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À la recherche d'actions refuges pour vos liquidités

©Bloomberg

À partir du 1er octobre, la banque d’investissement BinckBank facturera des intérêts de pénalité aux clients détenant beaucoup de cash sur leur compte. La bourse offre-t-elle des solutions alternatives pour éviter ce taux négatif?

Payer pour placer votre argent sur un compte bancaire. Ce fut longtemps un tabou, mais les choses devraient bientôt changer. A partir du 1er octobre, les clients de BinckBank qui conserveront plus de 25.000 euros en cash sur leur compte devront payer 0,5% sur les sommes supérieures à ce plafond. C’est le même taux que celui que BinckBank doit payer à la Banque Centrale Européenne pour parquer ses excédents de trésorerie.

BinckBank Belgique est la première institution du pays à appliquer un taux négatif à des montants «modestes». La banque privée Puilaetco facture déjà des intérêts de pénalité à partir de 5 millions d’euros. La décision de BinckBank pourrait pousser d’autres institutions à lui emboîter le pas. Les comptes d’épargne classiques sont toujours tenus d’appliquer le taux minimum de 0,11%. Aux Pays-Bas, le principe de taux négatif est déjà bien ancré dans les habitudes. ING, ABN Amro et Rabobank appliquent un taux de pénalité aux montants très élevés. Chez le courtier «discounter» DeGiro, qui compte de nombreux Belges parmi ses clients, ces pénalités s’appliquent déjà à partir de 2.500 euros.

Dans de nombreux cas, il est pourtant utile de disposer d’une réserve de liquidités. Il peut s’agir d’argent en attente d’une bonne opportunité d’investissement, provenant d’une prise de bénéfices ou d’une vente par crainte d’une correction boursière. Ou tout simplement parce que vous avez des projets à court terme qui nécessitent du cash.

Les investisseurs très actifs peuvent obtenir une exonération de BinckBank, mais ils doivent pour cela réaliser des transactions générant des frais de minimum 500 euros par trimestre pour ne payer des pénalités qu’à partir de 100.000 euros. Cela correspond à 52 ordres de vente ou d’achat de 5.000 euros.

500
euros
Les frais de transactions minimum par trimestre permettant d'obtenir une exonération de BinckBank.

Binck précise que si vous voulez éviter le taux négatif, vous pouvez investir votre argent dans un fonds ou via la gestion automatisée. De nombreux investisseurs préfèrent cependant décider eux-mêmes de leurs investissements. De plus, la plupart des fonds et des formules robotisées suivent l’évolution de la bourse, et les investisseurs peuvent donc subir de fortes pertes en peu de temps. C’est pourquoi nous sommes partis à la recherche d’entreprises dont l’action est relativement stable, qui disposent d’importantes réserves de cash ou d’actifs solides, et que les analystes considèrent comme des solutions alternatives aux liquidités sur le long terme. Il faut malgré tout être conscient que ces actions ne sont pas comparables au cash et que même les actions les plus défensives peuvent aussi être soumises aux aléas de la bourse, en particulier lorsque le marché panique, comme ce fut le cas en mars.

La Bourse de Bruxelles compte une vingtaine de sociétés affichant une trésorerie positive. Si on inclut le secteur biotechnologique, ce nombre est encore plus élevé. La plupart des entreprises de biotech disposent de réserves de liquidités parce que les banques sont plutôt hésitantes à leur prêter de l’argent. La valorisation de Galapagos est à 75% constituée d’euros et de dollars. Mais ces entreprises consomment énormément de cash pour financer leurs recherches. De plus, leurs activités sont tellement risquées qu’elles ne constituent pas une solution alternative valable pour vos économies.

