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AB Inbev et Kinepolis, grands favoris des experts boursiers

Malgré sa chute de 35% depuis le début de l’année, AB InBev passe de la 8e à la première place du classement. ©Photo News

En plaçant ces deux valeurs dans le peloton de tête de leurs actions préférées, les analystes boursiers montrent qu’ils s’attendent à ce que notre vie quotidienne se normalise au cours du second semestre.

Comme c’est la tradition, 14 sociétés de bourse, banques privées et magazines spécialisés en investissement nous ont fait parvenir leur liste d’actions préférées pour la seconde moitié de l’année.

Un exercice bien difficile compte tenu des circonstances. " Nous avons déjà bénéficié d’un mouvement de rattrapage assez important et nous conseillons actuellement à nos clients de prendre leur bénéfice. Alors, comment leur expliquer que nous vous avons transmis dix conseils d’achat ? ", se demande un banquier privé… qui a tout de même fini par changer d’avis.

Soyons clairs: les dix actions mises en avant par les experts ne doivent pas être achetées lundi matin dès l’ouverture de la bourse. Le coronavirus continue à inquiéter. Les estimations sur la reprise économique vont dans tous les sens, ce qui provoque beaucoup de volatilité sur les marchés. Dans ce contexte, on peut considérer que les experts avancent plutôt des idées que des conseils. Des actions à tenir à l’œil et qu’il vaut mieux acheter pendant une période de correction qu’en période de hausse boursière.

Les grandes absentes

Quelques autres remarques avant de passer aux dix actions préférées. Sur les 14 listes reçues, on trouve au total 40 entreprises belges.

Argenx, qui faisait partie du top 10 à la fin de l’an dernier, n’est reprise sur aucune liste. Après sa forte remontée (+39%) depuis le début de cette année et des résultats prometteurs dans la recherche sur le traitement de la MG (Myasthena gravis), la coupe semble pleine pour les analystes.

Colruyt et Sofina, deux valeurs refuges pendant la période de panique due à la pandémie, sont également jugées trop chères et semblent être tombées aux oubliettes. Idem pour les banques. Aucune nomination pour KBC et ING (parmi les actions étrangères préférées pour cette dernière), qui représentent ensemble 20% du Bel20. Le groupe de dragage et de construction CFE et sa maison mère Ackermans ne se retrouvent que sur une seule liste, alors qu’elles faisaient toutes deux partie du top 10 en début d’année. 

Par contre, on retrouve:

1) AB InBev

Malgré sa chute de 35% depuis le début de l’année, AB InBev passe de la 8e à la première place du classement. " Le cours a même été divisé par deux depuis août 2019. Les ventes en Chine et en Corée du Sud ont été décevantes et la pandémie de coronavirus a fait le reste ", explique-t-on chez Degroof Petercam.

La fermeture des cafés et la suppression ou le report de grands évènements sportifs et musicaux ont automatiquement réduit la consommation de bière, même si les citoyens ont probablement augmenté leur consommation à domicile. Les craintes concernant l’endettement du groupe ont alors refait surface. " AB InBev dispose de suffisamment de liquidités pour honorer toutes ses obligations pendant au moins deux ans. Lors des trimestres à venir, le groupe brassicole n’aura aucune difficulté à afficher des résultats en hausse par rapport au même trimestre de l’année précédente ", poursuivent les experts de Degroof Petercam.

Chez Leleux AB, on souligne que les actionnaires de référence ont augmenté leur participation en mai et en juin. L’initié de la Bourse: " L’action est aujourd’hui meilleur marché que celles de ses concurrents. Vu que nous n’attendons pas de bonnes nouvelles à brève échéance, l’action pourrait être encore moins chère dans les semaines à venir. "

"Lors des trimestres à venir, Ab InBev n’aura aucune difficulté à afficher des résultats en hausse par rapport au même trimestre de l’année précédente."
Degroof Petercam

2) Euronav

L’action Euronav fait également un pas de géant – passant de la 9e à la 2e place – après avoir cédé 25% en bourse. " Grâce à la hausse des tarifs des tankers, cela fait déjà trois trimestres qu’Euronav affiche des bénéfices très élevés, ce qui explique son impressionnant rendement du dividende, car le groupe distribue 80% de ses bénéfices ", explique-t-on chez BNP Paribas Fortis.

