Panne de moteur pour Tessenderlo et Picanol

©REPORTERS

Les deux groupes dirigés par l'homme d'affaires Luc Tack ont présenté ce jeudi des prévisions plombées par un environnement difficile. Les analystes restent prudents sur ces deux actions qui ont perdu environ 30% en un an et demi.

Bougies, gâteau, guirlandes... tout est prêt pour célébrer le centenaire de Tessenderlo  . L'heure n'est pourtant pas à la fête. Après avoir lancé un avertissement sur résultats en août dernier, le groupe chimique se prépare à vivre encore des moments difficiles. "Le groupe tient à souligner qu’il évolue actuellement dans un environnement politique, économique et financier instable", explique-t-il en guise de perspectives pour l'exercice en cours. Certes, la société s'attend à un Ebitda ajusté (Rebitda) supérieur à celui de l'an dernier (177,8 millions d'euros). Mais de préciser: "les résultats réels peuvent différer considérablement."

Luc Tack, CEO de Tessenderlo et Picanol ©Reporters / GYS

Les analystes ne sont guère plus optimistes. Chez KBC Securities, Wim Hoste table sur une progression de 30% du Rebitda en 2019, à 231,6 millions. "Nous pensons que Tessenderlo est confronté à des comparables assez favorables pour le premier trimestre 2019 (les mauvaises conditions météorologiques ont entraîné un démarrage tardif de la saison agroalimentaire de l’année dernière)". Le groupe peut également compter sur la pleine contribution de T-Power (racheté en octobre dernier), qui est évaluée à 50 millions d'euros cette année, et l'implémentation des nouvelles normes comptables IFRS16 sur les contrats de locations, qui pourrait provoquer une hausse supplémentaire de 20 millions du Rebitda.

De son côté, Nathalie Debruyne (Degroof Petercam) est plutôt sceptique. "Le consensus tient actuellement compte d'une croissance de l'EBITDA proche de 10% à périmètre constant, ce qui pourrait paraître trop optimiste compte tenu des tendances en 2018 et des perspectives prudentes". L'analyste pense qu'une révision à la baisse de la croissance à environ 5% "ne peut pas être exclue".

Pas assez d'engrais

La pierre d'achoppement, c'est en fait la division Agro dont l'Ebitda ajusté a reculé de 3,7% en 2018 par rapport à l'année précédent (mais a augmenté de 0,3% si l'on ne tient pas compte des effets de change). "À ce stade, nous avons une visibilité très limitée sur les perspectives d'Agro ST", déplore Nathalie Debruyne. "Cette activité était initialement le moteur de la croissance du groupe sur le long terme, mais elle semble prendre beaucoup plus de temps que prévu pour contribuer de manière significative" aux résultats du groupe, relève l'analyste de Degroof Petercam. Elle signale d'ailleurs que les nouvelles capacités n'apportent pas encore de contribution positive nette.

"Nous restons quelque peu préoccupés par la concurrence à venir pour les activités américaines d'Agro"
Wim Hoste
analyste chez KBC Securities

Des inquiétudes partagées par Wim Hoste. "Nous restons quelque peu préoccupés par la concurrence à venir pour les activités américaines d'Agro", écrit-il  à la fin de sa note. C'est pourquoi les deux analystes ont maintenu leur recommandation à "conserver". "Nous ne voyons aucune raison d'être plus positif" sur la valeur, conclut Nathalie Debruyne. Son objectif de cours, qui reste pour l'instant à 35 euros, pourrait être revu à la baisse prochainement.

Un contexte difficile

-25%
Des prévisions en nette baisse
Le groupe Picanol s'attend à une chute de 25% de ses revenus pour la première partie de 2019.

Sa société soeur Picanol   - elles sont toutes les deux dirigées par Luc Tack -est également dans de beaux draps. "Pour 2019, le groupe prend en compte le ralentissement du marché mondial des machines à tisser. Cela est dû au climat macroéconomique et géopolitique actuel, dans lequel les clients sont plus prudents et où les décisions d'investissement pourraient être retardées ou reportées", prévient son management dans le rapport annuel. Il s'attend donc à une baisse d'environ 25% de ses revenus pour le semestre en cours. De tristes perspectives quand on sait qu'il y a pas si longtemps que cela, en 2017, Picanol a connu la meilleure année de son histoire.

Pour Guy Sips (KBC Securities), cette dichotomie s'explique par la structure même du groupe. "La dépendance de Picanol au marché cyclique du textile s'est réduite en raison de la contribution accrue de la division Industries et de Tessenderlo Group aux résultats". Il souligne par ailleurs que durant le second semestre 2018, les incertitudes géopolitiques en hausse sur les marchés ont causé un ralentissement de la demande pour les machines à tisser.

En découlent donc les prévisions peu réjouissantes pour l'exercice en cours. Prévisions qui ont d'ailleurs poussé l'analyste a abaissé son objectif de cours. Celui-ci passe de 115 à 110 euros. Sa recommandation est toutefois maintenue à "accumuler".

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