analyse

Le secteur de la technologie poursuit son mouvement de consolidation en France

L'offre de Capgemini valorise Altran 3,6 milliards d'euros ©AFP

Après le rapprochement Thales-Gemalto, c'est au tour de Capgemini d'acquérir Altran. Les acteurs technos français se regroupent pour mieux s'activer sur les marchés internationaux.

Encore une fusion franco-française. A peine bouclée celle du rachat de Gemalto par Thales, voici que deux autres acteurs dans le secteur de la technologie viennent d’annoncer leur volonté de s’unir. Il s’agit cette fois de Capgemini et d’Altran. Ces derniers  ambitionnent de créer un leader mondial de la transformation digitale des entreprises industrielles et de la technologie.

Acteurs de poids

Amorcé à la fin des années 1990, le secteur technologique poursuit donc son mouvement de concentration en France. On observe que les rapprochements concernent pour la plupart d’entre eux des sociétés de nationalité française.

Le groupe combiné Capgemini-Altran n'est pas au bout du chemin en matière de fusions et acquisitions aux Etats-Unis.
Paul Hermelin
PDG de Capgemini

De toute évidence, il existe chez nos voisins d’outre-Quiévrain une  volonté de se rapprocher afin de créer des acteurs de poids hexagonaux, et de partir ensuite plus fort à l’assaut des marchés internationaux. Une démarche qu’Atos, issu de l’ex-CGS Informatique qui a fusionné avec plusieurs de ses concurrents au cours des deux dernières décennies, a récemment accomplie.  Ce groupe actif dans la data et la cybersécurité avait fait en juillet 2018 l’acquisition de l’américain Syntel pour un montant de 3,4 milliards de dollars en cash.

Profil financier fragilisé

Cela dit, Altran n’a pas attendu d’avoir une taille suffisamment importante financièrement parlant pour s’attaquer à des proies étrangères. Le groupe actif dans l’aérospatiale, la défense, l’énergie et les télécoms notamment, avait en effet jeté son dévolu sur l’entreprise américaine Aricent en 2017. Il avait déboursé pour cette acquisition 1,7 milliard d’euros. Cette opération avait nécessité un emprunt de 2,1 milliards d’euros, un montant assez lourd pour Altran qui, quatre ans plus tôt,  affichait une capitalisation boursière encore inférieure au milliard d’euros…

Le rachat d’Aricent a indéniablement fragilisé le profil financier d’Altran. C’est fort probablement ce qui l’a contraint à accepter de tomber dans l’escarcelle de Capgemini. Car c’est bien ce dernier qui vaut 5 fois plus que lui à la Bourse de Paris, qui l’acquiert au prix de 3,6 milliards d’euros, en plus de la dette financière nette d’Altran qui s’élève à environ 1,4 milliard d’euros. Confortant cette perspective, il est prévu que le PDG de Capgemini, Paul Hermelin, sera le PDG  de l’ensemble combiné Capgemini-Altran.

Investisseurs rassurés

En payant 14 euros par action du groupe ciblé en plus du dividende qui sera attribué tout prochainement (0,24 euro par action), Capgemini fait plus que rassurer les investisseurs d’Altran. On se souviendra que ceux-ci avaient exprimé énormément d’inquiétudes dans la seconde partie de l’année passée sur la capacité d’Altran de digérer son acquisition aux Etats-Unis. Les craintes étaient d’autant plus fortes qu’au cours de la même période, ses affaires marquaient un ralentissement sur certains de ses principaux marchés. En Allemagne, mais encore en Grande-Bretagne pour cause de Brexit. En quelques mois, l’action avait plongé de 50%. Elle est tombée à un plancher de 6,50 euros peu avant la fête de Noël. 

Capgemini propose donc un prix plus de deux fois supérieur à ce plancher. Ce prix pourrait quand même ne pas totalement satisfaire ceux qui ont souscrit aux nouvelles actions émises en 2017 à un prix de 15 euros. Certes. Mais, tenant compte que la proposition de Capgemini valorise Altran à un niveau élevé de 42 fois les bénéfices enregistrés en 2018, on peut imaginer que bon nombre d’actionnaires s’en contenteront.

L’opération devrait être bouclée à la fin de l’exercice 2019. Elle donnera naissance à un groupe réalisant un chiffre d’affaires de 17 milliards d’euros et mieux armé pour affronter les marchés étrangers. Lors d'une conférence de presse, Paul Hermelin a indiqué que "le groupe n'est pas au bout du chemin en matière de fusions et acquisitions aux Etats-Unis".

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