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Ces actions qui ont encore du retard à rattraper

Sur Euronext Bruxelles, 40 actions se négocient encore avec une décote de plus de 10% par rapport à février 2020. ©SISKA VANDECASTEELE

Les bourses ont totalement digéré le krach du coronavirus. Pour autant, certaines actions sont encore à la traîne au moment où les bénéfices retrouvent leurs niveaux d’avant-crise.

La réouverture de l’économie s’accélère avec l’assouplissement progressif des mesures destinées à lutter contre la pandémie dans de nombreux pays européens. Les indicateurs qui se basent sur la mobilité de la population sont en forte reprise depuis plusieurs semaines. Nous nous retrouvons à nouveau dans les embouteillages, nous recommençons à utiliser les ascenseurs dans les bâtiments publics, les gares accueillent davantage de voyageurs, et si l’on en croit les sites de réservation de restaurants, la liste d’attente est longue pour trouver une place en terrasse.

+61%
Le rebond de l'indice Stoxx 600 depuis son plus bas du 18 mars 2020.

L’Union européenne s’attend à ce que d'ici au troisième trimestre, au moins 70% de la population ait reçu une première injection de vaccin, ce qui permettra le retour progressif à une vie normale. Le seuil de 70% est considéré par de nombreux virologues comme la condition préalable à une immunité collective, sauf bien entendu si un nouveau variant du virus vient compliquer les choses.

Reprise sur les marchés boursiers

Les marchés boursiers ont déjà intégré une grande partie de la reprise. Depuis son point le plus bas du 18 mars 2020, l’indice européen Stoxx 600 a rebondi de 61%, même s’il n’est que de 4% supérieur à son niveau d’avant-crise (début février 2020). À Wall Street, le rebond est encore plus prononcé: depuis mars 2020, l’indice S&P 500 a progressé de 88%. Les cours actuels se situent 24% au-dessus du niveau d’avant la pandémie.

De nombreux stratèges estiment que la bourse américaine est relativement chère et voient davantage de potentiel sur les bourses européennes. Au cours des dix dernières années, l’indice S&P 500 a rapporté près de trois fois plus que l’indice EuroStoxx50, dividendes compris. Mais le vent pourrait être en train de tourner. Depuis le début de l’année, l’Europe fait mieux que les États-Unis.

L’Europe, grande favorite

"L’Europe est notre région préférée", explique le stratège Azad Zangana, de Schroders. "Le moteur économique tourne aujourd’hui à plein régime, mais les valorisations sont moins élevées qu’aux États-Unis." Il n’est pas le seul à le penser. Selon la dernière enquête menée par Bank of America auprès des gestionnaires patrimoniaux, 65% d’entre eux s’attendent à ce que l’Europe fasse mieux que Wall Street au cours des 12 prochains mois.

Au niveau sectoriel, l’Europe bénéficie d’un léger avantage, même si ce dernier n’est que temporaire.

L’Europe se remet rapidement de la récession en W (double creux). En mai, l’indicateur PMI – qui reflète la confiance des directeurs des achats en Europe – a connu la plus forte progression des trois dernières années. Les carnets de commandes affichent aussi la plus forte hausse en 15 ans. D’après la Commission européenne, cette reprise devrait se traduire par une croissance de 4,3% en 2021, après une contraction de 6,6% en 2020. Pour les États-Unis, la Réserve Fédérale (Fed) s’attend à une croissance de 6,5%.

Au niveau sectoriel, l’Europe bénéficie d’un léger avantage, même si ce dernier n’est que temporaire. Les actions de valeur et celles qui bénéficient le plus de la réouverture de l’économie sont devenues les préférées des investisseurs. Elles pèsent davantage dans les indices européens que dans leurs homologues américains, dominés par la Big Tech. Pendant la pandémie, les actions technologiques ont surperformé, mais sont à la traîne depuis la découverte de vaccins efficaces et en raison de la hausse des taux provoquée par la reprise de l’inflation.

Les investisseurs ayant tendance à comparer les chiffres avec l’année précédente, les "gagnants de la pandémie" affichent une base de comparaison moins avantageuse que leurs consœurs durement touchées en 2020. Cela explique également pourquoi les sprinters de la croissance digitale de l’an dernier comme Zoom Video (-25% depuis la mi-février), Peloton Interactive (-35%) et Shopify (-17%) ont dû céder du terrain.

"La croissance européenne pourrait surprendre positivement."
Joëlle Natzkoff
Stratège chez Credit Suisse

Les entreprises européennes en revanche affichent un profil de croissance plus solide. D’après les estimations du fournisseur de données FactSet, les analystes s’attendent à une hausse des bénéfices de 41% pour les entreprises faisant partie de l’indice MSCI Europe. Les entreprises américaines afficheraient "seulement" une hausse de 33%.

Actions européennes moins chères

La valorisation des actions fait aussi pencher la balance en faveur de l’Europe. Les entreprises américaines sont beaucoup plus chères: elles se négocient à 22 fois les bénéfices attendus en 2021, contre 17,2 fois pour l’EuroStoxx50.

"La croissance européenne pourrait surprendre positivement", explique la stratège Joëlle Natzkoff, de Credit Suisse, dans un rapport sur les actions bénéficiant de la reprise. "Les autorités publiques ont pris des mesures importantes pour limiter les dégâts économiques. Les ménages ont économisé 15% de leurs revenus, ce qui constitue un record. Cet argent représente 4,5% du PIB européen. Les consommateurs devraient en dépenser une partie. Les chefs d’entreprise se montrent également optimistes. En outre, les stocks sont très bas, ce qui suggère une hausse potentielle de la production et de l’emploi."

"La réouverture de l’économie n’est pas encore intégrée dans les cours de bourse", poursuit Natzkoff. "Parmi les actions qui bénéficieront de la reprise, certaines sont encore bon marché, alors que leurs bénéfices sont en voie de normalisation."

Les préférées de Credit Suisse

L’équipe d’analystes de Credit Suisse a établi la liste de ses dix actions préférées: la chaîne de magasins ABF (propriétaire de Primark), la société d’intérim Adecco, le fabricant de serrures et de systèmes de sécurité Assa Abloy, la banque BNP Paribas, le distributeur de produits chimiques Brenntag, la compagnie aérienne EasyJet, le groupe d’évènements et d’information Informa et le fabricant d’emballages Smurfit Kappa en font partie.

La liste comprend également deux entreprises néerlandaises : "Heineken est davantage exposée à l’horeca européen que les autres brasseurs. L’entreprise tire 37% de son chiffre d’affaires de l’horeca et 4% de ses propres pubs anglais. Lorsque le marché se rétablira, les marges bénéficiaires devraient augmenter plus vite que celles du secteur. Les ventes aux cafés, hôtels et restaurants génèrent 1,5 fois plus de revenus par hectolitre que les ventes en magasin, tandis que ses propres pubs anglais génèrent même 8 fois plus de chiffre d’affaires. Heineken bénéficie également de la notoriété de sa marque. Le groupe est notre préféré du secteur mondial des boissons."

66%
sous le niveau de début 2020
L’action UBS se négocie encore 66% en dessous de son niveau du début 2020.

ING figure également sur la liste. "ING est l’une des rares banques à obtenir un rendement de 10 à 12% sur fonds propres dans cet environnement de taux bas. Son CEO Steven Van Rijswijk ambitionne de réaliser de nouvelles économies et de renforcer l’efficacité du département dédié aux grands clients. Ces éléments pourraient être des catalyseurs pour cette année et l’an prochain. Au cours des années à venir, ING pourrait redistribuer son capital excédentaire à ses actionnaires. Nous pensons que la banque commencera à racheter ses propres actions à partir de 2022."

La banque d’affaires UBS mise sur International Consolidated Airlines Group, la fusion entre British Airways, la compagnie aérienne espagnole Iberia et l’irlandaise Aer Lingus. UBS pense que l’entreprise pourrait atteindre le seuil de rentabilité cet été, lorsque les touristes britanniques se rendront à nouveau massivement sur les côtes espagnoles. L’action se négocie encore 66% en dessous de son niveau du début 2020. Les compagnies aériennes américaines se sont déjà nettement reprises. Cela vaut d’ailleurs pour la plupart des entreprises du secteur du tourisme. Alors que les chaînes d’hôtels européennes comme Accor se négocient encore 20% en dessous de leur niveau d’avant-crise, les groupes américains comme Hilton ou Marriott ont totalement comblé leur retard.

"Suite au rush sur les actions susceptibles de profiter de la reprise, bon nombre d’entre elles sont devenues excessivement chères", prévient Charles Schwab. La maison de bourse se réfère notamment à la chaîne de cinémas américaine AMC, dont le cours a été multiplié par 30 depuis le début de l’année, porté par une armée de petits investisseurs réunis autour des réseaux sociaux. Chez nous, Kinepolis se négocie encore 10% en dessous de son niveau du début 2020, ce qui semble justifié vu que la chaîne ne pourra rouvrir ses portes que tout prochainement et moyennant le respect de certaines conditions restrictives.

