Revoilà les craintes d'une bulle internet 2.0

©AFP

Alors que le Nasdaq évolue à des niveaux records depuis plusieurs séances, certains observateurs s'interrogent à nouveau sur la valorisation du secteur technologique à Wall Street.

Quelle crise? Alors que de nombreux indices boursiers tentent péniblement de réduire leurs pertes de février et mars, le Nasdaq vole de record en record. Comme si de rien n'était. L'indice technologique de Wall Street a clôturé ce jeudi sur un nouveau plus haut historique, à 10.207,63 points. Une performance qui laisse perplexe de nombreux observateurs. "C'est incroyable! Les investisseurs mettent délibérément de l'argent dans les grandes capitalisations du secteur technologique malgré toutes les préoccupations réglementaires aux États-Unis, en Europe et en Chine. Ils sont complètement déconnectés des fondamentaux", s'inquiète Yousef Abbasi, global market strategist chez StoneX. Sommes-nous en train de vivre une nouvelle bulle internet?, se demandent certains, qui pointent d'un doigt accusateur le niveau record du ratio Nasdaq/S&P 500.

"Pas si vite", leur répond Frank Vranken, chief strategist chez Puilaetco, dans une note publiée ce vendredi matin. "Certes, les actions technologiques restent probablement les plus plébiscitées par les investisseurs. Tout le monde les aime et à juste titre; la récession liée au Covid-19 n'a fait que renforcer des tendances déjà existantes, comme le travail à domicile, le streaming vidéo ou les achats en ligne. Tout cela profite aux actions technologiques".

50
milliards de dollars
Juste avant le krach de la bulle internet, les sociétés du S&P 500 Information Technology Index ont enregistré environ 50 millions de dollars de bénéfices au total. Contre 240 milliards en 2019.

Mais il rappelle - une fois encore - que les géants de la Silicon Valley réalisent aujourd'hui un chiffre d'affaires plus important, avec de meilleures marges, qu'au début des années 2000. Juste avant le krach de la bulle internet, les sociétés du S&P 500 Information Technology Index ont enregistré environ 50 millions de dollars de bénéfices au total. Contre 240 milliards en 2019. Qui plus est, ces sociétés perturbent de manière continue d'autres secteurs, gagnant ainsi des parts de marché un peu partout.

"Ces groupes augmentent leurs bénéfices, leurs revenus et continuent d'augmenter leur flux de trésorerie à un rythme plus rapide que la plupart des autres entreprises", abonde Gary Bradshaw, gestionnaire chez Hodges Capital Management. "La situation actuelle n'est pas du tout la même qu'en 2000, où les sociétés technologiques brûlaient de l'argent à gauche et à droite."

Trop d'argent dans le système?

Reste l'épineuse question de leur valorisation en bourse. "Bien que moins exorbitante que celles en 2000, elle est problématique", reconnaît Frank Vranken. Avant de nuancer: "pour des actifs de longue durée comme les actions technologiques, dont les gains attendus se situent très loin dans le futur, la méthode de valorisation DCF est très favorable. Comme les taux d'intérêt sont historiquement bas, tous ces gains futurs sont décotés avec des facteurs extrêmement faibles."

"Retirez la liquidité et fixez les rendements obligataires 1% plus haut et tout tombera en morceaux."
Frank Vranken
Chief strategist chez Puilaetco

Selon lui, il est difficile de savoir si le rally sur les valeurs technologiques va se poursuivre car il est également alimenté par la politique accommodante des banques centrales. "Il serait erroné de voir simplement les performances de ces valeurs technologiques comme la preuve de leur forte croissance. Retirez la liquidité et fixez les rendements obligataires 1% plus haut et tout tombera en morceaux."

Faute de pouvoir donner une réponse précise, Frank Vranken conclut en nous renvoyant au célèbre dicton: "La tendance est votre amie."

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