La hausse des taux de fret s’explique notamment par la baisse du nombre de commandes de nouveaux navires, la mise à la casse d’anciens tankers et le boycott des tankers iraniens. Enfin, on trouve la surproduction de pétrole, qui a fait plonger les cours de l’or noir sous zéro plus tôt cette année.

" Pour faire face à cette situation, une partie de la flotte mondiale a été utilisée pour stocker le pétrole, ce qui a poussé les taux de fret vers des sommets ", expliquent les experts de Degroof Petercam. Dans la deuxième partie de l’année, la demande de stockage devrait se normaliser et faire temporairement baisser les tarifs. " Mais Euronav s’est déjà couvert. 2020 devrait donc être une excellente année ", renchérit-on chez BNP Paribas Fortis.

" Euronav rachète ses propres actions de manière opportuniste pour créer de la valeur pour les actionnaires. Le management a déclaré à plusieurs reprises qu’il trouvait l’action sous-évaluée ", ajoute un analyste de L’Investisseur.

3) Kinepolis

Sur la troisième marche du podium, on trouve un nouveau venu: Kinepolis. " Le cinéma est un des secteurs les plus touchés par la crise du coronavirus. Le leader du marché belge fait exception, car en dehors du Canada, Kinepolis est propriétaire de 75% de ses bâtiments. Le groupe n’a pas non plus de problèmes de financement car il n’a que peu de dettes à court terme et la moyenne de ses échéances est de sept ans ", poursuit-on chez Degroof Petercam.

" Nous pensons que Kinepolis profitera de la baisse actuelle pour s’offrir à bon prix d’autres (petits) acteurs. " Chez Kepler Cheuvreux – qui collabore avec Belfius – on y croit également. " Dans la phase de réouverture des salles, le management pourra une fois de plus démontrer ses compétences. " Le malheur des uns fait le bonheur des autres. " Nous n’excluons pas que plusieurs concurrents soient obligés de déposer le bilan, ce qui n’est pas nécessairement négatif pour Kinepolis ", ajoute-t-on chez Leleux AB.

75
%
En dehors du Canada, Kinepolis est propriétaire de 75% de ses bâtiments.

4) Galapagos

Dans le secteur des biotechnologies, argenx a été remplacé par Galapagos. " Cela fait quelques semaines que l’action est à la traîne, ce qui la rend à nouveau intéressante. Près de la moitié de la valeur boursière se compose désormais de liquidités. Dans les mois à venir, les autorités sanitaires américaines, européennes et japonaises devraient se prononcer sur le lancement commercial du médicament contre l’arthrite rhumatoïde, le filgotinib, ce qui permettra à Galapagos de percevoir les paiements pour les nouvelles phases ", justifient les analystes de L’Investisseur.

" Le cours s’est un peu contracté étant donné que les résultats de la phase III du traitement de la colite ulcérative sont bons, mais pas exceptionnels. Mais nous nous attendons malgré tout à ce que ce soit une deuxième indication pour le filgotinib qui arrive sur le marché ", ajoute-t-on chez L’initié de la Bourse, qui a classé Galapagos au premier rang de ses actions préférées.

5) Lotus Bakeries

Leo Stevens & Cie se voit bien déguster un paquet d’actions de Lotus Bakeries. " Lotus possède désormais une usine aux Etats-Unis. Le pays de l’Oncle Sam est devenu le plus grand marché du spéculoos de Lotus et sa croissance internationale est loin de s’arrêter. "

Le deuxième pilier du groupe sont les en-cas sains, pour lesquels Lotus a ouvert une usine en Afrique du Sud. " La croissance potentielle des marques existantes et d’éventuelles nouvelles marques suite à des acquisitions est énorme. L’entreprise familiale examinera toutes les opportunités, mais sans se mettre la pression ", poursuit-on chez Leo Stevens.

