Les entreprises familiales distribuent de généreux dividendes

Spadel, parmi les entreprises généreuses avec leurs actionnaires ©Anthony Dehez

Les entreprises belges cotées ont affiché une belle santé en 2018, du moins si nous ne tenons pas compte d’AB InBev, dont les résultats sont plutôt décevants. Les entreprises familiales tiennent le haut du pavé. Grâce à leur bilan solide, elles disposent de moyens suffisants pour investir dans leur croissance et distribuer de généreux dividendes.

Malgré le ralentissement de la croissance économique et les fortes corrections boursières des derniers mois, les entreprises belges cotées ont enregistré une belle année 2018. Deux tiers d’entre elles ont augmenté leur chiffre d’affaires. Bien entendu, tout le monde n’a pas réussi à faire face aux vents contraires, et seules 57% des entreprises cotées affichent un bénéfice net en hausse. Les actionnaires pourront donc sabrer le champagne à l’issue des assemblées générales qui se tiendront prochainement. Car deux entreprises sur trois distribuant un dividende ont décidé de chouchouter leurs actionnaires en augmentant le coupon et 24% des entreprises gardent leur dividende inchangé. À peine 10% d’entre elles ont dû réduire voire supprimer le dividende.

Comme toujours, le géant AB InBev fausse les résultats globaux. Le plus grand groupe brassicole au monde représente 41% du chiffre d’affaires total des sociétés industrielles belges et 25% des bénéfices de toutes les entreprises cotées. Le mammouth louvaniste a dû faire face à la crise dans les pays émergents et au recul de devises telles que le real brésilien, le peso mexicain et le rand sud-africain. Même si ces populations n’ont pas réduit leur consommation de bière, AB InBev a malgré tout enregistré une baisse de 7% de son chiffre d’affaires et de près de 50% de son bénéfice net, convertis en euros. Conséquence: le bénéfice net cumulé de l’ensemble des sociétés belges cotées a baissé de 11% à 16,3 milliards d’euros. Si nous excluons AB InBev, il a augmenté de 12,8% à 12,5 milliards d’euros, et le chiffre d’affaires de 6,1% (+ 0,2% à peine si l’on inclut AB InBev).

"Les dividendes ont toujours été relativement bas et il est temps d’y remédier. Resilux pourrait progressivement devenir une action à dividende."

Les amateurs de bière qui comptaient sur le dividende de leur brasseur préféré pour financer leur pack de Leffe, de Stella ou de Tripel Karmeliet en seront pour leur frais. AB InBev a réduit son dividende de 50%, ce qui représente une économie de 3,63 milliards d’euros pour le groupe. Avec ce montant, il serait presque possible de s’offrir Elia. Mais la plupart des autres entreprises ont décidé de choyer leurs actionnaires. Si l’on exclut AB InBev, les sociétés belges cotées distribueront cette année 6,3 milliards d’euros aux actionnaires, ce qui représente une hausse de 21%. Ce bond remarquable s’explique en grande partie par les grands groupes comme KBC (+17%), Barco (+10%), Umicore (+7%) et Solvay (+4%), mais aussi par le premier dividende en cinq ans distribué par Telenet (583 millions d’euros). On trouve aussi des redistributions plus que généreuses chez D’Ieteren, après la vente partielle du réparateur de vitrages automobiles Belron, et chez le groupe de médias Roularta, après la cession de Medialaan.

Le rendement moyen du dividende des entreprises qui distribuent un coupon se monte à 4,3% brut. Si nous excluons les dividendes exceptionnels, le taux est de 3,5% brut ou 2,45% net. Les bilans permettent aux entreprises de se montrer généreuses. Avec un taux d’endettement de 49% et un ratio de distribution de 50% – si l’on exclut AB InBev – la plupart des entreprises affichent une excellente santé. Plus l’endettement et le pourcentage de redistribution sont faibles, plus la pérennité est assurée.

Générosité

On ne peut qu’être frappé par la générosité des entreprises familiales. Les coupons de firmes comme Resilux, Lotus Bakeries, Texaf, VGP, Spadel, Sioen, Brederode ou Miko affichent une croissance à deux chiffres. La famille Moury met les petits plats dans les grands en décrétant un "double coupon" pour célébrer le centenaire de l’entreprise de construction Moury Construct. Il est clair que les entreprises de taille moyenne ont aujourd’hui tendance à se montrer moins économes et à distribuer une plus grande part de leurs bénéfices. "Les dividendes ont toujours été relativement bas et il est temps d’y remédier. Resilux pourrait progressivement devenir une action à dividende", a indiqué son CEO Dirk De Cuyper.