Top 3 à Bruxelles

L’entreprise qui détient le plus de liquidités par rapport à sa capitalisation boursière est Moury Construct. Cette petite entreprise de construction familiale se compose à 80% de cash. Ces réserves sont un atout, car elles garantissent aux clients que Moury pourra satisfaire toutes ses obligations, précise le management. «Avec une marge opérationnelle de 5,9%, c’est un des groupes de construction les plus rentables en Belgique», peut-on lire dans L’Investisseur. Le cours de l’action est en hausse certes modeste, mais constante. Le rendement du dividende (4,2% brut) fait partie des plus hauts rendements d’Euronext Bruxelles. Les entreprises doivent aussi souvent payer un taux de pénalité sur leur cash, mais l’an dernier, Moury a malgré tout réussi à engranger un taux positif sur ses réserves.

"L’entreprise qui détient le plus de liquidités par rapport à sa capitalisation boursière est Moury Construct. Cette petite entreprise de construction familiale se compose à 80% de cash."

Si Moury est le roi du cash, Roularta en est le prince: 57% de sa valeur boursière sont constitués de cash. Ce trésor de guerre provient de la vente de 50% de VTM & Co à De Persgroep en 2018. Sur le plan opérationnel, le groupe de médias a souffert de la crise du coronavirus. Le chiffre d’affaires semestriel a chuté de 19%. Les annonceurs ont réduit leurs budgets publicitaires et les presses qui impriment les folders promotionnels tournent au ralenti. «Nous sommes contents de ne pas avoir suivi ceux qui nous conseillaient de distribuer la majeure partie de nos réserves de liquidités», a indiqué le CEO Xavier Bouckaert. Le groupe Roularta s’est retrouvé dans le rouge au premier semestre, mais certains pensent par ailleurs que la famille De Nolf pourrait retirer l’action de la bourse. «Dans un tel scénario, nous évaluons la juste valeur de l’action à 17 euros», explique l’analyste Guy Sips de KBC Securities, qui estime à 60% la probabilité d’une radiation de la bourse.

Le numéro trois – D’Ieteren – est constitué de cash à près de 50%. Le holding familial a positivement surpris en publiant des chiffres meilleurs qu’attendu. La filiale de vitrages automobiles Belron est la vache à lait du groupe et compense le recul des ventes de voitures ainsi que les pertes enregistrées par la filiale Moleskine, qui produit les célèbres carnets de notes éponymes. «Les résultats dépassent le consensus de 45%. Malgré tout, la décote par rapport à la valeur intrinsèque du groupe est passée de 40 à 50%», constate l’analyste David Vagman d’ING. «Nous estimons ce niveau intéressant pour acheter cette action cyclique, mais de qualité

« Cyclique »: le mot est lâché. Il faut en effet compter avec des fluctuations importantes à la hausse comme à la baisse. Pour ceux qui considèrent les actions comme des solutions alternatives au cash, D’Ieteren peut se révéler un choix judicieux à long terme. Mais à court terme, le cours de l’action est plutôt capricieux. Les réserves de liquidités permettent cependant au groupe de distribuer un dividende et de racheter ses propres actions. Même si le cash peut en soi représenter un danger. D’Ieteren est à la recherche d’un nouvel investissement, et celui réalisé dans la firme italienne Moleskine a prouvé que les capitaux pouvait rapidement partir en fumée.

Parmi les holdings

Parmi les holdings bien fournis en liquidités, nous pouvons citer la GIMV, Sofina, Ackermans & van Haaren et Texaf. Sofina est l’option la plus défensive. Cet immense empire de la famille Boël distribue un dividende en hausse de manière interrompue depuis 1958. Il collabore avec les meilleurs fonds de capital à risque comme le fonds californien Sequoia, et a prouvé qu’il avait un flair inégalé pour dénicher des entreprises innovantes à un stade précoce. Au cours des cinq dernières années, Sofina a réalisé un rendement de 215%, dividendes compris.

215%
Le rendement de Sofina au cours des cinq dernières années, dividendes compris.

