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analyse

À la recherche d'opportunités parmi les actions à la traîne

Plus d’une action belge sur cinq est aujourd’hui dans le rouge. Peut-on trouver quelques perles injustement pénalisées parmi ces actions à la traîne?

La saison des résultats semestriels est quasiment terminée. Pour de nombreuses entreprises, la première moitié de l’année a eu des allures de grand cru, ce qui s’est traduit par de belles avancées boursières. 10% des actions belges affichent une hausse de plus de 50% depuis le 1er janvier. Des entreprises comme Deceuninck et D’Ieteren ont même vu leur cours doubler.

Mais toutes les entreprises n’ont pas encore digéré la crise du coronavirus. Cette année, plus de 30 d’entre elles ont infligé des pertes à leurs actionnaires, en particulier dans le domaine des biotechnologies. De nombreux acteurs du secteur affichent des résultats de recherche plutôt décevants, ce qui illustre une fois de plus le caractère risqué du secteur. Depuis le rejet par l’autorité américaine (FDA) de son médicament Jyseleca (contre la polyarthrite rhumatoïde), Galapagos accumule les revers. Les recherches avancées sur un médicament contre la FPI (Fibrose pulmonaire idiopathique) et une étude sur un médicament contre l’arthrose du genou ont été abandonnées. L’onéreux programme de recherche Toledo affiche de très maigres résultats. Cette semaine, le patron Onno Van de Stolpe a démissionné. Galapagos se négocie un tiers en dessous de sa trésorerie de 5 milliards d’euros et cherche une cible à acquérir pour mettre fin à cette série de déceptions. La conséquence ? Les analystes qui furent un jour très enthousiastes envers l’entreprise s’en tiennent désormais à une timide recommandation de "conserver".

+50%
10% des actions cotées à la Bourse de Bruxelles affichent une hausse de plus de 50% depuis le début de l'année.

Celyad Oncology a perdu la moitié de sa valeur. Les caisses de la petite société wallonne sont presque continuellement vides et sa recherche de financement a finalement abouti via un accord avec l’investisseur américain Lincoln Park, mais pas aux meilleures conditions. Certaines maisons de bourse ont cessé de suivre l’action. Ceux qui continuent à suivre Celyad sont optimistes quant à la plate-forme technologique, mais toutes les études sont encore en phase préliminaire.

Lundi, Bone Therapeutics a perdu ses supporters lorsque l’entreprise a indiqué que son médicament contre l’arthrose du genou ne faisait pas mieux qu’un placebo.

Les entreprises biotechnologiques ayant annoncé de bonnes nouvelles, mais dont le cours a implosé en raison du manque d’enthousiasme pour le secteur à Bruxelles, sont plus intéressantes. Sequana Medical a publié des résultats positifs pour son système alfapump implantable, qui pompe l’excès de liquide ascitique et l’achemine vers la vessie. Malgré tout, l’action a perdu 40%. Jeudi, elle a subi un nouveau revers car, à cause de la pénurie mondiale de certains composants électroniques, Sequana affiche un retard de six mois au niveau de l’introduction du dossier d’approbation aux États-Unis.

L’an dernier, Acacia Pharma a obtenu avec retard l’approbation de la FDA pour le Barhemsys et le Byfavo, respectivement un anti-nauséeux et un sédatif. "Le cours a beaucoup baissé alors que le profil de risque de l’entreprise s’est relativement amélioré", explique l’analyste Laura Roba de Degroof Petercam. "Les deux médicaments visent à raccourcir les séjours à l’hôpital afin de résorber les retards pris dans les opérations." Elle recommande l’action à l’achat avec un objectif de cours de 6,80 euros. Les premiers résultats commerciaux sont satisfaisants.

Incendie

La société malinoise Biocartis a subi un sérieux revers en raison de l’incendie qui a détruit ses entrepôts et touché une ligne de production. Le fabricant de produits de diagnostic affiche une forte augmentation de ses ventes, mais le second semestre pourrait être moins faste, car l’entreprise ne sera pas en mesure d’effectuer toutes ses livraisons. Selon KBC Securities, ce recul n’est que temporaire et représente donc une opportunité d’achat. La valorisation de l’entreprise a retrouvé des niveaux moins excessifs. En trois ans, le cours a perdu deux tiers de sa valeur, car l’entreprise n’a pu tenir ses ambitieuses promesses. Le risque reste très élevé, car malgré la hausse des ventes, les marges se réduisent et les pertes s’accumulent.