Il est intéressant de noter qu’on trouve de nombreuses sociétés de biotechnologie parmi les "losers".

Euronext Bruxelles

Si l’on examine les cours sur Euronext Bruxelles, 40 actions ne négocient encore avec une décote de plus de 10% par rapport à février 2020, avant l’éclatement de la pandémie en Occident. Certains cas n’ont aucun lien avec la crise du coronavirus. C’est notamment vrai pour le recul de 70% de Galapagos, qui n’a pas obtenu l’autorisation des autorités sanitaires américaines (FDA) pour son médicament contre les rhumatismes, le filgotinib.

Il est intéressant de noter qu’on trouve de nombreuses sociétés de biotechnologie parmi les "losers". À cause de la pandémie, bon nombre d’entre elles ont pris du retard dans le recrutement et les tests auprès des patients, mais la plupart des baisses s’expliquent par des revers individuels. Les analystes voient le plus important potentiel dans Celyad pour sa plate-forme innovante de lutte contre le cancer et dans Biocartis, qui a vu ses ventes de tests médicaux retrouver des couleurs aux États-Unis après une période difficile.

Immobilier faible

L’immobilier belge est également à la traîne, à l’instar des autres pays européens. Les actions immobilières européennes se négocient avec une décote de 7% par rapport à leur niveau d’il y a 16 mois. Même s’il existe de grandes différences, les sociétés souffrant le plus sont les bailleurs d’espaces commerciaux et de bureaux. Les magasins sont restés fermés pendant longtemps et à cause du télétravail, les bureaux sont restés vides en grande partie. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si les beaux jours reviendront. La pandémie a ancré le shopping en ligne et le télétravail dans les habitudes des citoyens, ce qui pourrait peser sur la demande de magasins physiques et de bureaux si cette tendance se poursuit. Cette situation se reflète dans les faibles recommandations des analystes à propos de ces sociétés immobilières.

En revanche, les propriétaires d’entrepôts comme WDP, VGP et Montea affichent des cours record grâce à l’essor du commerce en ligne. Dans le secteur logistique, Intervest Offices & Warehouses est à la traîne, ce qui a poussé KBC Securities à placer l’action ce jeudi sur sa liste d’actions préférées. Intervest possède également des bureaux, mais 63% du portefeuille sont composés d’entrepôts.

"Care Property est injustement pénalisée par rapport à ses consœurs Aedifica et Cofinimmo."
Wido Jongman
Analyste chez KBC Securities

Les promoteurs immobiliers se portent bien en bourse. "Ils profitent de la demande d’immobilier durable et vert, qui provoque une hausse de la demande de biens rénovés ou neufs", constate l’analyste Romain Kumps, de Kepler Cheuvreux. Parmi les acteurs immobiliers dont les cours affichent encore du retard, Atenor bénéficie d’une recommandation d’achat de Kepler. "À 1,4 fois la valeur comptable et avec un rendement sur fonds propres de 15% attendu ces trois prochaines années, l’action Atenor peut être considérée comme bon marché. Le pipe-line de projets est impressionnant", conclut l’analyste.

Les propriétaires de maisons de repos Care Property Invest et Aedifica n’ont pas non plus comblé leur retard. Ces actions bénéficient du plus grand nombre de recommandations d’achat du secteur (en dehors de QRF et de Banimmo, qui ne sont suivies que par une seule maison de bourse). "Care Property est injustement pénalisée par rapport à ses consœurs Aedifica et Cofinimmo", estime Wido Jongman, de KBC Securities. "Les chiffres n’ont pas souffert de la crise sanitaire et les risques liés à la pandémie sont en train de disparaître. Care Property mérite de se retrouver sur notre liste d’actions préférées." Aedifica bénéficie également d’une recommandation d’achat de KBC.

Proximus versus Telenet

Le secteur belge des télécommunications affiche des résultats particulièrement médiocres. Proximus a perdu 33% et Telenet a cédé 25%. Les investisseurs craignent que les deux entreprises ne doivent réaliser d’importants investissements au cours des années à venir pour moderniser leurs réseaux. Mais alors que Proximus n’obtient que de rares recommandations d’achat, 85% des analystes recommandent d’acheter Telenet.

