Une action qui grimpe de 4.000% en deux ans, c'est évidemment trop beau

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Dans une nouvelle version des moutons de Panurge, le groupe qui gère les plus grands indices boursiers mondiaux et d'importants gestionnaires de fonds se sont laissé embarquer dans la rocambolesque ascension boursière d'une société hongkongaise déficitaire.

Cette affaire pourrait faire sourire, mais elle a des implications importantes pour la finance à Hong Kong et même à l’échelle internationale. Tout commence lorsque l’action d’une obscure société hongkongaise appelée Ding Yi Feng  se met à grimper sans explication durant l’été 2017.

Les affaires de cette entreprise qui se contente de prendre des participations minoritaires dans des sociétés cotées sont pourtant loin d’être florissantes: d’après l’agence d’informations financière Bloomberg, elle a subi des pertes au cours de sept des huit dernières années. Qu’importe, fin 2017, l’action a pris… 1.300%, passant du statut de "penny stock" (titre de moins de 1 dollar) à celui de premier de classe.

L’été suivant, en 2018, la fièvre reprend et Ding Yi Feng finit l’année sur un gain de 145%. Rebelote en janvier dernier: le titre bondit de plus de 30% et atteint un pic de 27,55 dollars de Hong Kong. En un peu plus de deux ans, l’action s’est ainsi envolée de 4.400%.

Oui, mais… Sans besoin de creuser très loin, l’agence Bloomberg s’étonne, en février dernier, du parcours de cette boîte déficitaire dirigée par un certain Sui Guangyi, un taoïste qui se prétend aussi doué que Warren Buffett et George Soros.

Deux semaines plus tard, l’Autorité des marchés de Hong Kong suspend le titre. Et jeudi, elle gèle des avoirs de personnes suspectées de manipulations de cours dans ce dossier.

Seulement, entre-temps, MSCI, qui gère les indices boursiers les plus suivis au monde, avait intégré Ding Yi Feng dans son célèbre MSCI All-Country World Index, car le titre avait atteint la taille et la liquidité requises. Dans la foulée, des fonds tout aussi célèbres de BlackRock, Vanguard et Northern Trust avaient répliqué l’indice et investi dans l’action… Cette affaire pose la question de l’application stricte de règles purement mathématiques par les sociétés qui gèrent les indices et par les gestionnaires "passifs" qui répliquent ces indices dans leurs fonds. Ou comment réinventer l’histoire des moutons de Panurge…

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