"À 13 fois les bénéfices attendus, Fagron n’est toujours pas bon marché."
L'Investisseur

Toujours dans le secteur de la santé, Fagron affiche également des résultats décevants. La forte augmentation de la concurrence a pesé sur la rentabilité du groupe. "À 13 fois les bénéfices attendus, Fagron n’est toujours pas bon marché", estiment les analystes du magazine L'Investisseur.

En dehors des biotechnologies, on trouve également des "cas problématiques" récurrents parmi les perdants. Le fabricant de tours de refroidissement Hamon – qui affiche de lourdes pertes – fait partie pratiquement chaque année des plus gros perdants de la Bourse de Bruxelles et ne survit que par la grâce du gouvernement wallon. La société technologique Crescent a retrouvé un avenir grâce à son président Eric Van Zele et la fusion avec certaines de ses entreprises, mais doit encore faire ses preuves. Par exemple, en éliminant ses flux de trésorerie négatifs.

Chez Avantium, qui développe des matériaux biodégradables susceptibles de remplacer le plastique, la décision de construire ou non une usine pilote pour la fabrication de polymères renouvelables se fait toujours attendre. Les analystes sont très partagés concernant l’action. Alors qu’ING et Degroof Petercam la recommandent à l’achat, KBC Securities suggère de réduire les positions. Même si l’usine obtient le feu vert, Avantium devra réaliser de lourds investissements pour lesquels elle n’a pas encore trouvé le premier euro.

Pour Ontex également, les avis sont partagés. Le fabricant de couches est populaire auprès des "shorters", qui spéculent sur une baisse du cours. Leurs arguments ? Ontex souffre de la hausse des prix des matières premières, d’une forte concurrence avec des multinationales puissantes comme Procter & Gamble (le fabricant de Pampers), de l’instabilité des cours de change et de son manque de pouvoir de fixation des prix parce qu’il ne possède pas de marque forte. De plus, son taux d’endettement a augmenté à 4 fois le bénéfice brut d’exploitation (ebitda), un niveau élevé.

"La nouvelle CEO (d'Ontex) a pris de nombreuses initiatives pour améliorer les résultats."
Reg Watson
Analayste chez ING

Malgré tout, certains voient de la valeur dans Ontex, même s’il s’agit essentiellement d’analystes géographiquement proches. KBC Securities, Degroof Petercam, ING et Kepler Cheuvreux recommandent unanimement l’action à l’achat. Les analystes étrangers quant à eux – qu’il s’agisse de Goldman Sachs ou d’Oddo – recommandent de vendre. "La nouvelle CEO a pris de nombreuses initiatives pour améliorer les résultats", constate Reg Watson, analyste chez ING, dont l’objectif de cours de 18,71 euros est le plus élevé. "Elle a notamment réorganisé l’entreprise en deux divisions et une structure plate pour que les décisions puissent être prises rapidement. L’innovation et le portefeuille de produits sont désormais décentralisés. Les réductions de coûts devraient rapporter 60 millions d’euros, ce qui devrait effacer l’impact de la hausse des prix des matières premières." Pour l’instant cependant, les pessimistes semblent avoir raison.

Brasseur

Parmi les retardataires de la bourse, AB InBev peut encore compter sur une majorité de recommandations d’achat, mais de justesse. Le groupe brassicole a perdu de nombreux fans après l’annonce de résultats semestriels peu encourageants et l’arrivée du variant Delta en Asie du Sud-Est, où plusieurs pays ont à nouveau limité les activités du secteur horeca. Contrairement à Heineken et Carlsberg, le plus grand brasseur au monde a moins bien réussi à répercuter la hausse des coûts sur ses prix de vente. En outre, le taux d’endettement – soit 4,4 fois l’ebitda – reste obstinément élevé. AB InBev paie en moyenne 4% d’intérêts sur ses dettes, ce qui pèse sur sa rentabilité. À cause des mauvaises nouvelles, la valorisation d’AB InBev est retombée à son plus bas niveau depuis 2018. Selon bon nombre d’observateurs, il s’agit d’une opportunité d’achat pour les investisseurs patients.

