Quand les réseaux sociaux dynamitent le cours de Gamestop

Les enseignes GameStop sont très populaires aux États-Unis, notamment parce que le distributeur permet à ses clients d'essayer les jeux vidéo en direct. ©Bloomberg

Curieuse montée à Wall Street. Le titre du petit magasin de jeux vidéo GameStop s'est enflammé, grimpant sur des paris annonçant sa chute alors qu'une armée de petits porteurs a mis au tapis les "shorters" de GameStop.

Les suiveurs de la Bourse de New York ont du mal à comprendre la poussée de fièvre dont a été victime l'action GameStop .

Le petit détaillant de jeux vidéo, qui pesait un peu plus d'un milliard de dollars au début du mois de janvier, a vu son titre chauffer de 90% ce lundi vers 16h30, après avoir déjà connu un bond de plus de 50% vendredi dernier. De quoi multiplier par sept son cours depuis le début de l'année. L'action, qui est même monté jusqu'à 159 dollars, réduisait ensuite ses gains, non sans être brièvement passée en territoire négatif vers 18h30.

Bizarre pour un distributeur adepte de la vente en seconde main et maintes fois annoncé en banqueroute. GameStop est régulièrement ciblé par des vendeurs à découvert, les fameux "shorters" (lire encadré), qui se sont pris les pieds dans le tapis.

197
millions d'actions gamestop échangées
GameStop a affiché le plus gros volume d'échanges de la séance de vendredi: 197 millions d'actions ont été échangées. À titre de comparaison, il était question de 144 millions de mouvements sur le mastodonte Apple et ses 2.340 milliards de capitalisation boursière.

Pression populaire

Deux éléments expliquent cette hausse folle et, à chaque fois, une communauté de "nouveaux investisseurs" est parvenue à amplifier le mouvement grâce aux réseaux sociaux.

D'abord le 11 janvier dernier, GameStop annonce l'arrivée de Ryan Cohen à son conseil de direction. Connu pour avoir créé Chewy, un distributeur d’aliments pour animaux qui a secoué le secteur grâce à l'e-commerce, l'homme est perçu comme le sauveur que GameStop attendait depuis des lustres. Ryan Cohen considère notamment qu'il faut rapidement dépoussiérer l'enseigne américaine pour en faire l'Amazon des jeux vidéo.

Cette nomination a ainsi allègrement été commentée sur 4Chan, le réseau social prisé par les Anonymous, ou encore Reddit, une autre plateforme communautaire appréciée par les "Robinhoods", ces jeunes investisseurs qui ont massivement envahi les marchés d'actions depuis le confinement aux États-Unis via l'application de trading du même nom.

Les commentaires enthousiastes des internautes se sont transformés en achats frénétiques de l'action GameStop. Ces achats ont gonflé vendredi le cours de bourse de GameStop de 94% en séance et 51% en clôture, ce qui mécaniquement met à mal la stratégie des shorters qui avaient parié à la baisse sur l'action. Ces derniers ont alors repris des positions dans leur cible, entretenant la flambée de GameStop sur le Nasdaq.

Le jour d'après, les shorters reviennent à la charge et l'effet "réseaux sociaux" grandit, notamment dans le groupe de discussion de Reddit "Wall Street Bets", très suivi par la communauté Robinhood.

Menaces de mort

La société d'investissement Citron Research, shorter notoire à Wall Street qui s'était déjà attaqué sans succès à l'action Tesla, met alors en garde les investisseurs sur la forte volatilité entourant l'action GameStop. L'analyste de Citron, Andrew Left, estime que le groupe aux 5.000 magasins est surévalué, présageant un effondrement imminent du cours de GameStop.

Il n'en fallait pas plus pour déclencher une tempête de réactions et de critiques sur le net. Ce mouvement de défiance inédit a encore pris de l'ampleur après le commentaire de l'analyste Left, qui a égratigné ses détracteurs en les qualifiant de "boursicoteurs peu expérimentés".

Les menaces et les insultes pleuvent, contraignant Citron Research à annuler un événement organisé en ligne après une intrusion suspecte dans les serveurs de la société d'investissements. L'analyste Andrew Left est assailli de commentaires intimidants, visant même des membres de sa famille et ses enfants.

Andrew Left a depuis débranché la prise des réseaux sociaux et entamé des poursuites contre ses persécuteurs.

"Short squeeze", kesako?

Pour comprendre le "short squeeze", il faut d'abord saisir le principe de la vente à découvert ou ce qu'on appelle dans le jargon boursier "shorter une action".

La majorité des investisseurs achètent une action dans l'espoir de la revendre plus tard avec une plus-value. Les shorters adoptent la logique inverse. Ils parient sur la baisse de la valeur d'une action. Cette technique consiste donc à vendre des actions que l'on ne possède pas afin de les racheter plus tard à un prix inférieur et d'empocher la différence.

On parle de "short squeeze" lorsque le pari à la baisse s'avère perdu. Les vendeurs à découvert, sous pression, tentent alors de récupérer la sauce en rachetant leurs positions dans l’urgence.

Le "short squeeze" est donc une bonne nouvelle pour les actionnaires. Une moins bonne pour les spéculateurs à la baisse qui, si la hausse se poursuit, risquent de devoir dénouer leurs positions dare-dare en rachetant des titres au prix fort, alimentant ainsi le rebond de l’action. 

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés