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Le secteur auto peine à redémarrer en Bourse

Daimler vient d'émettre son troisième avertissement sur résultats. ©Mercedes-Benz

Les nouvelles décevantes s'accumulent dans le secteur automobile. Mais après plusieurs mois de baisse, peut-on considérer que les actions des constructeurs ont touché un plancher?

La chute des actions des équipementiers automobiles comme Valeo (-59%), Faurecia (-49%) ou encore Continental (-46%) en 2018 était bien un signe précurseur : les temps allaient devenir difficiles pour le secteur de l’automobile. De fait, depuis le début de cette année, les nouvelles décevantes s’amoncellent.  BMW, qui a vu sa marge opérationnelle - un élément financier fort suivi pour ce secteur -, rétrograder de 9,2% à 7,2% l’an passé, anticipe désormais une année 2019 difficile.

Le spécialiste de bolides de luxe n’a pas été le seul à tenir de tels propos. Son concurrent Daimler l’a même répété à trois reprises en moins de six mois ! La troisième fois, c’était au cours du week-end dernier, lorsqu’il a précisé avoir revu à la baisse sa prévision de bénéfice opérationnel pour cette année.  Renault, pour qui le résultat net consolidé avait déjà fondu de 36% en 2018, se fixe des objectifs de résultats plutôt prudents pour les mois à venir, étant donné le contexte incertain du marché de l’auto.

Ce qui fait mal

Les raisons de ces infos peu emballantes sont connues. Rappelons, pêle-mêle, le scandale des moteurs truqués pour les principaux constructeurs allemands. Il a par exemple encore réduit de plus de 3 milliards d’euros le résultat opérationnel de Volkswagen l’an passé.

Il y a aussi la hausse des coûts liés au respect des normes européennes et mondiales d’émissions, la disparition envisagée des moteurs thermiques au profit de moteurs électriques, le risque de représailles fiscales américaines à l’encontre du secteur automobile du Vieux-Continent, ou encore la faiblesse de certaines devises émergentes qui affectent des constructeurs tels que Renault. A tout cela, on ajoutera le moindre enthousiasme que le consommateur européen - et même chinois -, affiche depuis plusieurs mois pour faire l’acquisition d’un véhicule neuf.

Menaces sur les dividendes

Ces facteurs mettent tout naturellement sous pression les résultats des groupes automobiles, et parfois même le montant du dividende. Daimler avait déjà distribué il y a un mois un dividende en baisse (-11% à 3,25 euros par action). Les analystes suivis par Bloomberg le voient encore plus bas pour l’exercice en cours (à 2,95 euros).

Il n’est donc pas surprenant de voir les cours des actions des constructeurs automobiles sous-performer de nombreux autres secteurs en Bourse. Parmi les actions les moins bien tenues, celles de BMW accusent un repli de près de 10% depuis janvier, sous-performant largement le Stoxx 600 (+14,3%). Renault limite ses gains à 2,3% sur cette période, Daimler à 3,5%, VW à 5,3% et Fiat Chrysler à 7,1%.  

Un champion quand-même

Tranchant avec l’extrême prudence de la plupart des constructeurs, voire leur pessimisme, les performances que réalise Peugeot détonnent. Le constructeur au lion a ravi aux groupes allemands le titre de champion de la marge bénéficiaire la plus élevée en Europe en 2018 (+ 7,6%). Dans le même temps, il compte parmi les moins endettés du secteur. Ce qui lui vaut d’être plus courtisé par les investisseurs que Renault par exemple.

Pas étonnant, pour toutes ces raisons, qu’à la Bourse de Paris, son action affiche la meilleure prestation parmi les constructeurs de voitures de tourisme (+15,4%). Dans le rayon des constructeurs de voitures de sport, c’est Ferrari qui se dit optimiste pour ses bénéfices futurs, qui mène la course. Son titre bondit de 65%.

Peugeot espère conserver son titre de champion cette année. Mais en ramenant la barre à "au moins 4,5%", il risque d’être à nouveau doublé par Volkswagen qui table, lui, sur une remontée de sa marge opérationnelle à 6,5%/7,5%. Son projet récemment dévoilé de ne plus dépendre de l’Europe essentiellement pour faire ses affaires, ne sera pas bouclé à temps pour garder à coup sûr son avance.

Le plancher touché?

Avec des cours parfois tombés à des niveaux d’il y a cinq ans, voire davantage, l’on peut se demander si le secteur automobile n’a pas enfin touché un plancher. Il y a un pas que beaucoup d’analystes ne se permettent pas encore de franchir.

Il reste que les actions de certains équipementiers paraissent reprendre le chemin de la hausse, à l’instar de Faurecia (+18,3%). Certes, une hirondelle ne fait pas le printemps, mais il ne nous a pas échappé qu’en mai, les dirigeants de Continental  avaient dit s’attendre à un redressement de leur marché dans la seconde partie de l’année…

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