analyse

Galapagos s'attaque au médicament le plus vendu au monde

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Les médicaments les plus vendus au monde sont ceux contre les rhumatismes. Galapagos veut sa part de cet énorme gâteau. La biotech espère lancer son propre traitement en 2020. Son offensive va-t-elle réussir ?

Lors de la réception du Nouvel An, la confiance était palpable chez Galapagos . Et son patron, Onno van de Stolpe, a fait peu d’efforts pour tempérer l’optimisme. "Penser grand" est sa devise. Son médicament contre les rhumatismes se révélera vraisemblablement "supérieur", estime van de Stolpe.

Pourquoi un tel optimisme? En 2011, les résultats portant sur 36 patients atteints de rhumatismes sont tombés. Ils avaient reçu du filgotinib le traitement expérimental de Galapagos. Le bilan a été  "spectaculaire" selon le terme de  van de Stolpe. Le fait que l’étude ait été réalisée en Moldavie par manque d’argent, n’était pas vraiment un avantage. Mais les résultats furent si convaincants qu’ils ont attiré l’attention d’AbbVie . Galapagos a conclu un accord de collaboration avec le groupe américain pour financer la recherche.

Gilead

AbbVie et Galapagos ont travaillé ensemble pendant quelques années, mais ce rapprochement appartient au passé depuis quelque temps déjà. Pour mettre toutes les chances de son côté, Galapagos a sollicité l’aide du géant pharmaceutique Gilead . Sans ce soutien Galapagos partait battu d’avance dans la lutte qui agite ce secteur.

Avec Mento et Koken, la biotech dispose de deux vendeurs qui connaissent très bien le marché des médicaments contre le rhumatisme.

AbbVie est un groupe solide depuis des années grâce à l’Humira, le médicament contre le rhumatisme le plus vendu au monde. Avec des moyens similaires -également de la classe des inhibiteurs TNF alpha- d’autres grands groupes ont également conquis une belle part de marché. Ils attribuent, en grande partie, ce succès commercial au fait que leurs traitements ont énormément amélioré la vie de patients souffrant de maladies inflammatoires.

Mais les inhibiteurs TNF alpha n’ont plus le monopole. Une nouvelle classe de médicaments- les inhibiteurs JAK- qui opèrent à partir d’un autre schéma de fonctionnement ont fait leur apparition. C’est le cas du filgotinib de Galapagos.

Pilules

Un avantage de cette nouvelle classe, c’est qu’ils prennent la forme de pilules alors que les inhibiteurs TNF Alpha doivent être injectés. Cela peut représenter une différence de taille soutient van de Stolpe. "Des patients atteints de maladies chroniques ne veulent pas d’injections. Elles sont désagréables. Une pilule, c’est parfait."

Par rapport aux autres sociétés qui développent un inhibiteur JAK, Galapagos présente toutefois un gros désavantage : elle court derrière la concurrence. Deux groupes ont déjà un tel traitement sur le marché. Pour AbbVie, cela sera chose faite cette année. Galapagos pourra commercialiser le sien au plus tôt en 2020. Le risque existe que le gâteau soit déjà réparti.

6 milliards $
Filgotinib
Les prévisions les plus optimistes visent un chiffre d’affaires maximum de 6 milliards de dollars par année pour le filgotinib de Galapagos.

En plus, Galapagos doit tenir compte de retards pris aux Etats-Unis. Les autorités sanitaires ont demandé une étude complémentaire sur de potentiels effets négatifs du filgotinib sur la production de sperme. Le risque semble faible et les régulateurs européens ne le prennent pas au sérieux mais les Américains veulent être sûrs.

Van de Stolpe est convaincu que le filgotinib présente des effets secondaires moins graves que les autres traitements de la même classe. Une grande étude réalisée l’an dernier va dans ce sens ce qui a rendu Wall Street optimiste. Les prévisions les plus favorables visent un chiffre d’affaires maximum de 6 milliards de dollars par année pour le filgotinib. L’Humira atteint 20 milliards de dollars.

Les investisseurs attendent aussi avec intérêt les résultats de deux autres grands essais cliniques dont un compare le filgotinib à l’Humira.

Et maintenant vendre

Galapagos se met en ordre de marche pour la phase suivante de la lutte concurrentielle, celle de la vente. C’est dans cet objectif que son CEO a engagé, il y a un an et demi, Michele Manto comme chef de ventes. Manto vient d’AbbVie où il a été étroitement associé au succès commercial d’Humira.

Ce mois-ci, Galapagos a encore débauché un élément de choix chez son grand concurrent : Sabine Koken, un membre de la direction d’AbbVie Pays-Bas. Elle a reçu la responsabilité de l’organisation commerciale dans le Benelux. Avec Mento et Koken, la biotech dispose de deux vendeurs qui connaissent très bien le marché des médicaments contre le rhumatisme.

Leur attention sera aussi focalisée sur la fixation du prix. C’est une tâche délicate pour Galapagos dans la mesure où le prix des inhibiteurs TNF alpha ont connu une baisse spectaculaire en Europe l’an dernier. De quoi mettre la pression sur le prix d’introduction du filgotinib. Lors de la réception du Nouvel An, van de Stolpe a levé un coin du voile. Son prix ne sera pas très éloigné de celui des inhibiteurs JAK qui sont déjà sur le marché : 10.000 euros par patient et par année.

Mais les fans de Galapagos le savent : rien n’est plus dangereux pour une biotech que le lancement de son premier médicament. Dans la phase de développement, il y a encore de la place pour le rêve. Plus dans celle de la commercialisation.  

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