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Les constructeurs automobiles européens font la course derrière Tesla

Volkswagen ambitionne de devenir le numéro un de la voiture électrique d'ici en 2025.

Bien des défis taraudent les constructeurs automobiles. Dont le plus important concerne la mutation des véhicules vers l'électrique. L'Américain Tesla règne en maître pour l'heure dans ce registre. En Europe, des constructeurs s'activent pour enrayer ce "monopole".

L’automobile fait toujours rêver le consommateur. Mais n'arrive plus à séduire les investisseurs sur les marchés boursiers. Les actions de leurs constructeurs, ainsi que celles de leurs équipementiers, ces sociétés qui leur fournissent les pièces à assembler, restent en effet désespérément à la traîne sur les écrans de cotations des plateformes boursières.

En 2019, elles n’avaient progressé que de 5,4% en moyenne, alors que l’indice Stoxx 600 avait accumulé un gain de 23,2%! Cette année, le secteur automobile ne semble toujours pas plus disposé à se mettre en valeur en bourse. Des 19 sous-groupes sectoriels du Stoxx 600, il compte avec celui des valeurs pétrolières et des ressources naturelles, parmi les trois sous-secteurs à encore faire marche arrière (-4,7%).

2020 démarre mal

Doit-on s’inquiéter de la sous-performance de secteur en bourse? Si l’on sait qu’il est coutumier de voir les ventes de véhicules diminuer après plusieurs années de croissance ininterrompue, il n’y a pas lieu d’être plus inquiet que cela. A priori du moins. C’est le sort en fin de compte que subissent la plupart des entreprises actives dans les secteurs industriels. Leurs affaires, et donc leurs résultats, sont fonction de la cyclicité des économies.

1,2%
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L’an passé, le marché des voitures particulières en Europe a encore affiché une modeste croissance de 1,2%.

L’an passé, le marché des voitures particulières en Europe a encore affiché une modeste croissance de 1,2%. Mais cela n’a plus été le cas des grands marchés comme ceux des Etats-Unis (-6%), du Japon(-11%), de l’Inde (-1%) et de la Chine (-1%) où les ventes de voitures ont reculé, selon des données compilées par l’Association de l’Industrie automobile allemande (VDA) qui regroupe les trois principaux constructeurs en Allemagne. De l’aveu même de certains patrons européens du secteur qui viennent de s’exprimer sur le sujet, l’Europe pourrait bien leur emboîter le pas dès cette année. En marge de la publication vendredi de ses résultats en 2019, Renault a dit estimer à 3% la baisse du marché européen.

Le coronavirus chinois

Ce qui soulève par contre beaucoup d’interrogations et incite beaucoup d’investisseurs à se tenir à l’écart des actions des constructeurs automobiles, ce sont les défis auxquels ces constructeurs font face actuellement. Il y a pour commencer les risques liés à l’épidémie de coronavirus en Chine. Les constructeurs mondiaux présents en Chine ont été contraints de prolonger la fermeture de leurs installations après la période chômée du Nouvel An Lunaire. Cela, on l’imagine, ne sera pas sans conséquence sur l’évolution de leurs affaires, surtout si l’on sait qu’avec 21 millions de voitures vendues en 2019, la Chine compte pour près de 30% dans les ventes de voitures dans le monde.

"Le virus de coronavirus amputerait la production automobile de 115.000 unités pour les constructeurs européens".
Analystes de Goldman Sachs

Dans un entretien accordé à l’agence d’information Reuters il y a quelques jours, Joseph Massano, CFO d’Aptiv, un équipementier automobile américain spécialisé dans le domaine de la technologie, "s’attend à un recul de 3% de la production automobile pour l’ensemble de l’année en Chine. Tenant compte de la prolongation des fermetures de sites, cette baisse devrait être de 15% au cours du seul premier trimestre de cette année". Les analystes de Goldman Sachs évaluent que "le virus de coronavirus amputerait la production automobile de 115.000 unités pour les constructeurs européens".

