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Trump ou Biden: quel est le meilleur candidat pour les marchés boursiers?

Si l’on en croit plusieurs maisons de bourse, l’économie dans son ensemble devrait profiter à long terme d’un gouvernement démocrate comme ce fut le cas avec les présidences Clinton et Obama. ©Shutterstock

Les investisseurs se préparent pour la phase finale des élections présidentielles américaines. D’après les analystes, la mise en garde de Donald Trump contre l’effondrement de la bourse en cas de victoire de Joe Biden est totalement infondée.

Avec un iconoclaste comme Trump dans la course à la Maison Blanche, il ne faut pas s’étonner que les investisseurs et les observateurs boursiers soient plus nerveux que jamais à l’approche des élections de novembre. Non seulement parce que le style de Trump et celui de son concurrent Joe Biden sont diamétralement opposés, mais aussi à cause d’un possible chaos autour de ces élections.

Selon les analystes, on peut s’attendre à une réédition de l’élection de 2000, lorsqu’il fallut attendre six semaines après le scrutin pour que le vainqueur soit connu, après qu’Al Gore ne jeta l’éponge. En cas de défaite, il est probable que Trump – qui remet dès à présent en cause la légitimité de ces élections – ne se résignera pas facilement. Le décompte des voix – en majorité des votes par correspondance à cause de la pandémie de coronavirus – devrait par ailleurs prendre du temps.

"Nous pouvons nous attendre à une version plus dramatique de l’édition de 2000, avec une bataille très longue et beaucoup d’incertitude. Pour les marchés financiers, cela serait déstabilisant à court terme, même si je ne m’attends pas à une correction majeure", estime Matt Miller qui, en tant qu’économiste politique du gestionnaire patrimonial Capital Group, évalue l’impact de la politique américaine sur les investissements. Les longues périodes d’incertitude provoquent généralement de fortes fluctuations en bourse. Les positions des traders d’options nous apprennent déjà que le marché s’attend à une certaine (et inévitable) volatilité quelques jours avant les élections et pendant les jours qui suivront.

"Nous pouvons nous attendre à une version plus dramatique de l’édition de 2000, avec une bataille très longue et beaucoup d’incertitude."
Matt Miller
Économiste chez Capital Group

La maison de bourse UBS met en garde contre d’importantes fluctuations si le vainqueur n’est pas connu immédiatement, en particulier pendant les quatre premiers jours qui suivront le scrutin. L’or et les bons du Trésor américain pourront en profiter grâce à leur rôle de valeurs refuges, poursuit UBS. Cela s’est également produit en 2000, avec en prime une forte pression sur les actions. L’indice américain S&P500 a perdu 12% au cours des sept semaines qui ont suivi les élections, même si d’autres facteurs ont joué, comme la crainte croissante d’une récession et l’éclatement de la bulle technologique.

"Nous ne nous attendons pas à une répétition de ce scénario. Quelques semaines d’incertitude ne devraient pas être trop négatives pour les actions", estime Jon Adams, gestionnaire de fonds et spécialiste des États-Unis auprès du gestionnaire patrimonial BMO. Il n’exclut pas que l’élection soit contestée, mais il ne s’attend pas à une longue période sans vainqueur déclaré. "Pour qu’une telle situation se produise, les sondages devraient prédire une course très serrée, ce qui n’est pas le cas pour l’instant. Biden dispose d’une avance de 7% selon les sondages nationaux et fait également la course en tête dans les ‘swing states’, qui jouent un rôle crucial. Nous pensons que Biden l’emportera. Son avance dans les sondages se réduit, certes, mais c’est un scénario typique à mesure que l’on se rapproche des élections."

Miller est moins convaincu. Pour lui, c’est "fifty-fifty". "Trump a réussi à offrir un choix aux électeurs. Il prétend avoir créé la meilleure économie au monde. Le coronavirus l’a fait dérailler, mais il déclare haut et fort qu’il est le mieux placé pour relancer l’économie, tandis que Biden, selon lui, ne fera qu’augmenter les impôts et introduire de nouvelles réglementations. D’après les sondages, Trump jouit toujours d'une plus grande confiance en matière d'économie."

Cette allégation soutient l’idée que les Républicains – favorables aux entreprises à cause notamment de leur politique de baisse des impôts et de dérégulation – seraient meilleurs pour l’économie et la bourse que les démocrates, qui misent davantage sur la redistribution de la richesse. L’administration Trump a tenu sa promesse de baisser l’impôt des sociétés – de 35 à 21% – et a réduit les réglementations, notamment dans les secteurs énergétique et financier. Pour le seul secteur énergétique, Trump a aboli plus de 70 lois liées à la protection de l’environnement.

La bourse américaine s’est bien comportée sous la présidence de Trump qui n’a manqué aucune occasion de se vanter des nouveaux records boursiers. La baisse de l’impôt des sociétés a poussé les bénéfices des entreprises vers le haut et a mis le turbo sur le rachat d’actions propres par les entreprises, ce qui a encore davantage soutenu leurs cours.

Malgré tout, ces dernières années, la bourse n’a pas affiché des résultats extraordinaires. Trump doit reconnaître la supériorité de ses deux prédécesseurs démocrates à la Maison Blanche. Sous Clinton, la bourse américaine a gagné en moyenne 17,5% par an, et sous Barack Obama, elle a pris 16,3%, indiquent les chiffres de la société d’études CFRA. Trump doit se contenter de "seulement" 14%, et ce, avec le coup de pouce important de la politique ultra souple de la banque centrale américaine.

14%
La hausse de la bourse américaine sous Donald Trump.

Si l’on remonte plus loin dans le temps, on constate que depuis 1900, les actions américaines ont en moyenne augmenté davantage sous les présidents démocrates que républicains. Idem pour la croissance économique, qui a augmenté en moyenne de 3,6% par an sous les démocrates contre 2,6% sous les républicains, si l’on en croit les chiffres de la banque d’affaires Liberum.

Cela n’empêche pas Trump de clamer haut et fort que les gains boursiers s’évaporeront avec l’arrivée de Biden. Les analystes se montrent moins alarmistes, même si Biden souhaite en effet relever l’impôt des sociétés de 21 à 28% et augmenter la taxe sur les plus-values de 23,8 à 39,6% pour les revenus supérieurs à 1 million de dollars.

Selon JP Morgan, l’augmentation de l’impôt des sociétés réduirait de 5,5% les bénéfices des entreprises du S&P500, tandis que les rachats d’actions propres pourraient se contracter de 100 milliards de dollars. A long terme par contre, un changement au niveau de l’impôt des sociétés aurait peu d’impact sur les bénéfices des entreprises, indique la Deutsche Bank.

Le relèvement de la taxe sur les plus-values – qui devrait rapporter 450 milliards de dollars sur dix ans – pourrait pousser les investisseurs à vendre leurs actions en novembre et décembre pour prendre leurs bénéfices avant l’entrée en vigueur du nouveau taux d’imposition. En cas de vague de vente, les actions les plus vulnérables seront sans nul doute celles qui ont affiché la plus forte hausse ces dernières années. La question est aussi de savoir ce que les investisseurs feront des revenus de leurs ventes: réinvestir en bourse ou rester sur la ligne de touche ?

Mais même si Biden conquiert la Maison Blanche, il n’est pas certain qu’il sera en mesure de faire passer ses projets de hausse d’impôts, car il faut pour cela que les démocrates remportent également le Sénat afin que l’ensemble du Congrès (Chambre des représentants et Sénat) leur soit acquis et qu’ils puissent approuver les lois. Une telle "vague bleue" semble à tout le moins incertaine. Tout dépendra des résultats de Trump: une défaite écrasante du républicain pourrait en effet se traduire par la perte du Sénat.

Parmi les trois scénarios avancés par Adams, celui de la vague bleue semble selon lui le moins favorable pour les marchés financiers, sans que ce soit pour autant négatif pour les actions américaines. "De plus, les hausses d’impôts éventuelles dépendront de la situation économique", explique Adams. "Les démocrates n’augmenteront les impôts que si l’économie est suffisamment solide pour le supporter, sinon la facture leur sera présentée aux élections de mi-mandat de 2022."

"Les démocrates n’augmenteront les impôts que si l’économie est suffisamment solide pour le supporter, sinon la facture leur sera présentée aux élections de mi-mandat de 2022."
Jon Adams
Gestionnaire de fonds chez BMO

En contrepartie des hausses d’impôts, Biden dispose également d’un plan de relance économique qui comporte un important volet d’investissements. Sur une période de quatre ans, le démocrate compte investir 2.000 milliards de dollars dans les infrastructures et des projets verts, avec comme objectif de rendre le réseau électrique climatiquement neutre à l’horizon 2035. Le marché semble l’avoir déjà anticipé: le WilderHill Clean Energy Index, qui comprend des sociétés "vertes" cotées comme First Solar et Tesla, a récemment atteint son plus haut niveau en neuf ans. Les producteurs d’énergies renouvelables et de véhicules électriques devraient donc tirer les marrons du feu en cas de victoire de Biden.

