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analyse

L’offre sur Sioen est-elle sous-valorisée?

La CEO Michèle Sioen tente de convaincre les autres actionnaires de vendre leurs actions.

Plusieurs investisseurs professionnels estiment trop faible le prix de rachat des actions de l’entreprise textile Sioen proposé par la famille actionnaire.

"J’apprécie la bourse. J’apprécie les réunions d’analystes. Et j’apprécie l’interaction avec les analystes." C’est par ces mots que la CEO Michèle Sioen a démarré la vidéoconférence vendredi dernier. "La pression des analystes et de la bourse nous manquera."

La patronne de l’entreprise textile a poursuivi en expliquant en détail les raisons pour lesquelles elle préférait ne plus voir apparaître le nom de Sioen sur les écrans de cotation. Selon elle, la réglementation visant les entreprises cotées se durcit sans cesse, ce qui se traduit par un rapport annuel plus épais d’une vingtaine de pages lors de chaque exercice. Elle estime que le temps et le travail administratif que requièrent une cotation et les nombreux road-shows qui en découlent pourraient être consacrés à d’autres tâches. Mais ce qui lui reste surtout sur l’estomac est que la cotation boursière permet aux concurrents de l’entreprise d’Ardooie d’obtenir des informations très précieuses sur la stratégie de cet opérateur mondial dans son secteur.

"La pression des analystes et de la bourse nous manquera."
Michèle Sioen
CEO de Sioen

À travers le holding Sihold, la famille offre 23 euros par action Sioen, ce qui valorise le spécialiste en textile technique à 455 millions d’euros. Ce prix représente une prime de 29% par rapport au cours de clôture le 28 octobre dernier, la veille de l’annonce de l’offre.

Redressement boursier

"La prime semblait peut-être attrayante à ce moment-là, lorsque les bourses étaient encore plombées par le coronavirus. Entre-temps, les cours ont cependant fortement progressé, soutenus par l’annonce de la mise au point de vaccins efficaces et la perspective d’une reprise économique", fait observer un gestionnaire de patrimoine. Toutes les personnes participant à la vidéoconférence ont souhaité rester anonymes.

Depuis l’annonce de l’offre, l’indice Bel 20 a progressé de 26%. Les pairs sectoriels cotés en bourse – avec lesquels Sioen est comparé dans le prospectus de l’offre – ont performé encore mieux, avec une hausse moyenne de 37%. Il ne s’agit pas d’entreprises entièrement comparables, mais leurs activités recoupent toutes en partie celles de Sioen: dans le segment coating textile, les opérateurs français Chargeurs et Serge Ferrari, le tchèque PFNonwovens et l’américain Lydall. Concernant les vêtements de protection, on pointe l’australien Ansell, le français Delta Plus et l’américain Lakeland. Et pour la plus petite branche, les produits chimiques, c’est Holland Colours qui est repris comme référence.

"Les pairs sectoriels ont progressé beaucoup plus que Sioen. C’est absurde."
Un gestionnaire d'actifs

"Les pairs sectoriels ont progressé beaucoup plus que Sioen. C’est absurde", souligne un investisseur institutionnel. "C’est comme si quelqu’un avait fait il y a cinq mois une offre sur votre maison à 250.000 euros, que vous n’aviez pas signée, et qui revient à présent avec une offre au même prix alors que le prix de toutes les maisons en Belgique a bondi de plus d’un tiers. En outre, Sioen réalise une marge bénéficiaire qui se situe dans la moyenne supérieure de son secteur. La valorisation devrait être plus élevée."

Prévisions faibles

Les gestionnaires d’actifs s’interrogent aussi sur les prévisions relativement basses pour les prochaines années qui sont présentées dans le prospectus. Elles sont plus pessimistes que celles avancées par les analystes avant l’opération. Le prospectus indique une croissance du chiffre d’affaires de 1,6% par an pour les dix prochaines années, alors que les modèles des analystes ont intégré une croissance annuelle du chiffre d’affaires de 2 à 3%. La marge bénéficiaire d’exploitation retomberait à 6% alors que le consensus dans le passé prenait en compte une marge de 8 à 10%.

Lors de la présentation, il est apparu également que Sioen n’envisage pas que trop peu d’actionnaires répondent à l’offre, ce qui empêcherait le delisting de l’action. L’offre vient à échéance le 18 février.

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