Le fabricant de bouteilles en PET augmente son coupon de 50%, ce qui représente la plus forte hausse de toutes les entreprises. Ce dividende devrait servir de référence pour l’avenir. "Nous avons très peu de dettes et nous avons atteint suffisamment de maturité pour continuer à investir des sommes importantes et à grandir, tout en rétribuant nos actionnaires", a expliqué De Cuyper. Et les chiffres lui donnent raison: le taux d’endettement ne dépasse guère 22%, et Resilux ne distribue actuellement qu’un tiers de son bénéfice net.

4,3%
Le rendement moyen du dividende des entreprises qui distribuent un coupon se monte à 4,3% brut.

En termes de chiffres, le bilan de Resilux est très comparable à celui de Lotus Bakeries. Le fabricant de biscuits augmente lui aussi son dividende de près de 50%. Même le holding Brederode a changé son fusil d’épaule. Après ses solides résultats et la hausse modérée de son dividende au cours des dernières années, Brederode a décidé cette fois de l’augmenter de 11%. Mais la plus grande surprise est venue de Smartphoto, qui distribue un dividende pour la première fois depuis 2004.

C’est chez Barco que les investisseurs se sont montrés les plus euphoriques: le spécialiste de la projection d’images a clôturé la semaine avec une forte hausse après l’annonce d’une augmentation de 20% de ses résultats annuels. La croissance du cash flow (+16%) est plus forte qu’attendu, et la marge bénéficiaire de 12,1% a aujourd’hui atteint l’objectif que le groupe courtraisien s’était fixé pour 2020. Barco, riche en cash, augmente aussi son dividende de 10%. Les cours de D’Ieteren, IBA, bpost et du petit acteur actif au Congo Texaf ont bondi après la publication de leurs résultats. Texaf augmente son coupon de près de 20% pour la douzième année consécutive grâce à la forte demande pour des habitations de luxe sécurisées à Kinshasa.

©Mediafin

Les bénéfices ne disent pas tout

Les dividendes et autres chiffres pris séparément ne suffisent cependant pas pour évaluer une action. Une analyse de toutes les tendances sous-jacentes est nécessaire pour se faire une opinion. Par exemple, une baisse des bénéfices n’est pas nécessairement négative. Le groupe Miko, spécialisé en café et en plastique, a notamment vu son bénéfice après impôts baisser de 18%, mais ce recul s’explique surtout par des décisions prises par l’entreprise. Tout d’abord, elle a repris le groupe danois de café Maas (en perte). Miko n’a déboursé que 1 euro, mais a promis de réaliser les investissements nécessaires pour que l’entreprise retrouve sa rentabilité dans les deux ans.

La baisse de 18% du bénéfice après impôts de Miko s’explique par des décisions prises par l’entreprise.

Jusqu’à présent, Maas pèse sur les marges. Par ailleurs, Miko a beaucoup investi dans les nouvelles technologies pour un important contrat dans la division plastique, qui ne générera des revenus qu’au cours du second semestre de cette année. Selon Miko, toutes ces décisions devraient donner un coup de pouce aux résultats au cours de l’année. L’entreprise est suffisamment confiante pour augmenter son dividende de plus de 10% et ce, pour la septième année consécutive. Elle peut se le permettre, car elle ne distribue que 25% des bénéfices, et avec un taux d’endettement de 1,3 fois le cash flow, elle affiche une excellente santé et dispose d’une marge de manœuvre suffisante pour financer cette année des investissements de près de 20 millions d’euros.

Déceptions

Bien entendu, certaines entreprises ont déçu, sans pour autant afficher des résultats catastrophiques. En plus d’AB InBev, seul un nombre limité d’entreprises ont dû réduire leur coupon après une année 2018 décevante.

Chez le producteur de couches Ontex et la société spécialisée en fil d’acier Bekaert, ce recul était attendu. Ontex a souffert du prix élevé de la pâte à papier, de la forte concurrence et de la crise monétaire dans les pays émergents. Même si l’action a augmenté suite à une amélioration au Brésil, où de nombreux cadavres ont été sortis des placards lors de la reprise d’Hypermarcas.

Bekaert a dû faire face aux conséquences de la guerre commerciale, d’une concurrence féroce et de l’important recul des ventes automobiles, qui a réduit les besoins en pneumatiques.