Parmi les entreprises ayant le plus souffert de la pandémie, c’est Barco qui remporte le plus grand nombre de recommandations d’achat.

"Telenet est notre action préférée du secteur", explique Vivien Maquet, de Degroof Petercam. Au cours du premier trimestre, Telenet a affiché de meilleurs résultats qu’attendu grâce à des réductions de coûts, une baisse des impôts et d’abondants cash flows opérationnels. Grâce au télétravail, le besoin d’internet à large bande a fortement augmenté en Belgique. Telenet offre un dividende intéressant et régulier d’au moins 2,75 euros par action. Il est couvert par le flux de trésorerie et pourrait augmenter chaque année d’environ 2%. En outre, le rachat de Voo pourrait lui donner une dimension nationale et lui permettrait de vendre davantage de ‘packages’ grâce à sa filiale de téléphone mobile Base.

Parmi les entreprises ayant le plus souffert de la pandémie, c’est Barco qui remporte le plus grand nombre de recommandations d’achat. Mi-mai, Kepler Cheuvreux a rehaussé le rating du groupe, qui est passé de "conserver" à "acheter". Le carnet de commandes commence à se remplir, même si, fin mars, il se situait encore 10% en dessous du niveau de l’an dernier. Il faudra encore quelques années pour que les commandes de projecteurs de salles de cinéma, d’écrans pour salles de réunion ou de l’outil Clickshare retrouvent les niveaux d’avant-crise. La solidité du bilan et la croissance dans le secteur des écrans médicaux devraient garantir la rentabilité de Barco.

Roularta a déjà indiqué son intention de mettre sur le marché 1,5 million d’actions propres détenues en portefeuille lorsque le timing sera favorable.

Après la publication de ses résultats annuels, le rating de Roularta a bénéficié de deux révisions à la hausse. Le groupe de médias, qui détient 50% de la maison d’édition éponyme, a maintenu ses marges bénéficiaires grâce à une stricte maîtrise des coûts et à la vigueur du lectorat. Le chiffre d’affaires a reculé de 13%. Le marché de la publicité et les publicités toutes-boîtes sont toujours à la traîne. La reprise est attendue dans ce secteur ainsi que dans l’organisation d’évènements lorsqu’ils seront à nouveau autorisés.

Un retrait de la cote – comme l’espèrent certains investisseurs – semble peu probable. Roularta a déjà indiqué son intention de mettre sur le marché 1,5 million d’actions propres détenues en portefeuille lorsque le timing sera favorable. Si la famille De Nolf souhaitait retirer l’entreprise de la bourse, le groupe de médias détruirait plutôt ces actions.

En tant que fournisseur des secteurs hôtelier et des croisières, Jensen, le fabricant de systèmes de blanchisserie industrielle, a vu son chiffre d’affaires plonger de 26% l’an dernier, mais est resté rentable. Le carnet de commandes s’est contracté de 36%. Guy Sips, de KBC Securities, est le seul analyste bancaire à suivre l’action et conseille d’accumuler les actions. "Jensen a démontré sa capacité à s’adapter à une baisse de la demande et prévoit un retour à la normale en 2022. Entre-temps, l’entreprise – qui n’est pas endettée – devrait rester saine", estime l’analyste.

Regarder les bilans

La situation bilantaire permet de savoir quelles actions ayant souffert de la crise sont les plus susceptibles de rebondir rapidement. L’endettement élevé d’entreprises comme le fabricant de couches Ontex ou l’armateur Exmar explique en partie pourquoi elles continuent à souffrir. Celles qui étaient en bonne santé et disposaient d’un solide plan à long terme n’ont aucun souci à se faire.

La pandémie a poussé de nombreuses entreprises à faire preuve de créativité et à trouver d’autres sources de revenus. De nombreuses entreprises pourraient ainsi sortir renforcées de la crise, ce qui représente un tremplin pour tous les actionnaires.

Le résumé

  • La réouverture de l’économie devrait profiter davantage aux actions européennes qu’aux américaines, car l’Europe compte davantage d’entreprises cycliques.
  • L’Europe est moins chère que Wall Street, tandis que les entreprises européennes devraient, selon les analystes, afficher une forte croissance de leurs bénéfices.
  • De nombreuses actions devraient rattraper leur retard, car leurs bénéfices devraient rapidement se normaliser. Selon les analystes, on trouve parmi ces entreprises Heineken, ING et BNP Paribas.
  • Sur Euronext Bruxelles, 40 actions se négocient encore avec une décote de 10% par rapport à leur niveau de février 2020.

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