Le "risque italien" refait parler de lui

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Suite aux résultats des élections européennes, les craintes d'un affrontement entre le gouvernement italien et l'Union européenne se sont ravivées. Le pays serait menacé d'une amende de 3 milliards d'euros pour la gestion de son déficit et de sa dette.

Les conséquences des élections européennes se font encore sentir sur les marchés financiers. En particulier du côté de l'Italie. Le FTSE MIB  , l'indice phare de la Bourse de Milan, évolue en nette baisse ce mardi, à la traîne par rapport autres principaux indices européens. Et sur le marché obligataire, le taux italien à 10 ans a grimpé jusqu'à 2,73% contre 2,55% vendredi soir.

"Il y a la peur que le conflit (entre Rome et Bruxelles) prenne à nouveau de l'ampleur. Les commentaires du gouvernement italien qui ne cesse de répéter qu'il veut renégocier les règles budgétaires de l'Union européenne mettent vraiment les BTP (obligations d'État italiennes, NDLR) sous pression."
Daniel Lenz
stratégiste de taux chez DZ Bank

Fort de ses résultats aux élections européennes, le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini - qui est par ailleurs le chef de file de la Ligue - remontre les dents à l'encontre de l'Union européenne. Selon lui, la Commission pourrait sanctionner son pays d'une amende d'environ 3 milliards d'euros en raison de sa forte dette (132,2% du PIB en 2018) et de la détérioration de son déficit structurel. L'agence de presse financière Bloomberg évoque la date du 5 juin prochain pour le lancement de la procédure, citant une source anonyme.

"Je ne suis pas en faveur de sanctions, a toutefois affirmé le commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici. Je vais échanger des points de vue avec le gouvernement italien sur les mesures supplémentaires qui pourraient être nécessaires pour qu'il se conforme aux règles." Des déclarations qui ont provoqué une légère détente des taux italiens.

Salvini veut réformer l'Europe

Mais l'affaire n'est pas encore close. La plupart des observateurs s'attendent à ce que le marché obligataire reste sous pression ces prochaines semaines. "Le spread Allemagne-Italie peut facilement atteindre 300 points de base (contre 285 actuellement, NDLR) à court terme, estime Jan van Gerich, stratégiste en chef de Nordea Bank. Mais pour passer des niveaux bien supérieurs, cela nécessiterait probablement de nouveaux signaux indiquant que Salvini a l’intention d’aggraver la situation."

L'intéressé a déclaré ce matin au micro de RTL 102.5 vouloir "consacrer toute son énergie pour changer ces vieilles règles obsolètes". Il entend également réclamer un siège au sein de la Banque centrale européenne (BCE) suite au départ de Mario Draghi à l'automne. Selon son conseiller économique Claudio Borghi, interrogé par Bloomberg, la Ligue souhaite que la BCE joue un rôle plus important dans la stimulation de nos économies en investissant dans les infrastructures. "Ce serait une sorte d’assouplissement quantitatif pour les infrastructures."

"La perspective d'une expansion fiscale importante et d'un dialogue difficile avec les partenaires européens renforcera probablement les préoccupations du marché concernant la viabilité de la dette publique et l'engagement de l'Italie envers le projet européen. Les prix des actifs italiens devraient rester volatils au cours de l'été."
Silvia Ardagna
stratégiste chez Goldman Sachs

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