La crise du coronavirus a également touché Lotus. " Les biscuits servis dans l’horeca et les avions représentent environ 10% du chiffre d’affaires ", précise-t-on chez Rivertree Investment Funds, la branche de gestion de fonds de Puilaetco. " Mais la direction est très expérimentée et le CEO fait partie de la troisième génération de la famille fondatrice. Grâce à son expansion à l’étranger, le groupe Lotus a clairement encore de beaux jours devant lui et représente un investissement à long terme par excellence. "

6) Ontex

Le fabricant de couches arrive en tête du classement de BNP Paribas Fortis et de Kepler. " Le cours est récemment retombé à son plus bas de la mi-mars, soit 12 euros. La crise du coronavirus devrait avoir un impact sur le chiffre d’affaires et le résultat de l’ensemble de l’année, en particulier parce que 50% des revenus sont réalisés dans des pays émergents comme le Brésil et le Mexique, fortement touchés par la pandémie. Mais nous pensons que ces effets négatifs ne sont que temporaires ", explique-t-on chez BNP Paribas Fortis.

Kepler souligne les importantes économies de coûts réalisées par Ontex et sa valorisation attrayante. " Une proie potentielle pour un repreneur ", ajoutent les experts de BNP Paribas Fortis. " C’est une action idéale pour les investisseurs ‘value’ qui ne veulent pas payer le prix fort pour les actions de croissance ", estime-t-on chez ING. " Ontex réduit ses coûts et les prix des matières premières sont avantageux. Et les rumeurs concernant une possible OPA ne sont jamais loin. " En 2018, PAI n’a pas réussi à faire main basse sur Ontex. Aujourd’hui, l’activiste ENA (ancien banquier de Morgan Stanley) détient 14,5% des droits de vote.

"Ontex est une action idéale pour les investisseurs ‘value’ qui ne veulent pas payer le prix fort pour les actions de croissance."
ING

7) Ageas

Les investisseurs " value " s’intéressent également à Ageas, notamment à cause de la dégringolade de l’action (-40%) depuis le début de l’année. " La combinaison entre des flux de trésorerie stables en Belgique (où Ageas est leader de marché) et des filiales en croissance en Asie (activités d’assurances sur le continent asiatique) est intéressante ", explique-t-on chez ING Private Banking.

" Après la forte baisse, le rendement total (dividende + rachat d’actions propres) se monte à près de 10%. " A la demande des autorités de contrôle, Ageas a été obligé de reporter à plus tard dans l’année le paiement de la partie la plus importante de son dividende. " Il n’est pas exclu que les autorités exigent un nouveau report ", poursuivent les analystes d’ING Private Banking.

KBC Securities: " L’Asie est devenue aussi importante que la Belgique sur le plan des revenus. La page de l’héritage de Fortis est aujourd’hui entièrement tournée. Nous pensons qu’Ageas fera des acquisitions, peut-être en Italie ou en Indonésie. " Chez KBC Securities, on souligne qu’Ageas est une des rares sociétés financières qui rachète actuellement ses propres actions.

8) Recticel

Il va de soi qu’à cause de la crise du coronavirus, Recticel ne réalisera aucun bénéfice en 2020 si l’on exclut les plus-values sur la vente des activités automobiles et d’une partie des mousses flexibles.

" L’essentiel, c’est que le groupe renforce son bilan. Cela contribuera à long terme au développement de la branche isolation, une activité à haute valeur ajoutée, expliquent les analystes de Test-Achats Invest. Au vu de la nouvelle stratégie de Recticel, la valorisation élevée de l’action nous semble justifiée. "

Les experts boursiers considèrent Recticel comme une cible pour un repreneur. " Le groupe a été simplifié, ce qui pourrait pousser des candidats comme Kingspan à revenir autour de la table. Les liquidités représentent potentiellement une opportunité d’achat intéressante dans le contexte de crise que nous connaissons ", ajoutent les analystes de Degroof Petercam.

9) Barco

A l’instar de Kinepolis, Barco a beaucoup souffert de la crise du coronavirus. Les raisons sont en partie les mêmes: suite à la fermeture des salles obscures, les exploitants ont reporté l’achat de nouveaux projecteurs. Barco détient 50% de ce marché.

