Palantir, une introduction en bourse pas comme les autres

Peter Thiel, président de Palantir, reçoit des parts de fondateur qui lui donnent des droits de vote étendus. ©AFP

Cotation directe, contrôle conservé par les fondateurs, activités controversées: l'entrée en bourse de Palantir, prévue ce mercredi, ne passe par inaperçue.

Ce n'est pas une introduction en bourse ordinaire qui doit avoir lieu à Wall Street ce mercredi. Palantir a choisi d'emprunter la voie de la cotation directe, ce qui n'était plus arrivé depuis l'entrée de Slack sur le marché boursier américain en juin 2019.

Contrairement à une IPO (initial public offering) traditionnelle qui consiste, comme son nom l'indique, à offrir au public la souscription de nouvelles actions avant l'entrée en bourse, la cotation directe ne s'accompagne d'aucune levée de capitaux frais: cette introduction en bourse permet simplement aux investisseurs privés présents dans le capital de l'entreprise de commencer à vendre leurs actions sur le marché.

"Ils ont fait en sorte que Peter Thiel puisse gérer Palantir comme une société privée tout en ayant l'avantage d'avoir une société cotée."
Michael Weisbach
Professeur à l'Université de l'Ohio

Autre particularité, la société technologique spécialisée dans le traitement des données a octroyé des parts de fondateur à Peter Thiel, Alex Karp et Stephen Cohen, les trois cofondateurs de l'entreprise. Ces parts "F", comme elles sont désignées dans le prospectus de l'opération, garantissent au trio de conserver, à perpétuité, 50% des droits de vote, et ce, même s'ils cèdent leurs actions sous-jacentes ou quittent leurs fonctions dans l'entreprise. Thiel, Karp et Cohen conserveront donc le contrôle de Palantir, ce qui heurte les observateurs sourcilleux sur le plan de la bonne gouvernance.

Valorisation en question

"Ils ont fait en sorte que Peter Thiel (qui est aussi le président de Palantir, NDLR) puisse gérer Palantir comme une société privée tout en ayant l'avantage d'avoir une société cotée", analyse Michael Weisbach, un professeur de l'Université de l'Ohio, cité par l'agence Bloomberg. "Ils ont clairement voulu conserver le contrôle de cette entreprise et ne veulent pas accueillir beaucoup d'externes." Alex Karp, le CEO de Palantir, a toujours rejeté ces critiques en conseillant à ceux à qui la structure de gestion de Palantir ne plaît pas de "choisir une autre entreprise". "Nous avons certaines convictions et nous nous y tiendrons", a-t-il assuré.

10$
Cours de bourse de départ estimé
Les dernières informations donnent un prix de départ de l'action de 10 dollars pour sa première cotation, ce qui valoriserait Palantir à 22 milliards de dollars.

Si on ferme les yeux sur la gouvernance pour se focaliser sur la performance financière, Palantir serait, selon les dernières informations qui ont circulé dans le giron des banques chargées de l'opération, valorisée à quelque 22 milliards de dollars (19 milliards d'euros), le prix de l'action devant en principe se situer à environ 10 dollars pour ses débuts à la Bourse de New York. Dans le prospectus, Palantir précise que, lors de transactions privées antérieures, le cours de l'action a varié de 4,17 à 11,50 dollars, ce qui représente une valeur globale de l'entreprise allant de 9 à 25 milliards de dollars. L'agence Bloomberg note tout de même que la société d'analyse financière PitchBook a évalué Palantir à 8,8 milliards de dollars. Reste à voir à qui le marché donnera raison ce mercredi.

Un bénéfice ajusté positif?

Tout dépendra probablement du crédit que les investisseurs accorderont aux prévisions de Palantir. L'entreprise technologique anticipe un chiffre d'affaires dépassant le milliard de dollars cette année. Et pour la première fois, elle table sur un résultat annuel ajusté positif, après avoir affiché des pertes depuis sa fondation.

La société spécialisée dans l'analyse de données espère tirer profit d'un élargissement de sa clientèle à des acteurs privés, alors qu'elle tire l'essentiel de ses revenus de contrats avec des pouvoirs publics. Ce sont d'ailleurs ses collaborations avec le gouvernement américain, pour traquer Ben Laden d'abord, puis pour identifier des illégaux sur le sol US ensuite, qui ont placé Palantir sous le feu des projecteurs, voire des critiques.

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