analyse

Les Pays-Bas coupent les ailes d'Air France-KLM

©AFP

La prise de participation de l'Etat néerlandais dans la compagnie aérienne ravive les craintes des investisseurs, qui ont peur d'assister à un "football politique". La restructuration du groupe pourrait en être impactée.

"Mesdames et messieurs, veuillez attacher vos ceintures. Nous entrons dans une zone de turbulence." Le gouvernement néerlandais a créé l'émoi dans les salles de marché et les cabinets ministériels en annonçant mardi soir être entré au capital d'Air France-KLM  à hauteur de 12,68%, ce qui représente un investissement de quelque 680 millions d'euros. Qui plus est, son objectif est d'obtenir à terme une position équivalente à celle de l'Etat français. Lequel détient actuellement une participation de 14,29%. Paris fulmine, jugeant l'initiative "inamicale, surprenante et contestable" et l'assimilant à des techniques de traders.

L'opération a été réalisée dans le plus grand des secrets en cinq jours à peine sans qu'aucun intervenant de marché ne semble avoir remarqué quoi que soit. "L'annonce au préalable d'un tel acte aurait rendu difficile la constitution rapide d'une participation", a expliqué le ministre néerlandais des Finances, Wopke Hoekstra. La banque ABN Amro, détenue majoritairement par l'Etat néerlandais, a lancé les hostilités le 20 février dernier, rachetant à tour de bras des actions durant les heures d'ouverture d'Euronext et via des transactions privées. Selon les données compilées par Bloomberg, en moyenne 15,7 millions d'actions Air France-KLM ont quotidiennement changé de mains durant l'opération. Ce qui est plus de 5 fois la moyenne quotidienne des trois derniers mois.

15,7 millions d'actions
Forte activité autour d'Air France-KLM ces derniers jours
Selon les données compilées par Bloomberg, en moyenne 15,7 millions d'actions Air France-KLM ont quotidiennement changé de mains entre le 20 et 26 février. Ce qui est plus de 5 fois la moyenne quotidienne des trois derniers mois.

"Vendez ou shortez!"

Certains observateurs pensent aujourd'hui que cette augmentation soudaine du nombre de transactions autour d'Air France-KLM, qui a fait bondir l'action de 22,70% en cinq séances, a pu être réalisée sans éveiller de réels soupçons parce que le titre se trouvait dans un trends haussier depuis plusieurs mois. Après être tombé à 6,78 euros mi-juin 2018, il a presque doublé de valeur pour dépasser la barre des 12 euros mardi soir. Les principaux facteurs de cette envolée sont l'accord signé en octobre entre la compagnie aérienne et les syndicats des pilotes et le plan stratégique affiché par le nouveau CEO Benjamin ("Ben") Smith, nommé à la tête du groupe en août dernier.

"Air France-KLM risque de devenir un 'football' politique entre deux gouvernements."
Gerald Khoo
analyste chez Liberum

Mais de nombreux analystes craignent que ses plans ne soient entravés par l'arrivée de l'Etat néerlandais au conseil d'administration, contrariant au passage l'intérêt des investisseurs. "Le CEO pourrait voir sa liberté d'action pour restructurer le groupe restreinte par ses deux grands actionnaires qui sont deux États avec des priorités qui diffèrent entre elles et de celles des investisseurs institutionnels", souligne Gerald Khoo de Liberum. Il estime par ailleurs que l'éventuelle vente des parts de l'Etat français dans la compagnie a désormais peu de chances de se produire. "Air France-KLM risque de devenir un 'football' politique entre deux gouvernements."

De son côté, Daniel Roeska (Bernstein) estime que Ben Smith devra composer avec un conseil d'administration sous tension, pris entre les deux Etats mais également le partenariat entre Delta et China Eastern (qui détiennent chacun 8,76% du capital). Or toutes ces parties ont un agenda différent. "La compagnie avait pourtant déjà besoin de réduire les tensions, équilibrer le pouvoir entre les marques Air France et KLM pour continuer à se concentrer sur des profits durables", s'inquiète-t-il. L'analyste conseille donc aux investisseurs de profiter du récent bond de l'action pour prendre leurs bénéfices ou "shorter" le titre.

Stimuler le groupe?

Quelques optimistes voient encore le verre à moitié plein. À l'image de Société Générale, pour qui la prise de participation de l'Etat néerlandais "est probablement positive pour la concurrence au sein du groupe (c'est-à-dire qu'elle met la pression sur Air France pour améliorer sa rentabilité)". "Le fait que le gouvernement va continuer à acheter des actions pourrait soutenir le cours de l'action à court terme", indiquent ses analystes, tout en reconnaissant que cela va aboutir à une escalade des tensions.

"Le fait que le gouvernement néerlandais va continuer à acheter des actions pourrait soutenir le cours de l'action à court terme"
Société Générale

Selon les données compilées par Bloomberg, ils sont encore 7 analystes (sur 24) a recommandé d'acheter la valeur contre 3 qui conseillent de la vendre. L'objectif de cours médian est de 11,12 euros.

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