La GIMV peut également se targuer d’un beau palmarès, mais avec un portefeuille limité à une vingtaine de sociétés – généralement de taille réduite – l’action est moins défensive. La GIMV investit entre autres dans des secteurs très risqués somme la recherche médicale (par ex. ImCheck), l’horeca (Ellis Gourmet Burger) et les loisirs (France Thermes). L’action combine un rendement du dividende élevé (5,2%) et une ambition de forte croissance, et n’est pas à l’abri des corrections boursières. A cause de la pandémie, le cours est inférieur à sa valeur intrinsèque, ce qui dans le passé s’est souvent révélé être une bonne opportunité d’achat.

Ackermans & van Haaren est moins diversifié car il préfère être actionnaire majoritaire. Sa participation dans le groupe de dragage et de construction CFE représente 26% du portefeuille et la branche de banque privée 39%. Au cours du premier semestre, la valeur intrinsèque de l’action n’a perdu que 1% et le paiement d’un dividende a repris. En raison de ses solides antécédents et du cours relativement bas de l’action, la plupart des analystes considèrent Ackermans comme une meilleure solution alternative au cash sur le long terme.

Chez Texaf, le risque pays ternit quelque peu son profil de risque. Le holding – qui est actif au Congo – a récemment évoqué explicitement des risques sur le plan de la sécurité, tant juridique que physique. Son patron Philippe Croonenberghs a fait part de son inquiétude au Président Félix Tshisekedi. On ne peut exclure la possibilité qu’une autre partie revendique la propriété des terres et remporte la partie. Demandez ce qu’en pense Sucraf, qui a perdu ses plantations de sucre dans notre ancienne colonie!

Sociétés technologiques

Quelques sociétés technologiques se sont également montrées économes. Le spécialiste israélien des mini-transformateurs, Payton Planar, coté à Bruxelles se compose de près de 33% de cash. Tant le bénéfice net que le carnet de commandes affichent une croissance à deux chiffres. Payton compte parmi ses clients des constructeurs de voitures électriques. «Le niveau de risque de l’action est supérieur à la moyenne, mais reste attrayant à un ratio de 14 fois les bénéfices attendus», indique L’Investisseur.

Contrairement à Payton, et malgré ses abondantes liquidités (4,46 euros par action), Zenitel ne distribue aucun dividende. Le chiffre d’affaires semestriel a reculé de 3%. Mais le producteur de systèmes de télécoms cruciaux a fortement réduit ses coûts, les salons spécialisés ont été annulés et le personnel a cessé de voyager. Résultat: le bénéfice augmente de plus de 50%. A 12 fois le bénéfice, l’action Zenitel peut être considérée comme bon marché. A cause de son manque de liquidité, les professionnels manifestent peu d’intérêt pour l’action. L’entreprise ne fait d’ailleurs pas grand-chose pour améliorer sa notoriété. Et on n’aime que ce que l’on connaît.

EVS comprend 17% de cash et se démène pour créer de la valeur pour ses actionnaires, notamment en rachetant ses propres actions. Le spécialiste en serveurs d’images se trouve en pleine tourmente du coronavirus suite à l’annulation des grands évènements sportifs. Malgré ces vents contraires, EVS affiche un bénéfice net semestriel de 3,3 millions d’euros. Pas un seul euro ne sort de l’entreprise. Au moment de l’annonce des résultats, ING s’attendait à une «réaction boursière très positive, potentiellement de plus de 10%», mais l’action a perdu près de 10%.

Le même scénario se répète chez Barco, dont le chiffre d’affaires a baissé de 18% au cours du premier semestre. Certains de ses clients – comme les organisateurs de concerts et les cinémas – sont en difficulté. Les liquidités du groupe servent d’amortisseur, mais sont passées en six mois de 305 à 223 millions d’euros. Heureusement, le groupe est actif dans des secteurs moins touchés par la crise, comme l’imagerie médicale ou les salles de réunions digitales. En augmentant son efficience et en réduisant ses coûts, Barco a réussi à engranger une marge de 10%. «Barco a appliqué le dicton ‘Le meilleur temps pour réparer sa toiture, c’est lorsque le soleil brille’, ce qui lui a permis de mettre en place un modèle opérationnel plus résistant», explique Guy Sips de KBC Securities, qui recommande l’action à l’achat. Même s’il est difficile de considérer Barco comme une solution alternative défensive au cash.

