Priée de se retirer de la cote, Luckin Coffee boit à nouveau la tasse

Le titre de la société a chuté jusqu’à 45% à la reprise de sa cotation ce mercredi, après une suspension d’un mois. ©EPA

L’action de Luckin Coffee dégringolait ce mercredi à la reprise de sa cotation à Wall Street, les investisseurs s’empressant de vendre leurs derniers titres avant un éventuel retrait de la cote de la chaîne chinoise de cafés. Une débâcle amorcée par un scandale de fraude comptable en pleines tensions sino-américaines.

Il y a un an, au mois de mai 2019, Luckin Coffee faisait ses premiers pas en fanfare à la Bourse de New York. La chaîne chinoise de cafés qui avait alors l’ambition de détrôner l’américain Starbucks était parvenue à lever 561 millions de dollars, ce qui la valorisait à quelque 4 milliards de dollars...

Une capitalisation aujourd’hui réduite à environ 700 millions de dollars, le titre de la société ayant chuté jusqu’à 45% à la reprise de sa cotation ce mercredi, après une suspension d’un mois. Cette suspension avait été décidée à la suite d’une autre dégringolade, de plus de 70% cette fois, dans la foulée des révélations selon lesquelles le directeur général de la société était accusé d’avoir falsifié les chiffres de ventes à hauteur de 2,2 milliards de yuan (290 millions d’euros).

700
millions de dollars
L'estimation de la valorisation boursière actuelle de Luckin Coffee, qui dépassait les 4 milliards de dollars lors de son IPO il y a un an.

Priée de quitter la cote

La nouvelle débandade de ce mercredi survient quant à elle après l’annonce la veille par Luckin Coffee de l’intention du Nasdaq de le retirer de la cote en raison notamment de "préoccupations d'intérêt public soulevées par les transactions truquées révélées par la société". Le Nasdaq a également pointé du doigt le fait que l'entreprise n'ait pas divulgué publiquement des informations importantes, notamment sur un modèle commercial qui a permis que ces fraudes se développent, a poursuivi la société.

Luckin a indiqué qu'elle prévoyait de faire appel de cette décision en demandant à être entendue par un comité du Nasdaq et qu'elle resterait en Bourse en attendant. Des précisions qui ne semblent toutefois pas pouvoir freiner une ruée à la vente chez ses derniers actionnaires.

En faire un cas d’exemple

Le Nasdaq n’en est toutefois pas resté là, d’autres affaires impliquant des sociétés chinoises ayant poussé la plateforme à dénoncer le "manque de transparence" dans certains pays. En début de semaine, la plateforme boursière a indiqué vouloir durcir les règles pour les sociétés des pays émergents qui souhaitent bénéficier de ses services. Si la nationalité des entreprises ciblées n’est pas précisée dans ses propositions de changements envoyées au gendarme boursier américain, la SEC, les sociétés chinoises semblent clairement visées.

La plateforme boursière Nasdaq a indiqué vouloir durcir les règles pour les sociétés des pays émergents souhaitant bénéficier de ses services.

Il est question d’imposer à ces sociétés souhaitant entrer sur la plateforme de compter au sein de la direction une personne bien au fait des pratiques en vigueur dans les entreprises cotées aux États-Unis. Outre le durcissement des critères concernant les cabinets d'audit chargés de vérifier les comptes des entreprises, le Nasdaq voudrait aussi exiger que ces entreprises lèvent au minimum 25 millions de dollars ou un montant équivalent à au moins un quart de leur capitalisation.

Les propositions de Nasdaq ont été bien accueillies par le responsable du gendarme boursier aux États-Unis, la SEC, qui a engagé une réflexion sur les risques liés aux investissements dans les pays émergents. Le président Donald Trump s’est d’ailleurs lui-même immiscé dans le débat en déclarant dans une interview à Fox Business la semaine dernière qu'il envisageait "très fortement" d'exiger des entreprises chinoises cotées à New York qu'elles respectent les normes comptables américaines.

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