en territoire négatif.

L'administration Biden est sur le pied de guerre (virtuel). Une cyberattaque majeure contraint Colonial Pipeline, le principal opérateur américain d'oléoducs, d'interrompre une bonne partie de ses opérations depuis vendredi dernier. Un groupe de hackers dénommé DarkSide en serait à l'origine selon le FBI.

2,5
millions de barils
En temps normal, le réseau de 8.850 kilomètres de Colonial Pipeline transporte plus de 2,5 millions de barils par jour.

"Alors que nos lignes principales (lignes 1, 2, 3 et 4) restent hors service, certaines lignes latérales plus petites entre les terminaux et les points de livraison sont désormais opérationnelles", précise la société dans un communiqué publié dimanche soir. Elle a ensuite annoncé ce lundi soir prévoir un rétablissement de toutes ses opérations d'ici à la fin de la semaine.

En temps normal, son réseau de 8.850 kilomètres transporte plus de 2,5 millions de barils par jour, depuis les raffineries autour du Golfe du Mexique vers la côte Est des États-Unis. Il achemine de l'essence, du diesel et du fioul vers des terminaux, des stations services et des aéroports, dont le plus fréquenté du pays, Hartsfield-Jackson International à Atlanta.

Vers une explosion du prix à la pompe?

Une cellule de crise a été créée au niveau fédéral avec pour objectif d'évaluer les conséquences de cette attaque et d'empêcher tout problème d'approvisionnement. Certains observateurs craignent notamment que cela ne provoque une explosion des prix à la pompe.

"Ma principale crainte, pour ce qui concerne les consommateurs, c'est qu'on aboutisse à une ruée sur les stocks d'essence dans les stations-services."
Andrew Lipow
Président du cabinet de conseil Lipow Oil Associates

"Ma principale crainte, pour ce qui concerne les consommateurs, c'est qu'on aboutisse à une ruée sur les stocks d'essence dans les stations-services, ce qui ne ferait qu'amplifier ce qui est en train de se passer dans les terminaux pétroliers", a indiqué à l'agence Reuters Andrew Lipow, président du cabinet de conseil Lipow Oil Associates.

Pour mémoire, l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) a annoncé la semaine dernière que les stocks d'essence ont augmenté de 737.000 barils entre le 23 et le 30 avril, à 235,8 millions. Les réserves commerciales de pétrole brut ont par contre dégringolé de 8 millions de barils, à 485,1 millions, sur la même période.

"Le marché européen pourrait être impacté"

Sur le marché des matières premières, l'annonce de la cyberattaque ne semble pas trop inquiéter les investisseurs. Le cours du pétrole américain, le West Texas Intermediate (WTI) , a gagné jusqu'à 1,31% en début de séance avant d'effacer ses pertes et évoluer en territoire négatif sous les 65 dollars le baril. Même tendance du côté du Brent qui stagne autour de 68 dollars le baril.

"Si les oléoducs devaient rester hors service pendant un certain temps, cela aurait des effets considérables sur le marché pétrolier non seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe."
Carsten Fritsch
analyste chez Commerzbank

"Pour le moment, le marché donne à l'entreprise le bénéfice du doute, estimant que cela sera résolu à court terme", explique John Kilduff, associé fondateur chez Again Capital LLC.

Rappelons que les cours du brut ont gagné plus de 30% depuis le début de l'année, bénéficiant des espoirs dans la reprise économique mondiale. Mais la résurgence de la pandémie de Covid-19 en Asie ainsi que l'accord conclu début avril entre l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et ses alliés pour normaliser progressivement leur production ont mis un frein à leur ascension.

"Si les oléoducs devaient rester hors service pendant un certain temps, cela aurait des effets considérables sur le marché pétrolier non seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe", prévient toutefois Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank . Selon l'agence Reuters, plusieurs négociants américains ont réservé au moins six tankers pour acheminer de l'essence depuis le Vieux Continent. "Cela dit, il est actuellement supposé que la perturbation des pipelines sera résolue en quelques jours, donc l'impact devrait être limité."

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