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Les dérapages de Musk, principal frein de Tesla en Bourse

Elon Musk, le CEO de Tesla ©AFP

Le bras de fer engagé entre le milliardaire et le gendarme boursier inquiète largement les investisseurs et analystes. L'action pourrait retomber à son plus bas niveau de 2018.

La guerre des mots. Les frasques récurrentes du célèbre milliardaire Elon Musk, le fondateur et actuel CEO du constructeur automobile Tesla  , ont pris un nouveau tournant cette semaine. Celui d'un conflit ouvert avec la U.S. Securities and Exchange Commission (SEC). Le gendarme américain des marchés financiers lui reproche d'avoir enfreint les règles d'un accord signé en octobre dernier, qui devait l'empêcher de relayer sur le réseau social Twitter toute information susceptible d'influencer le cours de l'action. Mais l'homme d'affaires assure de son côté être dans son droit, n'hésitant pas à se moquer de l'institution.

Pour comprendre comment a démarré ce bras de fer, une petite marche arrière s'impose. Le 7 août 2018, Elon Musk annonce sur Twitter son intention de faire sortir Tesla de la Bourse. "J'envisage de retirer Tesla de la cote à 420 dollars (par action, NDLR). Le financement est assuré", a-t-il tweeté. L'action s'envole d'environ 30% en quelques séances à Wall Street, au détriment de nombreux vendeurs à découvert (les "shorteurs") qui pariaient sur une faillite de l'entreprise. Quelques jours plus tard, la SEC lance une enquête sur l'affaire. Elle conclura fin septembre que le milliardaire a trompé les investisseurs. En Bourse, l'action plonge dans le rouge, tombant à un plus bas annuel de 250,56 dollars le 8 octobre.

Outre le règlement d'une amende de 20 millions de dollars, Elon Musk signe un accord à l'amiable avec la U.S Securities and Exchange Commission, dans lequel il accepte notamment de céder son siège de président du conseil d'administration et de mettre en place une procédure de contrôle de sa communication. Ce qui a permis de calmer les investisseurs. En un peu plus de deux mois, l'action rebondit de 50% pour flirter avec ses plus hauts historiques. Mais aujourd'hui, cette procédure de contrôle est mise à mal...

"Une tornade d'incertitudes"

La nouvelle prise de bec entre Elon Musk et les autorités américaines a réveillé les pires inquiétudes des investisseurs et analystes. Beaucoup craignent que la SEC ne demande à nouveau la tête du milliardaire. "Avec l'accord conclu en octobre, ce nuage noir était dans le rétroviseur de Tesla", indique dans une note Daniel Ives, analyste de Wedbush. "Ce dernier tweet pourrait potentiellement ramener cette tornade d'incertitude au premier plan." Il rappelle que le constructeur automobile se trouve déjà dans une période charnière, où le management tente d'augmenter la production et la demande pour le modèle 3 en Chine et en Europe. Ainsi que d'atteindre la rentabilité malgré une dette d'environ 1,5 milliard de dollars à payer cette année. "Un autre match de boxe avec la SEC est la dernière chose que les investisseurs voulaient voir."

"Si la SEC venait à demander le départ d'Elon Musk, nous pensons que le titre pourrait revenir autour de 250 dollars"
Ryan Brinkman
analyste de JP Morgan

De son côté, l'analyste Jeffrey Osborne (Cowen) souligne que plusieurs facteurs pèsent sur l'entreprise comme des multiples de valorisation élevés et des besoins de trésorerie. "Les modèles S et X commencent à faire face à la concurrence des producteurs européens dans le segment du luxe et le modèle 3 a complètement épuisé sa clientèle de base en raison d'un manque d'infrastructure et des tarifs douaniers qui entravent les déploiements en Europe et en Chine", ajoute-t-il. "Nous ne pensons pas que Tesla avait besoin de cette distraction supplémentaire pour sous-performer" en Bourse. Avant la chute de ce mardi, l'action perdait déjà près de 4% depuis le début de l'année. 

"Si la SEC venait à demander le départ d'Elon Musk (peut-être conditionné à un nouvel arrangement), nous pensons que le titre pourrait revenir autour de 250 dollars", signale Ryan Brinkman, de JP Morgan. Ce qui signifie une perte d'un cinquième de sa valeur. L'analyste tente toutefois de relativiser. "Il est difficile de juger la probabilité de la résurgence du scénario du pire (...) mais d'un autre côté, les allégations semblent cette fois moins graves (que l'an dernier)". Un avis partagé par d'autres observateurs. "Au vu de la baisse ce mardi, il semble que les investisseurs considèrent toujours Musk comme un élément positif pour la société, bien que nous nous attendions à ce que le débat sur la question de savoir si Tesla soit mieux sans lui revienne", commente Gene Munster (Loup Ventures). "Le refus de Musk de suivre les règles fait partie des choses qu'il faut accepter quand on est actionnaire de Tesla."

"Le refus de Musk de suivre les règles fait partie des choses qu'il faut accepter quand on est actionnaire de Tesla."
Gene Munster
Loup Ventures

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