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analyse

Quand un as de la tech achète de l'or en barre pour se protéger des cygnes noirs

Alex Karp, directeur général de Palantir, est un des trois fondateurs de l'entreprise américaine au même titre que Peter Thiel et Stephen Cohen. Les trois larrons détiennent des parts spéciales de Palantir garantissant au trio de conserver, à perpétuité, 50% des droits de vote. ©Bloomberg

Palantir, le spécialiste américain des logiciels d'analyse, dit se préparer à un autre "événement de type cygne noir". Du coup, il mise tout sur l'or physique.

Palantir est un oiseau rare à Wall Street. Le groupe technologique l'a encore rappelé ce mardi soir en dévoilant une emplette en lingots d'or se chiffrant à plusieurs millions de dollars et en invitant ses clients à payer à l'aide du précieux métal jaune.

Palantir a fait ses premiers pas à Wall Street à la fin du mois de septembre dernier. La société, cofondée en 2003 par l'investisseur Peter Thiel (lire encadré), avait opté pour une cotation directe au prix de 7,25 dollars. Palantir était alors valorisée à 16 milliards de dollars.

Près d'un an et de nombreuses vagues plus tard, le bilan boursier de la société technologique spécialisée dans le traitement des données informatiques est plus qu'honorable, bien que le groupe ne soit toujours pas rentable. Son titre se négocie actuellement autour des 24 dollars, ce qui lui confère une valorisation boursière flirtant avec les 48 milliards de dollars.

"Accepter les monnaies non traditionnelles reflète davantage une vision du monde car vous devez être préparé à un avenir avec plus d'événements de cygne noir."
Shyam Sankar
Directeur des opérations de Palentir

À en croire les chiffres trimestriels dévoilés la semaine dernière, la dynamique haussière devrait se maintenir grâce à un carnet de commandes qui ne cesse de grossir. Les ventes de son logiciel phare, servant notamment à aider les agences gouvernementales à analyser l'impact de la crise sanitaire, sont attendues en hausse de 33% pour le trimestre en cours. L'as des algorithmes mise aussi sur un chiffre d'affaires d'environ 385 millions de dollars pour le trimestre en cours. Il anticipe même une cadence trimestrielle de ses ventes proche des 500 millions de dollars à partir de l'an prochain grâce à l'arrivée de plus petits clients.

Ruée vers l'or

Palantir est aussi assis sur un petit monticule de billets verts. Elle dispose actuellement de quelque 2,3 milliards de dollars de liquidités prêtes à être dépensées de manière "créative", comme la société aime à le préciser.

50,7
millions $
Palantir a acquis pour 50,7 millions de dollars de lingots d'or. L'entreprise acceptera dorénavant de vendre ses services informatiques en échange d'or ou de bitcoins.

Sa nouvelle cible, c'est l'or. Pas de "l'or papier" que l'on se procure via des trackers ou des ETF, mais bien de l'or physique. De bons vieux lingots bien lourds pour un champion de l'informatique dématérialisée. L'investissement est insolite, voire abracadabrant quand on voit le nombre de groupes technologiques, dont Palantir lui-même, foncer sur les cryptomonnaies.

Pour justifier cet achat hors des clous, Palantir dit qu'elle se prépare à un autre "événement du cygne noir", autrement dit ces événements hautement improbables ou hors du commun, comme la crise du Covid-19.

Dans son rapport trimestriel récemment soumis à l'organisme de surveillance des marchés, la SEC, la société basée à Denver révèle avoir a dépensé 50,7 millions de dollars ce mois-ci en achat de lingots de 100 onces d'or. Le précieux investissement est conservé dans un endroit sécurisé dans le nord-est des États-Unis. "La société est en mesure de prendre physiquement possession des lingots d'or stockés dans l'installation à tout moment avec un préavis raisonnable", précise encore Palantir.

De nouveaux cygnes noirs

L'acte semble plus symbolique que stratégique. Mais à en croire Palantir et sa boule de cristal, l'avenir nous réserve de mauvaises surprises.

Écran de fumée ou stratégie prophétique, les suiveurs des marchés US se posent la question. Une porte-parole de Palantir a indiqué qu'aucun client n'avait encore payé en bitcoin ou en or.

L'acte semble plus symbolique que stratégique. Mais à en croire le directeur des opérations de Palentir, Shyam Sankar, et sa boule de cristal, l'avenir nous réserve de mauvaises surprises. Selon lui, accepter les monnaies non traditionnelles "reflète davantage une vision du monde car vous devez être préparé à un avenir avec plus d'événements de cygne noir".

Contrairement aux annonces fracassantes d'Elon Musk & Co sur leurs investissements dans les cryptomonnaies, la montée de Palantir dans le métal jaune n'a pas donné la fièvre au cours de l'or. À mi-séance ce mercredi, l'once d'or s'échangeait sous les 1.790 dollars en hausse de 0,05%.

Palantir et ses dirigeants iconoclastes

Deux hommes sont derrière la naissance de Palantir en 2003. Le golden boy de la tech américaine Peter Thiel, un des premiers investisseurs de Facebook, et l'ingénieur informatique Alex Karp, actuellement directeur général de Palantir.

La société, qui a eu pour premier investisseur le bras financier de la CIA, n'a jamais caché sa singularité, se présentant depuis ses débuts comme une entreprise de libres penseurs. Il ne faut d'ailleurs pas chercher plus loin que la dénomination du groupe pour comprendre l'esprit qui anime ce champion de l'analyse des données informatiques. Le terme "Palantir", aussi appelé "pierre de vision", est une sorte de boule de cristal apparue dans les romans de l'écrivain britannique J.R.R. Tolkien.

La dernière "grosse vision" de la société a été de plier bagage et de quitter la très chère Silicon Valley pour rejoindre en pleine pandémie le Colorado et s'installer au pied des Rocheuses à Denver. Un déménagement qui a fait grincer des dents tant les responsables de Palantir se sont moqués de leurs pairs rester sur la côte Ouest pour entretenir "la monoculture progressiste de la Silicon Valley".

Thiel et Karp mettent souvent en avant les exploits réalisés par leurs logiciels d'analyse pour aider les Marines en Afghanistan à détecter des mines antipersonnel, débusquer des fraudes bancaires sur les autoroutes de la finance ou aider les forces de l'ordre à traquer les trafics d'êtres humains. Mais les critiques sur le business nébuleux de Palantir sont nombreuses.

Palantir a été accusé d'avoir exploité des informations tirées de Facebook lors de la campagne électorale de Donald Trump en 2016, un proche de Peter Thiel.

Parmi ses plus récentes controverses, la technologie de Palantir a été utilisée pour renforcer les mesures de répression de l'immigration dans tout le pays. Avec l'aide de Palantir, les autorités US sont descendues dans des usines de transformation de poulet du Mississippi pour arrêter près de 700 travailleurs sans-papiers, marquant ainsi l'un des plus grands raids d'immigration sur le lieu de travail de l'histoire américaine.

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