Le possible mariage Renault-Fiat a déjà du plomb dans l'aile

©REUTERS

Le secteur automobile est en ébullition. Renault aurait des vues sur Fiat Chrysler. Mais les analystes restent sceptiques, évoquant notamment des complications politiques.

Les investisseurs raffolent des histoires de fusions-acquisitions et autres rumeurs qui circulent dans les salles de marché. Surtout si l'histoire implique un triangle amoureux façon "L'Amour à l'italienne". Mais à l'inverse de ce film de 1962 qui voyait une jeune institutrice américaine tombée amoureuse de deux hommes lors d'un séjour en Italie, l'affaire qui agite les marchés ce mercredi concerne une belle Italienne (Fiat Chrysler  ) convoitée par deux Français (Renault   et Peugeot  ).

Selon le Financial Times, Renault veut reprendre "dans les 12 prochains mois" les discussions avortées de fusion avec son partenaire japonais Nissan afin de rendre irréversible l'alliance née il y a exactement 20 ans. Et que vient faire Fiat là-dedans? "La société résultant de la fusion mènerait ensuite une acquisition afin d'être plus forte dans la lutte pour la domination mondiale avec Volkswagen  et Toyota", explique le journal britannique. Et Fiat Chrysler (FCA) apparaît parmi "les cibles privilégiées".

"La société résultant de la fusion Renault-Nissan mènerait ensuite une acquisition afin d'être plus forte dans la lutte pour la domination mondiale avec Volkswagen Quotation et Toyota". Et Fiat Chrysler (FCA) apparaît parmi "les cibles privilégiées".
Financial Times

Ce serait un sacré pied de nez à son concurrent Peugeot (PSA) qui a marqué plusieurs fois son intérêt pour le constructeur automobile italo-américain. La semaine dernière, le Wall Street Journal rapportait que le groupe PSA avait encore approché Fiat Chrysler cette année. Une nouvelle approche qui avait été rejetée comme les précédentes.

Les points forts de Fiat

Qu'est-ce qui attire autant les constructeurs automobiles français? "FCA est un groupe qui se porte bien et comme chaque groupe dans ce secteur, il a ses points de force", indique Andrea Montanino, directeur du Centre d'études de Confindustria, le syndicat du patronat italien. Le groupe se targue d'avoir enregistré une "année record" en 2018 (si l'on inclut sa filiale Magneti Marelli vendue au groupe japonais Calsonic Kansei début 2019):

  • Son résultat opérationnel ajusté s'élève à 7,3 milliards d'euros, en hausse de 3% par rapport à l'exercice précédent
  • Le bénéfice net ajusté a bondi de 34% pour atteindre 5 milliards
  • Fiat Chrysler a vendu quelque 4,8 millions de voitures dans le monde, soit 100.000 unités de plus qu'en 2017

La société peut compter sur son pôle américain qui représente plus de la moitié de ses revenus. Il a lui aussi connu une "année record" en 2018 avec un bond 19% de son Ebitda, à 6,2 milliards d'euros.

Les analystes sceptiques

Tout n'est pas rose pour autant. Le numéro sept mondial du secteur anticipe pour 2019 un résultat opérationnel de plus de 6,7 milliards d'euros, hors Magneti Marelli, contre un consensus d'environ 7,3 milliards. L'annonce avait à l'époque provoqué une forte chute de l'action à la Bourse de Milan. Après avoir touché un plus haut historique en janvier 2018, le titre a perdu environ 30% en un peu plus d'un an. Ce qui en fait la proie parfaite? 

"Une consolidation globale du secteur automobile est inévitable"
Justin Hilbert
chez Churchill Capital

"Une consolidation globale du secteur automobile est inévitable", signale tout de go Justin Hilbert chez Churchill Capital. Mais si alliance il y a entre Renault et Fiat, l'analyste estime qu'elle devra se faire sous la forme d'une fusion d'égal à égal. De son côté, la banque d'investissement espagnole Fidentiis rappelle qu'une telle opération pourrait n'avoir lieu que dans plusieurs années. Elle permettrait toutefois de donner naissance au futur numéro un mondial avec environ 16 millions de voitures produites, une part de marché de 16% et une capitalisation boursière supérieure à 70 milliards d'euros.

La banque italienne Mediobanca pense que Renault n’a pas la puissance de feu pour lancer une offre sur FCA. Qui plus est, il est peu probable qu'Exor, la société d’investissement du clan Agnelli, accepte une proposition toute en actions. C’est d’ailleurs ce qui avait provoqué son rejet des avances de PSA.

Quand la politique s'en mêle

Reste aussi le problème politique. La relation entre la France et l'Italie est tendue depuis plusieurs semaines, en raison notamment de la crise des "Gilets jaunes". Et aux yeux de plusieurs observateurs, cela pourrait compliquer un éventuel rapprochement entre Renault et Fiat. "Les différends politiques pourraient ne pas rendre la tâche facile", craint Justin Hilbert. Pour mémoire, l'État français détient une participation de 15,01% dans Renault. 

Mais les investisseurs semblent croire dans ce mariage. L'action Renault signe la plus forte progression au sein du secteur automobile en Europe, devant... Peugeot et Fiat Chrysler.

within what terms

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect