Un S&P 500 record à Wall Street, est-ce normal?

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Le S&P 500 évolue à quelques unités de ses sommets. Pourtant, les résultats trimestriels des entreprises américaines étaient plutôt faiblards.

Lundi, le S&P 500 avait terminé la séance sur un gain de 0,27%. L'indice, où figure 500 des plus grands noms de la Bourse de New York, avait ainsi bouclé 7 séances consécutives dans le vert, ce qui lui permet d'à nouveau flirter avec les records enregistrés le 19 février dernier. La séance de ce mardi s'est toutefois moins bien passée pour le S&P qui a reculé de 0,8% à 3.333,69 points, s'éloignant quelque peu des 3.393,52 points, son plus haut en séance et des 3.386,15 points, son record de clôture. Mais la tendance à la hausse reste bel et bien là. Entre son précédent record et aujourd'hui, l'indice aux 500 valeurs est redescendu à plus de 1.000 points de son nuage, c'était le 23 mars dernier. Mais depuis ce point bas, il s'est revigoré de plus de 50%.

Pour Frank Vranken, "la réalité est faussée par le soutien des banques centrales". Le stratégiste en chef de Puilaetco indique que l'injection massive de liquidité, en particulier avec le rachat d'obligations d'entreprises, "enlève une partie du risque sur les actions pour les investisseurs car avec l'intervention des banques centrales les sociétés affichent un meilleur bilan de santé".

"Si demain on retirait le soutien des banques centrales, on ne parlerait pas de records, car ce qui se passe actuellement n'est pas synchro avec la réalité macro-économique".
Frank Vranken
Chief strategist de Puilaetco Dewaay

L'Europe a également vu la BCE venir à la rescousse des économies de la zone euro. Pourtant, l'indice paneuropéen Stoxx 600 est encore à plus de 16% du sommet atteint également le 19 février dernier. Quant au Bel 20, il est à un peu moins de 40% de son record signé en mai 2007. "Le marché européen est plus cyclique", rappelle Frank Vranken, "et nous n'avons pas du tout le même compartiment technologique qu'à Wall Street".

De fait, les 5 plus gros sociétaires du S&P 500 s'appellent Apple, Amazon, Alaphabet, Microsoft et Facebook. Leur valorisation est montée en chandelle alors que tout le compartiment tech a pratiquement doublé son poids dans l'indice depuis le creux du mois de mars.

Soutien à la consommation

D'autres ressorts ont joué pour propulser la Bourse de New York vers ses records. D'abord, constate, Julien Manceaux, senior economist pour la banque ING. "Il ne faut pas oublier que la contraction de l'économie en zone euro, -15,3%, était plus forte que celle constatée aux États-Unis où l'on se situe à -10,6%. C'est quand même une différence importante".

"La Fed a rappelé le mois dernier qu'elle restait davantage focalisée sur l'emploi que sur les déséquilibres dans la valorisation des actifs, ce qui laisse entendre que le marché actions n’est pas au centre de ses préoccupations."
Julien Manceaux
Senior Economist chez ING

Julien Manceaux rappelle aussi que les autorités américaines sont rapidement venues en soutien de la consommation nationale, avec notamment l'aide de 600 dollars octroyée à la majorité des près de 32 millions de nouveaux chômeurs au plus fort de la crise. Une aide américaine "qui a fortement bénéficié au secteur des services et de la grande distribution", note l'économiste d'ING, "sans compter le fait que les valeurs technologiques ont grandement profité du confinement avec notamment le travail à distance".

Ce soutien à la consommation s'est interrompu le 25 juillet dernier. Son prolongement fait partie des discussions compliquées entre le Congrès et la Maison-Blanche pour boucler le plan de soutien à l'économie américaine. Le week-end dernier le président Trump a décidé d'agir par décrets tant qu'il n'y avait pas d'accord avec les députés. Wall Street espère que l'initiative du président sera un point de départ à la reprise des négociations entre la l'administration Trump et le Congrès sur un nouveau plan de relance, des espoirs qui ont sérieusement soutenu la tendance ces derniers jours.

"Les crédits d'urgence de la Fed sont encore sous-utilisés et devraient jouer le rôle de 'backstop' si les choses devaient s'aggraver."
Julien Manceaux
Senior Economist chez ING

Julien Manceaux signale également que l'action de la Fed durant la crise a notamment eu pour conséquence de rassurer les investisseurs sur les actifs plus risqués. "La Banque centrale américaine a rappelé le mois dernier qu'elle restait davantage focalisée sur l'emploi que sur les déséquilibres dans la valorisation des actifs, ce qui laisse entendre que le marché actions n’est pas au centre de ses préoccupations", situe Julien Manceaux qui précise que "les crédits d'urgence de la Fed, qui viennent d'être prolongés, sont encore sous-utilisés et devraient jouer le rôle de 'backstop' si les choses devaient s'aggraver".

Ce qui fait dire à Frank Vranken que "si demain on retire le soutien des banques centrales, on ne parlerait pas de records, car ce qui se passe actuellement n'est pas synchro avec la réalité macro-économique".

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