Dans le secteur des télécoms, Orange Belgium et Telenet sont à la traîne. Pour le premier, l’explication n’est pas difficile à trouver: contrairement à ce qu’espéraient de nombreux actionnaires, la maison mère Orange n’a pas mis davantage la main à la poche pour racheter sa filiale belge. Depuis lors, l’action se négocie avec une décote de plus de 10% par rapport au prix de l’offre de reprise de 22 euros. Au cours du dernier trimestre, le chiffre d’affaires a bondi de 7,5%, mais la plupart des analystes ont perdu leur enthousiasme pour cette histoire.

"Telenet est notre action chouchou dans le secteur des télécoms . D’ici 2022, nous nous attendons à un rendement du dividende de 8,8%."
Vivien Maquet
Analyste chez Degroof Petercam

Avec pas moins de 90% de recommandations d’achats, Telenet est l’action du secteur des télécoms la plus appréciée. "C’est notre chouchou pour ce secteur", souligne Vivien Maquet de Degroof Petercam. "La croissance attendue des flux de trésorerie de 6,7% permet de distribuer un dividende attrayant, prévisible et fiable de minimum 2,75 euros. Nous nous attendons à ce qu’il augmente de 2% chaque année. D’ici 2022, nous prévoyons un rendement brut du dividende de 8,8%. Au second semestre, nous voyons deux catalyseurs potentiels : d’une part la vente de la société wallonne Voo, qui pourrait représenter une opportunité pour Telenet de se déployer au niveau national, et d’autre part les discussions avec le gestionnaire de réseau Fluvius qui devraient se clôturer en septembre ou octobre par la mise en place d’un réseau de données commun en Flandre."

Bpost peut compter sur quatre analystes sur cinq pour recommander son action à l’achat. "À 3,7 fois la valeur de l’entreprise (capitalisation boursière + dettes) vs. l’ebitda, l’action est moins chère que sa moyenne historique de 4", explique Marc Zwartsenburg, analyste chez ING. "Mais bpost a du pain sur la planche s’il veut retrouver la confiance des investisseurs, alors que la visibilité sur les bénéfices de cette année est très limitée."

L’enthousiasme suscité par l’assureur Ageas est aussi retombé après l’annonce des résultats du deuxième trimestre, inférieurs aux attentes. La baisse des bénéfices en Asie fut une mauvaise surprise. Par ailleurs, les résultats du troisième trimestre devraient souffrir des inondations en Belgique, dont Ageas estime l’impact à 400 millions d’euros, soit 55 millions d’euros après l’intervention des réassureurs. Ces revers sont en majeure partie ponctuels. La hausse de 18% des primes encaissées est un atout pour le long terme. À 9,5 fois le bénéfice et avec un rendement du dividende de 6,4% brut, l’action peut être considérée comme bon marché.

Avec une seule recommandation d’achat sur 14 analystes, Colruyt est l’action belge la moins aimée du marché. Les résultats de la chaîne de distribution sont inférieurs aux attentes et Colruyt a indiqué qu’il serait difficile d’égaler les chiffres de l’an dernier. Le groupe de Halle perd des parts de marché depuis deux ans. Malgré tout, l’action continue à se négocier avec une prime de 15% par rapport au secteur.

-15%
L’action Colruyt continue à se négocier avec une prime de 15% par rapport au secteur.

Congo

Parmi les autres perdants on trouve le holding Texaf – actif en République démocratique Congo – pour lequel les nouvelles sont au beau fixe, même si une seule maison de bourse – en l’occurrence KBC Securities – suit l’action. La plupart des magazines spécialisés en investissement sont optimistes : Texaf tire 90% de ses revenus de la mise en location de biens immobiliers à Kinshasa, le solde provenant d’une carrière située à proximité de la capitale congolaise. Au début de l’année, les revenus locatifs ont légèrement baissé à cause d’un taux de vacance de 6%. Avec la crise du coronavirus, le nombre d’expatriés – des locataires importants pour Texaf – a diminué.