Si l’on en croit plusieurs maisons de bourse, l’économie dans son ensemble devrait profiter à long terme d’un gouvernement démocrate. Chez Morgan Stanley, on pense qu’un contrôle total des démocrates pourrait donner "un plus important coup de pouce à l’économie". "Chaque dollar investi dans les infrastructures crée un multiple de ce montant en faveur de l’économie", souligne-t-on chez Morgan Stanley. Les personnes à bas revenus recevraient également plus d’argent, et cette catégorie de citoyens ayant davantage tendance à dépenser, cela stimulerait l’économie. Bank of America souligne que Biden devrait plus que probablement prendre énergiquement en main la crise du coronavirus, donner un coup de pouce à la classe moyenne et se montrer plus favorable au commerce international, que Trump a miné avec ses guerres commerciales.

Ces dernières devraient se poursuivre dans le deuxième scénario: le statu quo, avec une réélection de Trump et un Congrès divisé comme aujourd’hui. Les anciennes réductions d’impôts de Trump seraient maintenues, et il ne serait pas question d’introduire de nouvelles règlementations. Les secteurs qui en profiteraient sont les énergies fossiles et les banques. Pour les actions européennes et celles de pays émergents, ce scénario serait défavorable, à cause précisément des tensions commerciales dont le protectionniste Trump s’est fait le garant.

2.000
milliards de dollars
Ce que Joe Biden compte investir dans les infrastructures et des projets verts.

A l’inverse, cela signifie que Biden, qui prône une approche multilatérale, donnerait un coup de pouce aux actions européennes. Grandes exportatrices, les entreprises européennes ont besoin de relations commerciales stables, y compris avec la Chine. Il est vrai que les démocrates devraient également se montrer plus assertifs envers l’Empire du Milieu, mais on s’attend à ce que les choses soient moins chaotiques et agressives qu’avec Trump. Par ailleurs, les entreprises européennes – et notamment les fournisseurs d’éoliennes – sont bien positionnées pour jouer un rôle dans le grand plan d’investissement de Biden.

Des gestionnaires patrimoniaux comme JPMorgan Asset Management et Schroders anticipent déjà une possible victoire de Biden en achetant davantage d’actions européennes, se couvrant ainsi d’emblée contre une baisse éventuelle des actions américaines qui serait déclenchée par la crainte des hausses d’impôts annoncées par Biden.

Selon Adams, le dernier scénario – avec Biden à la Maison Blanche et les républicains toujours au Sénat – est celui qui crée le moins d’incertitudes. "Il ne se passera pas grand-chose. Les baisses d’impôts de Trump seront maintenues et Biden réussira peut-être à imposer de nouvelles réglementations et à faire voter d’éventuels incitants budgétaires. La volatilité baissera sur les marchés, tout comme la prime de risque pour les actions, étant donné que Biden apportera plus de stabilité à la Maison Blanche", poursuit Adams. "Ce sera positif pour Wall Street, mais moins pour Main Street", ajoute-t-on chez Fidelity.

La banque centrale américaine devrait aussi retrouver de la stabilité, car il est plus que probable que Biden maintiendra en selle l’actuel président de la Fed, Jerome Powell. Obama avait aussi maintenu à son poste le président nommé par les républicains, Ben Bernanke. Avec Trump – qui a pourtant nommé Powell – on peut s’attendre à un jeu de chaises musicales. Le président s’est déjà montré plusieurs fois très critique envers Powell, lui reprochant de ne pas faire grand-chose pour stimuler l’économie.

Trump doit par ailleurs espérer que la bourse américaine continuera à bien se porter jusqu’au jour des élections. L’expérience nous a appris qu’une bourse en hausse dans les trois mois précédant les élections aidait le président en exercice.

Mais un indicateur montre que la bourse accorde aujourd’hui l’avantage à Biden. Le courtier Strategas a élaboré pour chaque candidat à la présidence un portefeuille d’actions qui devrait respectivement bien se porter en cas de victoire de Trump ou Biden. Le "portefeuille Biden" – qui comprend entre autres Tesla, le fabricant de puces électroniques Broadcom, le producteur de cannabis Canopy Growth, le groupe hospitalier HCA et un tracker d’actions allemandes – fait aujourd’hui mieux que son homologue "Trump", dont le portefeuille compte des actions de la société charbonnière Peabody, Bank of America et le groupe de défense Lockheed Martin. Les grandes entreprises technologiques sont au purgatoire: les deux candidats semblent enclins à s’attaquer aux "Big Tech", même si Adams ne s’attend pas à ce qu’ils s’en prennent trop durement à leurs "champions nationaux".

Pour les investisseurs qui ne savent pas trop quoi en penser, Miller maintient son conseil: continuez à investir en bourse. Lors de 18 sur 19 élections présidentielles, tous les investissements réalisés en début d’année électorale avaient pris de la valeur dix ans plus tard, et avaient même doublé lors de 15 élections. La seule exception fut l’élection de George W. Bush en 2000, qui a dû faire face au krach des "dotcoms" et à la crise financière au cours des dix années qui ont suivi. C’est certainement un hasard si son mandat a démarré sur des résultats contestés.

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