Le Bel 20 connaît son pire mois en dix ans

©REUTERS

Les tensions commerciales, le Brexit, les tensions budgétaires entre l'Italie et l'Union européenne... Le cocktail de mauvaises nouvelles servi pendant le mois de mai est imbuvable pour les investisseurs. Les prises de bénéfice sont légion.

"Sell in May and go away..." C'est à croire que les investisseurs ont suivi à la lettre ce célèbre adage boursier cette année. Tous les grands indices actions de par le monde affichent au mois de mai leur pire performance annuelle. En Europe, le Stoxx 600  a lâché environ 6%, retombant à son plus bas niveau depuis la mi-février. Et on retrouve parmi les grands perdants... le Bel 20  . L'indice phare de la Bourse de Bruxelles a chuté d'environ 8,5%, ce qui représente sa plus importante baisse mensuelle depuis février 2009.

"Les avancées des derniers mois dans les relations sino-américaines n'étaient finalement qu'une illusion. La nouvelle salve de protectionnisme américain est une mauvaise surprise pour les économistes et les marchés financiers"
Laurent Clavel
responsable de la recherche chez AXA Investment Managers

C'est que le contexte économique et géopolitique a bien changé en quelques semaines. Tout commence le 5 mai dernier, lorsque le président américain Donald Trump a menacé la Chine de relever à 25% les tarifs douaniers appliqués sur 200 milliards de dollars de marchandises chinoises. "Tariff Man is back", s'alarment certains observateurs. Les marchés décrochent avant de progressivement réduire leurs pertes, passé l'effet de surprise. Car l'espoir d'un accord reste bien présent.

Washington sert, Pékin contre

Mais la diplomatie du ping-pong reprend de plus belle quelques jours plus tard. La Chine annonce le 13 mai son intention d'augmenter à son tour ses droits de douane sur 60 milliards de dollars de produits américains. Les investisseurs sont de plus en plus à cran. Selon un sondage réalisé par Bank of America Merrill Lynch, plus d'un tiers des personnes interrogées a adopté une stratégie de couverture contre une forte baisse des marchés actions à court terme. Du jamais vu.

D'autant que la situation se détériore encore davantage, le conflit se déplaçant sur le terrain technologique. Les Américains décident de mettre le géant chinois Huawei au ban. Ce qui déclenche une nouvelle riposte des Chinois cette semaine. Ils envisagent de limiter leurs exportations de terre rares vers les États-Unis. "Nous sommes contre la guerre commerciale, mais nous n'en avons pas peur", a répété jeudi le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Zhang Hanhui. Il parle même de "terrorisme économique" en évoquant la position américaine.

Les grands noms de la finance ne savent plus où donner de la tête. "Nous sommes dans un nouveau jeu. Trump a vraiment ouvert la boîte de Pandore", s'inquiète Mark Mobius. Et ils ne sont pas au bout de leurs surprises puisque le président américain a annoncé ce vendredi s'attaquer.... au Mexique. Pour contrer l'immigration clandestine, il souhaite relever ses taxes douanières sur toutes les importations mexicaines.

©Photo News

Le verre reste à moitié plein

Les marchés financiers doivent une nouvelle fois faire face à une vague de prises de bénéfice. L'enquête hebdomadaire de BofAML montrent que les fonds actions ont subi d'importantes sorties nettes ces derniers jours. En particulier les fonds investis en actions américaines. Mais les valeurs européennes ne font pas exception.

"Ce climat, auquel il faut ajouter le Brexit, ou la confrontation à venir entre l'Italie et la Commission européenne avec une amende de 3 milliards d'euros à la clef, alimente l'aversion au risque qui pèse sur les Bourses mondiales". Aux États-Unis, cela provoque la ruée vers les obligations, (...) faisant craindre à terme une inversion de la courbe, facteur annonciateur à plus long terme d'une récession si rien n'est fait".
Franklin Pichard
directeur général de Kiplink Finance

Les analystes sont pourtant encore optimistes quant à la performance des actions. Selon un sondage réalisé par l'agence Reuters, 15 des 17 plus grands indices mondiaux devraient finir l'année au-dessus de leurs niveaux de clôture de la semaine dernièreEn Europe, le Stoxx Europe 600  pourrait même atteindre 380 points fin 2019. Ce qui donnerait un bond de 12,5% sur l'ensemble de l'année et représenterait sa plus forte progression annuelle depuis 2013.

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