Pourquoi la livre turque est sous pression

©REUTERS

Malgré une accalmie en début d'année, la devise est de nouveau sous le feu des projecteurs. La situation économique et politique interpelle. Et certains investisseurs craignent un effet de contagion à d'autres monnaies émergentes.

Sale temps pour la livre turque  . Après avoir perdu plus de 30% face au dollar l'an dernier, la devise souffre une nouvelle fois d'un accès de méfiance des investisseurs internationaux. La faute à un environnement économique difficile. La Turquie est confrontée à une récession pour la première fois en dix ans et ne semble pas pouvoir en sortir à court terme. Les observateurs tablent sur un recul d'environ 2% du PIB cette année.

"Je reste inquiet sur l'économie turque", commente Bernard Keppenne de CBC Banque. L'économiste en chef évoque des "signaux interpellants":

  • une forte fragilité de la croissance
  • une inflation encore importante 
  • une baisse des réserves de change de la Banque centrale turque.

C'est d'ailleurs ce dernier point qui a provoqué la chute de la devise la semaine dernière. L'institution monétaire a tenté de jouer aux pompiers en affirmant ce jeudi que les réserves étaient "en hausse de manière constante sur le moyen terme".

La politique, un facteur clé

Le président Recep Tayyip Erdogan a de son côté accusé "l'Occident, à commencer par les Etats-Unis" de mener "une opération pour acculer la Turquie". "Nous avons le devoir de discipliner les spéculateurs sur les marchés", a-t-il ajouté, tout en souhaitant une nouvelle fois que la Banque centrale baisse ses taux d'intérêt afin de peser sur l'inflation. Des propos peu enclins à rassurer les investisseurs et qui ravivent les doutes sur la réelle indépendance de l'institution monétaire.

Rappelons qu'en juillet dernier, le président turc s'est octroyé le pouvoir de ses membres et a désigné son gendre Berat Albayrak en tant que ministre des Finances.

Pour Frank Vranken, stratégiste en chef de Puilaetco Dewaay, les élections locales qui auront lieu ce dimanche sont un facteur clé. "Le scénario le plus optimiste pour l'économie pourrait être une victoire de l'AKP (le parti d'Erdogan, NDRL) et ensuite un grand exercice pour réduire le déficit public et calmer les marchés en demandant éventuellement l'aide du Fonds monétaire international", estime le stratégiste. Le pire scénario reviendrait à une défaite de l'AKP qui entraînerait des mesures de marché hostiles comme la prise de contrôle des capitaux.

Contagion à d'autres devises?

Le regain de volatilité autour de la livre turque rend nerveux certains investisseurs, qui craignent un effet de contagion à d'autres monnaies émergentes comme le Rand sud-africain  ou le Real brésilien  . "Ces devises ont souffert suite à la crise de la livre turque l'an dernier", rappelle Brendan McKenna de Wells Fargo Securities.

Mais aujourd'hui, la situation semble rester sous contrôle. L'indice MSCI EM Currency a perdu moins de 1% depuis la semaine dernière. Ce qui fait dire à de nombreux observateurs que la faiblesse de la monnaie turque est un cas unique. "Je ne crois pas à un effet de contagion. Le contexte est totalement différent par rapport à 2018, quand les devises émergentes subissaient la remontée des taux américains. Cette année, on s'attend plutôt à une baisse des taux, ce qui devrait leur donner plus de latitude", explique Bernard Keppenne. Il estime que les mouvements observés autour du Rand sud-africain ou du Real brésilien sont liés à des problèmes spécifiques.

"La Turquie est peut-être un symptôme et non la cause d'une maladie", juge Jeffrey Halley d'Oanda Corporation. "Le principal moteur étant bien sûr un éventuel ralentissement mondial qui est en route cette l'année."

mouvements observés autour du Rand sud-africain ou du Real brésilien sont liés à des problèmes spécifiques.
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