" Pour l’an prochain, on s’attend à ce que Barco tire 22% de ses revenus et 16% de son bénéfice brut d’exploitation du secteur du cinéma ", explique-t-on chez Van Lanschot. Mais le groupe ne produit pas que des projecteurs. La crise du coronavirus a également attiré l’attention sur Clickshare, une technologie de présentation et de réunion sans fil. " Si les gens peuvent retourner au bureau en plus grand nombre, il se pourrait que la 'nouvelle normalité' (distance de 1,5 m entre les personnes) donne un coup de pouce (supplémentaire) à Clickshare Conference ", estime-t-on chez Van Lanschot, qui souligne que Teams, Zoom et Webex ne sont pas des concurrents. " Barco est un des rares leaders du secteur technologique sur Euronext Bruxelles, ce qui justifie que l’on s’y intéresse ", commente-t-on chez L’initié de la Bourse, qui souligne également que la crise du coronavirus devrait faire augmenter les revenus de la division soins de santé.

50
%
Barco détient la moitié du marché des projecteurs des salles obscures.

10) Brederode

Cette année, les holdings brillent plutôt par leur absence sur les listes d’actions préférées, à l’exception de la petite société Brederode. Une perle cachée, estime-t-on chez Van Lanschot. " Si l’on intègre les dividendes (bruts), le rendement annuel des dix dernières années se monte à près de 18%, ce qui est même mieux que Sofina. 

" Brederode investit d’une part dans de grandes entreprises comme Sanofi, Intel, Unilever et Sofina, et d’autre part dans des fonds de Private Equity (plus de 50% du portefeuille) via des sociétés comme Carlyle, Ardian et Providence. Cher Dierickx Leys, Brederode arrive en tête du hit-parade. " La communication est limitée, comme en témoignent les rapports annuels très succincts. Les participations du groupe géré par Pierre van Der Mersch se sont mieux comportées que la moyenne boursière pendant la crise du coronavirus, et nous nous attendons à ce que la situation soit comparable dans la branche Private Equity. " Chez Dierickx Leys, on estime que l’action Brederode se négocie aujourd’hui avec une décote de 15% par rapport à sa valeur intrinsèque.

Ont manqué de peu le top 10

Comme chaque année, certaines actions sont boudées par les spécialistes. WDP et Care Property Invest et Aedifica sont les seules sociétés immobilières à être reprises sur deux listes. " En tant qu’acteur impliqué à 100% dans la logistique, WDP profite du coup d’accélérateur dont bénéficie le commerce en ligne ", explique-t-on chez Puilaetco. Chez Nagelmackers, on apprécie la stratégie d’expansion de Care Property et on s’attend à ce qu’il jette son dévolu sur l’Espagne. " Même si la Covid-19 pèse quelque peu sur le taux d’occupation, le marché des maisons de repos sera à moyen terme confronté à une pénurie de lits. "

Orange Belgium – qui était encore l’action préférée de tous au début de l’année – a perdu de nombreux fans, à l’exception de Van Lanschot, qui lui est resté fidèle. " Les flux de trésorerie annuels représentent près de 10% de sa valeur boursière. "

Dans le secteur des soins de santé, UCB et Fagron passent tout juste à côté du top 10. " Le portefeuille de produits du groupe pharmaceutique UCB est actuellement très solide. De plus, UCB devrait bientôt cueillir les fruits de son pipeline bien fourni ", explique-t-on chez Banque Nagelmackers, qui investit dans UCB via Tubize, pour bénéficier de la décote de 49%. Chez Dierickx Leys, on préfère Fagron, qui fournit notamment les pharmacies. " L’entreprise est armée contre la Covid-19. Au cours du premier trimestre, le chiffre d’affaires affichait une hausse organique remarquable de 6,9%. "

Idem pour Sipef et Solvay, qui n’ont pas trouvé suffisamment de supporters. " L’année 2019 fut désastreuse pour le groupe agricole, mais en l’absence de catastrophe climatique, nous nous attendons à une remontée du bénéfice à 3,5 euros par action avant la fin de l’année ", expliquent les analystes de Test-Achats Invest. " Ces derniers trimestres, Solvay a dû essuyer des vents contraires dans quelques secteurs (aéronautique, automobile, pétrole et gaz), mais a réussi à limiter la casse grâce à la grande diversification de ses marchés finaux. La stratégie de la nouvelle CEO Ilham Kadri est également très claire, avec l’accent mis sur la génération de cash flows. Le groupe affiche une des marges les plus élevées de son secteur, l’action se négocie en dessous de sa valeur comptable et l’entreprise n’a pas à rougir du rendement du dividende ", concluent les analystes de L’Investisseur. 

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