General MotorsFordVolkswagenBMW et Daimler sont les constructeurs les plus actifs en Chine. A cette liste, on peut joindre l’équipementier français Valeo qui dispose d’un site de production à Wuhan, la ville d’où est parti le virus. Peugeot et Renault sont aussi installés dans cette ville. Mais leurs ventes en Chine restent plutôt anecdotiques. La Chine comptait pour 20% des ventes mondiales de BMW en 2018, mais à peine 3,8% de celles de Peugeot.

Guerre commerciale

Autre sujet d’inquiétude pris au sérieux par les marchés, il y a la menace proférée par le président américain Donald Trump d’augmenter les tarifs douaniers sur les voitures européennes exportées vers les Etats-Unis. Les analystes s’accordent pour l’affirmer: cette menace d’une nouvelle guerre commerciale contribue à la sous-performance actuelle des actions des groupes automobiles européens.

Volkswagen tente de la prévenir en élaborant des programmes d’investissement sur ses propres sites aux Etats-Unis. Cela sera-t-il toutefois suffisant pour assouplir la position de Trump? Rien n’est moins sûr.

Ce sont encore les constructeurs allemands qui ont le plus à perdre sur le plan de la guerre commerciale. VWBMW et Daimler réalisent chacun à peu près 20% de leurs ventes mondiales dans le pays de l’Oncle Sam. Cela dit, la production des constructeurs allemands aux Etats-Unis augmente d’année en année. Il y a 2 ans, la VDA indiquait déjà que la production des trois principaux constructeurs allemands aux Etats-Unis était plus importante que le nombre de voitures qu’ils importaient. 

Le passage à l’électrique

Bien davantage que l’épidémie de coronavirus et la menace d’une guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’Europe, il s’agit du défi le plus important depuis l’invention de l’automobile qu’ont à affronter les constructeurs:  celui de passer du véhicule à propulsion thermique à celui de véhicule électrique.

A ce jour, tous les constructeurs s’activent pour parvenir à réaliser cette mutation. Non sans risques, parce que cette transformation sollicitera énormément leur trésorerie, et cela fort probablement au détriment de la rémunération des actionnaires qui verront leurs dividendes croître moins rapidement. Les dépenses de recherche se compteront en dizaines de milliards d’euros au cours des prochaines années. Non sans difficultés non plus, car d’importants progrès dans la mise au point de la voiture du futur restent à accomplir.

En Belgique, la demande pour les voitures roulant au diesel a augmenté de 17,7% entre octobre et décembre 2019.
ACEA

Enfin, il restera à convaincre le consommateur de modifier ses préférences au moment où il s’apprête à faire l’acquisition d’un véhicule. Ce qui, à ce jour, n’est pas encore assuré. Selon un décompte avancé par l’European Automobiles Manufacturers Association (ACEA) qui réunit 16 principaux constructeurs, les ventes totales de véhicules neufs rechargeables électriquement ont bondi de 80,5% au quatrième trimestre de 2019 sur le Vieux continent. Pas mal. Mais cela représente à peine 4,4% des immatriculations de voitures neuves contre 57,3% pour celles roulant à l’essence et 29,5% pour celles au diesel. L’hybride s’arroge de son côté une part de marché de 8,8%.

La part du diesel a encore diminué de 3,7%.  "Mais, observe l’ACEA, certains marchés et non des moindres comme l’Allemagne et la France, commencent à montrer des signes de reprise"En Belgique, la demande pour les voitures roulant au diesel a augmenté de 17,7% entre octobre et décembre 2019.  