D'autres alternatives

Nous n’avons délibérément pas repris Agfa-Gevaert parmi les vaches à lait. A 677 millions d’euros, le cash du groupe spécialisé en impression dépasse sa capitalisation boursière (612 millions d’euros), mais il doit faire face à des obligations en matière de pension de près de 1 milliard d’euros.

Dans le secteur manufacturier, Van de Velde dispose d’abondantes liquidités, mais les magasins de lingerie ont vu leur clientèle baisser drastiquement, une baisse que le commerce en ligne n’a pas réussi à compenser. Le fabricant de systèmes de blanchisserie industriels Jensen souffre de la situation particulièrement difficile des secteurs de l’hôtellerie et des croisières.

Dans le secteur financier, Ageas ne manque pas de cash. L’assureur poursuit sa croissance, notamment en Chine, et bénéficie de cash flows prévisibles. Mais les institutions financières restent très risquées, même si Ageas compense ce risque par un rendement du dividende de 6,6% et une touche de spéculation à propos d’un possible rachat.

Une autre possibilité consiste à se tourner vers les entreprises fortement endettées, mais dont le «business model» est en même temps défensif et qui génèrent d’abondants flux de liquidités. Conséquence: leur endettement n’est pas un réel problème. Ahold Delhaize est de ce point de vue une vraie vache à lait. La chaîne de distribution profite du télétravail et de la tendance à cuisiner chez soi. Contrairement à Colruyt, la chaîne est endettée, mais elle est plus dynamique et mieux positionnée dans le commerce en ligne grâce à Bol.com.

"Une autre possibilité consiste à se tourner vers les entreprises fortement endettées, mais dont le « business model » est en même temps défensif et qui génèrent d’abondants flux de liquidités. Conséquence: leur endettement n’est pas un réel problème."

En achetant les actions des entreprises de services aux collectivités, vous achetez en même temps du cash et de solides actifs sous-jacents. L’exploitant du réseau de haute tension Elia et celui du réseau de distribution de gaz Fluxys Belgium bénéficient tous deux d’un monopole, ce qui exclut toute concurrence. Les deux entreprises sont très endettées: 6,8 fois le bénéfice brut d’exploitation (EBITDA) pour Elia, et 3,2 fois pour Fluxys. Par conséquent, elles sont vulnérables en cas de hausse des taux d’intérêt, même s’il est peu probable que les banques centrales rehausseront les taux avant des années. Elia offre un rendement de dividende de 2% contre 4,7% pour Fluxys Belgium. Les deux sociétés représentent une solution alternative aux obligations. Elia est plus défensive et affiche un meilleur profil de croissance, mais est plus chère sur base de l’ensemble des paramètres.

L’action TINC permet d’accéder à un portefeuille de 24 projets d’infrastructure, dont de l’éolien, des routes, des écluses, des fibres optiques, en passant par un centre de données. Certains projets souffrent de la crise du coronavirus, comme un parking et un village de vacances à la côte belge. TINC ne l’exploite pas mais perçoit une rémunération fixe. L’action se négocie aujourd’hui 9% au-dessus de sa valeur intrinsèque et offre un rendement du dividende de 3,9%. Il faut cependant tenir compte du fait que TINC augmente régulièrement son capital pour financer sa croissance et que les actionnaires ont tendance à suivre. Depuis son introduction en bourse en 2015, l’action affiche un rendement de 7,1% net par an. L’objectif est de permettre au coupon de croître avec l’inflation. Même à cours inchangé, c’est beaucoup mieux que de devoir payer un taux de pénalité. Si l’on prend le temps de bien chercher, il existe de nombreuses actions capables à terme de faire beaucoup mieux qu’un compte d’épargne.

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