Barco signe la meilleure performance semestrielle à la Bourse de Bruxelles

©BELGA

Le groupe d’imagerie a époustouflé les investisseurs par ses marges impressionnantes. Résultat: l’action s’est appréciée en six mois de l’équivalent de la valeur boursière d’une Agfa-Gevaert.

" Tous les bateaux montent avec la marée haute ", dit-on à Wall Street. L’adage boursier s’est vérifié à nouveau au terme de ce premier semestre.

À la Bourse de Bruxelles, le Bel 20 a enregistré un gain (dividendes nets compris) de pas moins de 10%. Plus de deux actions sur trois – soit 79 sur les 112 cotées sur notre place financière – ont offert à leurs actionnaires un return positif, en moyenne +6%. 

6%
Le return des actions belges au premier semestre
Plus de deux actions sur trois – soit 79 sur les 112 cotées sur notre place financière – ont offert à leurs actionnaires un return positif, en moyenne +6%.

Ce regain de forme boursière, après une fin d’année 2018 glaçante pour les investisseurs, ne traduit pas un soudain embellissement des perspectives économiques. Au contraire : les instituts d’études annoncent la fin prochaine de la longue expansion économique allemande. Outre-Rhin, le très influent baromètre Ifo pointe le net recul de la confiance des chefs d’entreprise, qui s’inquiètent tout à la fois de la crise automobile, des guerres commerciales et de l’issue incertaine du Brexit. 

"Le risque de 'melt-up' – à savoir un emballement à la hausse des Bourses – est supérieur à celui d’un 'melt-down'"
Larry Finck
Blackrock

La bonne tenue des Bourses s’explique surtout parce que les banquiers centraux ont sorti à nouveau leur artillerie lourde en promettant de fournir plus longtemps que prévu tout l’argent bon marché nécessaire pour contrecarrer la dégradation de la conjoncture économique. Ainsi, la Réserve fédérale, dans un revirement inédit, a mis fin en janvier à la longue série de relèvements de son taux directeur et promet à présent de le réduire rapidement. Et Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, s’est engagé lui aussi à assouplir encore sa politique monétaire pourtant déjà très accommodante.

Conséquence : à présent, on ne compte plus les obligations qui offrent un rendement nul, voire négatif. Les investisseurs désireux de faire fructifier leurs avoirs sont donc contraints, quasi manu militari, de prendre plus de risques sur le marché des actions. Larry Fink, le patron de Blackrock (le plus grand gestionnaire d’actifs au monde), avance même que le risque de " melt-up " – à savoir un emballement à la hausse des Bourses – est supérieur à celui d’un " melt-down ".  

 

Tout sauf zéro

La Bourse de Bruxelles a connu un tel rush, plus particulièrement du côté des actions qui distribuent un beau dividende prévisible. Ce profil de " quasi-obligation " attire un nombre croissant d’investisseurs à mesure que le rendement des emprunts d’État " classiques " tend vers zéro.  

Retenons ainsi parmi les grands gagnants du semestre les promoteurs immobiliers Atenor  (+48%) et VGP (+23%), les groupes immobiliers Montea   (+30%), WDP (+28%), Care Property Invest  (+24%) et Intervest (+21%), le spécialiste de l’entreposage Shurgard   (+26%) et des sociétés d’investissement comme Brederode (+22%) et Gimv (+21%). 

Barco a également ravi ses actionnaires en leur versant un dividende en forte augmentation. Cette générosité s’explique par la solidité de son bilan, gorgé de cash. Mais le groupe d’imagerie n’avait pas besoin de Super Mario (Draghi) pour devenir l’icône belge de ce premier semestre boursier avec un gain de 89%. Grâce à cette performance, le cours de l’action technologique atteint son plus haut niveau en plus de deux décennies, s’appréciant en un semestre à peine de l’équivalent de la valeur boursière d’une Agfa-Gevaert.

Barco ne le doit qu’à ses résultats fantastiques en 2018, avec des marges bénéficiaires en nette progression, et des perspectives tout aussi réjouissantes en 2019. Les investisseurs ont ainsi redécouvert cette action avec, à la clé des conseils d’achat enthousiastes et des objectifs de cours toujours plus élevés. 

Le top 3 du baromètre boursier bruxellois est complété par les deux géants de la biotech de nos contrées : Argenx (+41%) et Galapagos (+39%). Le premier a surfé sur les accords prestigieux conclus avec les groupes américains Johnson & Johnson et Halozyme et sur l’enthousiasme suscité par son produit vedette l’efgartigimod qui lui a valu une série incroyable de conseils d’achat sur le Nasdaq, la Mecque de la biotech. Le second groupe biotech, qui décroche le bronze sur le podium boursier, est engagé à présent dans la dernière ligne droite avant l’entrée de son médicament phare, le filgotinib, sur l’énorme marché américain. 

Les deux stars biotech réussissent ainsi à coiffer sur le poteau le géant brassicole AB InBev  (+34%). Après son annus horribilis en 2018, le poids lourd du Bel 20 a signé une belle remontée boursière. Le groupe a rassuré les investisseurs à la faveur d’un refinancement favorable de son endettement considérable. 

Fausses notes

Malgré le climat favorable, les investisseurs ne se sont guère montrés tendres à l’égard des entreprises qui les ont déçus.

Trois valeurs du Bel 20 en ont fait les frais. La déconvenue la plus frappante touche l’ancien enfant chéri de notre place financière, Umicore   (-19%). L’avertissement sur résultat, lancé à Pâques, a donné au groupe spécialisé dans les matériaux une image de colosse aux pieds d’argile. Depuis lors, les investisseurs craignent que la concurrence croissante et une offre excédentaire amputent les marges bénéficiaires de sa poule aux œufs d’or : les matériaux pour batteries rechargeables des voitures électriques. 

La déculottée boursière du producteur de couches Ontex (-23%) découle, d’une part, d’un avertissement sur résultat et, d’autre part, d’une " journée des investisseurs " calamiteuse qui a suscité plus de perplexité que de clarté sur la stratégie de l’entreprise. Résultat ? L’action a atteint un plancher historique.

Enfin, la chaîne de supermarchés Colruyt   (-18%) dont l’action avait pénétré la stratosphère en 2018 malgré des conseils de vente unanimes a fini par respecter les lois de la gravité, sur fond d’avertissement relatif à la concurrence exacerbée et à la contraction des marges. Hors du Bel 20, certaines chutes sont encore plus brutales. Ainsi, Greenyard a dévissé sous le poids d’un endettement excessif qui nuit à sa rentabilité.

L’action Nyrstar a succombé à cette même combinaison de facteurs laissant ses actionnaires expropriés de facto. 

L’envol des géants biotech Argenx et Galapagos contraste avec le crash des plus petits acteurs du secteur : Genkyotex  , Curetis  , Celyad  , MDxHealth   et ASIT Biotech ont perdu au moins un quart de leur valeur boursière déjà décimée. Après une entrée en Bourse sans éclat, Sequana Medical  a vu sa valeur amputée d’une ampleur similaire.

 

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