Pour Wido Jongman, analyste chez KBC, ce phénomène serait temporaire. "Texaf dispose d’un portefeuille immobilier unique, de grande qualité, financé par de l’endettement, et à haut rendement. Si l’on se base sur la somme des parties et sur les flux de trésorerie, nous voyons au moins 30% de potentiel." L’action reste toutefois très risquée. Le contexte politique et les problèmes de sécurité au Congo doivent être pris en compte.

TINC, le groupe d’investissement spécialisé dans les infrastructures, ne fait pas beaucoup parler de lui, ce qui peut expliquer la faiblesse de son cours. Toutefois, ING a relevé en mars sa recommandation "acheter". Grâce à ses nombreux projets d’autoroutes, d’écluses et de parcs éoliens – souvent en collaboration avec les pouvoirs publics – TINC est une des actions les plus sûres de la Bourse de Bruxelles. Les investisseurs achètent TINC pour le rendement du dividende – relativement stable – de 4,1% brut. L’entreprise fait souvent appel à ses actionnaires pour obtenir de l’argent frais, ce qui place le cours temporairement sous pression. Dans le passé, ces moments se sont révélés être de bonnes opportunités d’achat.

4,1%
Les investisseurs achètent surtout TINC pour le rendement brut du dividende de 4,1%.

Dans certains segments immobiliers, les dividendes sont devenus plus incertains à cause de la crise du coronavirus. Le bailleur de bureaux Befimmo a fortement réduit son coupon. Le télétravail ne disparaîtra pas, ce qui pose la question de l’avenir des espaces de bureaux. Cette situation a également touché Leasinvest et Warehouses Estates qui, en plus de bureaux, louent également des espaces commerciaux, en difficulté à cause de l’émergence du commerce en ligne.

Viennent ensuite quelques nouveaux venus qui ont donné la gueule de bois à ceux qui ont cru en eux dès leurs débuts en bourse. Inclusio fait du travail louable dans le secteur des habitations sociales, mais le rendement du dividende de 2,1% représente à peine la moitié de celui de son homologue Home Invest. En outre, ce dernier affiche un très beau palmarès. Depuis son introduction en bourse en 1999, le coupon augmente chaque année, tandis qu’Inclusio doit encore faire ses preuves.

L’action du spécialiste en administration digitale UnifiedPost se traîne à 12% en dessous de son cours d’introduction. Les investisseurs de la première heure ont profité de l’IPO pour vendre leurs actions, ce qui n’a pas précisément encouragé les autres à acheter. De plus, depuis le début de l’année, l’entreprise n’a pas attiré autant de clients qu’attendu. La valorisation de l’entreprise est encore en grande partie basée sur la croissance future et les projets d’acquisitions, ce qui confère à l’action un niveau de risque élevé.

Ceux qui investissent dans les actions à la traîne doivent être conscients qu’il y a souvent de bonnes raisons pour expliquer la baisse du cours. Mais parfois, les investisseurs de style "value" peuvent faire de bonnes affaires si la pénalisation du cours est due à un manque d’intérêt de la part du marché ou à un actionnaire souhaitant absolument se débarrasser de ses titres. Dans tous les cas, une analyse approfondie s’impose.

Le résumé

  • Plus d'une action sur cinq s'affiche en baisse depuis le début de l'année à la Bourse de Bruxelles.
  • C'est en particulier le cas des biotechs, comme Galapagos, Celyad, Bone Therapeutics, Sequana Medical, Acacia Pharma ou Biocartis.
  • Plusieurs valeurs d'autres secteurs sont aussi à la traîne, comme Ontex, AB InBev, Telenet, Ageas, Colruyt ou encore UnifiedPost.
  • Les investisseurs peuvent faire de bonnes affaires si la pénalisation du cours est notamment due à un manque d’intérêt de la part du marché.

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