Sipef rabote son coupon de deux tiers, ce qui est une conséquence logique de sa stratégie, qui vise à distribuer 30% des bénéfices. Ceux-ci ont également baissé de deux tiers suite aux prix bas de l’huile de palme et à de fortes pluies à Sumatra. Sur le plan bilantaire, Sipef est sain, ce que nous ne pouvons pas dire du fabricant de tapis Balta ni du producteur de fruits et de légumes Greenyard, qui ont carrément supprimé leur dividende.

Le producteur de plomb et d’antimoine Campine réduit son coupon de 20%. Les prix se sont retrouvés sous pression au cours du second semestre de l’année. Résultat: la hausse (limitée) des volumes n’a pas suffi pour entraîner le chiffre d’affaires et le bénéfice vers le haut. Entre-temps, on constate une meilleure corrélation entre les prix des anciennes batteries et autres déchets de plomb – qui sont la base des activités de recyclage de Campine – et ce que l’entreprise obtient pour le plomb sur le marché. Comme promis, le dividende est maintenu chez bpost, mais il faut se préparer à un recul important l’an prochain.

Cette année, les investisseurs devront naviguer avec moins d’indications de la part des entreprises. Van de Velde a décidé de ne plus donner d’estimation de résultats futurs. EVS a supprimé l’annonce trimestrielle de ses résultats complets, et la remplacera par un bref "update". D’autres entreprises comme Umicore, Lotus, Colruyt, Resilux etc. avaient déjà décidé de ne plus publier des résultats trimestriels détaillés.

Les champions de la cote bruxelloise
Materialise sort du rouge

Pour la première fois depuis 2014, l’imprimeur 3D louvaniste Materialise peut inscrire son bénéfice net en noir au lieu de rouge, même s’il reste modeste. Les plus-values faussent le résultat de Roularta, D’Ieteren et Home Invest, mais sur base du bénéfice "courant" – abstraction faite du cas particulier que représente la Banque Nationale – on ne peut qu’être frappé par le cours avantageux de l’action du groupe technologique liégeois EVS.

Texaf et la mine d’or de Kinshasa

La faible valorisation d’EVS s’explique par la tempête qui souffle actuellement sur son cours de Bourse. Malgré tout, les Liégeois affichent une solide marge bénéficiaire (24%) en cette année difficile. Idem pour AB InBev, qui engrange les meilleures marges de son secteur. Le champion est Texaf, qui dispose d’une mine d’or avec ses projets immobiliers dans le quartier des ambassades à Kinshasa.

Le matelas d’X-Fab

Telenet s’est davantage endetté pour distribuer 600 millions d’euros à ses actionnaires. À l’instar d’AB InBev et d’Elia, le groupe de télécoms affiche un cash flow solide et stable qui lui permet de continuer à financer cette dette. Chez X-Fab, le cash flow est sous pression à cause de la crise aiguë qui frappe le secteur automobile, mais grâce à la solidité de son bilan, le fabricant de puces électroniques dispose d’un solide matelas pour amortir l’impact de la crise.

KBC réduit l’écart

AB InBev a connu une année 2018 difficile, mais le plus grand groupe brassicole au monde affiche de loin le plus important bénéfice d’Euronext Bruxelles. Grâce à un bénéfice stable, KBC se rapproche dangereusement du géant. Soulignons également que le holding Sofina a dépassé GBL grâce à un cru 2018 exceptionnel.

KBC réduit l’écart – bis

Même si AB InBev réduit son dividende de moitié, le groupe continue à distribuer pratiquement la totalité de son bénéfice net. Ici encore, KBC se retrouve sur les talons du groupe brassicole. Grâce à son épais matelas de capitaux, le groupe de bancassurance peut se permettre de distribuer à ses actionnaires 60% du bénéfice au lieu de 50%. Résultat: le coupon augmente de 17%.

Dividendes (trop) élevés mais pas réguliers

Si vous voulez devenir riche, ne comptez pas trop sur un généreux dividende de bpost: le groupe postal a annoncé qu’il devrait le réduire cette année. Pour le dividende de l’exercice 2018, bpost a dû distribuer la totalité de son bénéfice net. Les solides coupons de Roularta, D’Ieteren et Telenet sont également exceptionnels et ne pourront être reproduits chaque année, même si le CEO de Telenet John Porter a indiqué qu’à partir de cette année, son groupe pourrait distribuer un dividende modeste certes, mais "régulier".

 

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect