Les maux d'Ahold Delhaize

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Le broker Berenberg persiste et signe: les investisseurs doivent vendre l'action du distributeur belgo-néerlandais. Outre des ajustements comptables, il souligne la concurrence accrue aux États-Unis et en Belgique.

"Cessez de croire que l'action Ahold Delhaize   est bon marché par rapport à ses pairs". Tel est en substance le message délivré par les analystes de Berenberg dans leur dernier rapport sur la société de distribution.

17,70 euros
Berenberg, le plus pessimiste sur AD
Berenberg donne un objectif de cours de 17,70 euros pour Ahold Delhaize, ce qui est le niveau le plus bas parmi les analystes qui suivent la valeur. L'objectif de cours moyen est de 22,90 euros.

Selon eux, les investisseurs devraient faire quelques ajustements quand ils évaluent la structure du capital et la profitabilité de l'entreprise néerlandaise. Et de pointer notamment des dettes bancaires et des obligations de pension. "En prenant en compte ces éléments, le titre se négocie avec une prime d'environ 15% par rapport à Carrefour   et Tesco, malgré un ralentissement sensible des bénéfices et des coûts exceptionnels nettement plus élevés (1 milliard d'euros ces dernières années pour Ahold Delhaize)", expliquent les analystes de la banque d'investissement allemande. C'est pourquoi ils ont réitéré leur recommandation à "vendre", tout en abaissant leur objectif de cours à 17,70 euros contre 18,20 euros auparavant. Cela sous-entend un potentiel baissier d'environ 20% par rapport au cours de clôture de lundi.

Un avis en totale divergence avec la plupart des analystes, qui préconisent d'"acheter" ou de "conserver" la valeur avec un objectif de cours moyen de 22,90 euros, et l'évolution même de l'action ces dernières années. Ahold Delhaize a gagné plus de 50% en Bourse depuis son point bas atteint fin août 2017, à 14,80 euros. Une tendance haussière qui a d'ailleurs trouvé un second souffle en novembre suite à la publication de solides résultats trimestriels.

→ Lire notre article : Delhaize a de nouveau le vent en poupe

Un ralentissement des bénéfices aux États-Unis?

Pourquoi donc Berenberg persiste à conseiller aux investisseurs de vendre l'action, et ce depuis le début? "Quand nous avons démarré le suivi de la valeur en août 2018, nous nous sommes focalisés sur le sous-investissement dans Stop & Shop et Giant, des bannières américaines d'Ahold Delhaize", rappellent les analystes. "Notre point de vue n'a pas changé depuis. La direction pourrait décider de réaliser des investissements cosmétiques aux États-Unis, auquel cas nous nous attendons à une accélération de la sous-performance like-to-like et à une croissance négative des volumes avec un désendettement opérationnel". Quand bien même le groupe néerlandais investirait massivement, ils craignent pour les attentes du marché au second semestre et au-delà.

"La côte est des États-Unis devient progressivement l’un des endroits les plus compétitifs pour le secteur américain de la distribution, avec l'arrivée des discounters (Aldi/Lidl) et Amazon/Whole Foods"
Berenberg

Ils estiment que la côte est des États-Unis - où est implanté Ahold Delhaize et qui représente environ 60% de son chiffre d'affaires - n'est plus l'endroit idyllique, à faible concurrence, comme certains le pensent. De nouveaux entrants ont fait leur apparition. Ils investissent agressivement dans leur offre et gagnent des parts de marché. "La région est en train de devenir l’un des endroits les plus compétitifs pour le secteur américain de la distribution, avec ses discounters et Amazon/Whole Foods qui amplifie la concurrence entre Walmart, Kroger, les magasins spécialisés et les épiceries", avertissent les analystes de Berenberg. Ils craignent qu'Ahold Delhaize soit plus durement touché compte tenu du chevauchement géographique.

Les bons résultats affichés par l'entreprise aux États-Unis en 2018 seraient donc de l'histoire ancienne. Les analystes indiquent d'ailleurs qu'ils avaient été portés par des événements exceptionnels comme les ouragans qui avaient poussé les consommateurs à faire des réserves. Plus important encore, ils s'inquiètent du potentiel ralentissement de la dynamique de marché. "Si la dynamique du marché de l'épicerie ralentit aux États-Unis, passant de 3 à 4% en 2018 à sa moyenne historique long terme (de 2,0 à 2,5%), les activités américaines d'Ahold Delhaize pourraient retomber dans le rouge comme nous l'avons vu au premier semestre."

Gare à Jumbo

Qui plus est, la situation dans le Benelux est guère plus réjouissante.  "Les Pays-Bas sont généralement considérés comme le pays le plus stable du portefeuille mondial du groupe. Cependant, les données de 2018 ont montré que la part de marché d’Ahold avait diminué au rythme le plus rapide depuis le début des années 2000" En cause, la montée en puissance de son principal concurrent, Jumbo. Qui débarque cette année en Belgique...

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