Tesla en tête de course

Il y a quelques semaines, Bruno Lemaire, le ministre de l’Economie en France, affirmait qu’"il faut juger les groupes automobiles par rapport à leur position devant les deux grandes révolutions technologiques que sont le véhicule électrique et le véhicule autonome". C’est de cette façon que procèdent généralement les investisseurs financiers. Si l’on prend en compte l’évolution des cours des actions des différents groupes automobiles ces 12 derniers mois, c’est indiscutablement Tesla qui a le plus leur faveur.

Tesla devrait réaliser les marges d’Apple, 10 fois les volumes de ventes de VW et réinvestir comme aucun autre constructeur ne l’a déjà fait depuis l’apparition de l’automobile pour justifier un cours de 1.000 euros
Aswath Damodaran
Professeur à la Stern School of Business (Université de New York)

Ce constructeur qui ne produit que des voitures électriques, a vu son cours grimper de 140% depuis janvier 2019 pour atteindre 804 dollars. Il profite de sa domination sans partage dans le registre des voitures "durables". Pourra-t-il conserver intacte cette performance encore bien longtemps? Certains en doutent. Pour justifier un tel niveau, explique Aswath Damodaran, professeur à la Stern School of Business (Université de New York), Tesla devrait réaliser "les marges d’Apple, 10 fois les volumes de ventes de VW et réinvestir comme aucun autre constructeur ne l’a déjà fait depuis l’apparition de l’automobile". On est très loin du compte.

VW se fait menaçant

La domination de Tesla pourrait bien être court-circuitée lorsque ses futurs concurrents se présenteront sur le marché de la voiture électrique. Parmi eux, les boursiers pointent l’allemand VW qui ambitionne purement et simplement de devenir le numéro un de la voiture électrique d’ici 2025. Il y a quelques mois, le constructeur de Wolfsburg avouait sa volonté d’accélérer la cadence dans la voiture électrique et autonome. Son action affiche une hausse de près de 22% au cours des douze derniers mois à la Bourse de Francfort. Dans son sillage, celle de Porsche avance de 20%.

Les actions de ses concurrents allemands BMW (-3,7%) et de Daimler (-11%) ne jouissent pas d’autant de crédit. Daimler vient de réduire de 70% le montant de son dividende. En raison de charges comptabilisées dans le dossier du scandale du "Dieselgate". Mais aussi pour s’assurer des moyens pour financer ses investissements dans l’électrification de ses bolides.

Avec une hausse de près de 7% de son action, Peugeot a plutôt la cote auprès des investisseurs, en partie grâce à son projet de fusion avec Fiat Chrysler. C’est beaucoup moins le cas de Renault (-34%) qui a aussi réduit de 70% le montant de son dividende. Le groupe au losange souffre du manque de profitabilité chez Nissan dont il détient 43% des actions, et de l’embargo imposé par les Etats-Unis à l’Iran. Renault ambitionne toutefois d’amplifier en 2020 son offre de voitures électriques et hybrides rechargeables. Ses ventes de voitures électrifiées avaient progressé de 23,5% en 2019.

Le choix des analystes

L’action des constructeurs européens qui a le plus la cote auprès des analystes sondés par Bloomberg est celle du groupe allemand VW. Parmi ceux qui se sont prononcés depuis le début de cette année, 90% d’entre eux la recommandent à l’"achat". Les analystes ont octroyé un tel rating à Peugeot et FiatChrysler dans une proportion de de 70%, à BMW (40%), Renault (30%) et Daimler 20%.

Tesla se traite en Bourse à un niveau vertigineux de 20 fois la valeur comptable de l’entreprise!

A Wall Street, 18% à peine des analystes disent suggérer l’action Tesla à l’"achat", tandis que 51% conseillent plutôt de la "vendre". La valorisation excessive de ce constructeur américain explique en grande partie son manque de popularité auprès des analystes. Tesla se traite en bourse à un niveau vertigineux de 20 fois la valeur comptable de l’entreprise selon des données fournies par Bloomberg. En comparaison, ce ratio financier n’est que de …0,29 fois pour Renault et de 0,75 fois pour VW.

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