analyse

Une mauvaise année pour le Bel 20

©Dries Luyten

L’indice a reculé de 19,33% depuis janvier. Argenx a gagné 58%, et sur le marché élargi, Mithra a pris 87%. Deux performances dans un océan de rouge.

Le Bel 20 a connu la troisième plus mauvaise année de son histoire en 2018. Il a reculé de 19,33%, plus qu’en 2011, au moment de la crise de la dette souveraine en Europe. Il n’égale toutefois pas la plus forte chute de son histoire. En 2008, en plein pendant la crise financière, qui a durement touché la Belgique, l’indice avait reculé de 53%. De plus, l’évolution du Bel 20 s’est déroulée en deux temps. L’indice a touché un plus haut de 4.176,88 points le 22 janvier de cette année, mais a ensuite battu en retraite. Par rapport à son dernier sommet, l’indice a lâché plus de 23%, et s’inscrit dans un marché baissier.

Au sein de l’indice, seules quatre valeurs ont terminé sur une performance positive sur l’année. La biotech argenx signe la meilleure progression annuelle du Bel 20, avec un gain de 58,61%.

L’année, surtout le premier trimestre, a été marquée par des annonces de rachats dans le secteur. Ablynx a été racheté par Sanofi, et TiGenix est passé dans le giron du laboratoire japonais Takeda. La valeur est entrée dans le Bel 20 cet été, lors de la révision annuelle de l’indice, pour remplacer Ablynx qui a été radié de la cote à cause de son rachat par Sanofi. Argenx a également profité de bonnes annonces dans ses essais cliniques. Mais elle a surtout consolidé sa trésorerie avec plusieurs opérations importantes. En septembre, elle a clôturé une offre publique pour 300,6 millions de dollars en émettant 3.475.000 ADS (american depositary shares) à un prix de 86,50 dollars par ADS. Au mois de décembre, la biotech gantoise a reçu 300 millions du groupe pharmaceutique Janssen Pharmaceutica pour le développement et la commercialisation d’un médicament contre la leucémie aiguë, le cusatuzumab. Par ailleurs, les analystes de Bloomberg estiment que la biotech peut être une cible pour une acquisition à cause de sa valorisation.

Le groupe de distribution Colruyt a pris 41,7% depuis le début de l’année, faisant fi de l’avis des analystes. Sur les dix-huit spécialistes qui suivent la valeur, treize ont conseillé de vendre et cinq de la conserver. Le consensus n’était pas favorable pour l’action au début de l’année. Les analystes craignent un environnement concurrentiel en augmentation, qui serait néfaste pour Colruyt mais aussi pour les autres distributeurs. Pourtant, le groupe a traversé l’année sans encombre. Il a publié en décembre d’excellents résultats pour son premier semestre décalé, en augmentant sa part de marché. Toutefois, chez Degroof Petercam, Ferdinand de Boer a souligné le caractère défensif de Colruyt qui peut jouer un rôle de valeur refuge dans le contexte agité des marchés.

Sofina a gagné 24,1% depuis janvier. La progression du titre s’explique notamment par la contribution du spécialiste indien du commerce électronique Flipkart, dont le holding a vendu les parts lorsque l’acquisition de la majorité du capital de la société indienne par Walmart a été actée en août. Mais lors de la présentation de ses résultats du premier semestre en septembre, Sofina s’est dit prudent pour le reste de l’année en raison des incertitudes de marché. Le holding a clôturé son exercice le 31 décembre, mais il avait refusé de donner une estimation.

La dernière société du Bel 20 à terminer sur une performance annuelle est UCB . Le titre a gagné 8%. Son pipeline de nouveaux produits, dont le rozanolixizumab, est vu par le marché comme un moteur de croissance pour le titre.

Dans le bas du tableau, bpost signe la pire performance de l’indice, avec un recul annuel de 70,1%. Le groupe a déçu le marché avec ses résultats, trimestre après trimestre, et souffre notamment de sa filiale de commerce en ligne américaine, Radial. Les analystes estiment que vu les prévisions de croissance de bpost, la société devrait diminuer son dividende. Toutefois, vu la descente aux enfers du titre, les analystes de RBC Capital estiment que l’action est trop descendue, ce qui signifie qu’en 2019, elle pourrait rebondir. Mais ils sont minoritaires parmi les analystes, qui conseillent en majorité de conserver le titre.

AB InBev a lui dû couper dans son dividende. Lors de la présentation de ses résultats trimestriels en décembre, le groupe brassicole a annoncé une réduction de 50% de son dividende brut. Il a décidé de s’attaquer à son endettement de 95 milliards de dollars, en prenant des mesures pour le réduire. Durant l’année, les investisseurs se sont inquiétés des sociétés cotées les plus endettées. L’endettement d’AB InBev a fait revoir sa note à la baisse chez Moody’s.

Ralentissement économique

Les valeurs liées au cycle économique ont également souffert avec le ralentissement conjoncturel et le recul des prix des matières premières. Les banques KBC et ING ont perdu 21 et 39% respectivement, alors qu’Aperam et Solvay ont souffert du recul des prix des ressources de base (-48% et -25% respectivement).

Ontex a perdu 38% sur l’année. Le titre a souffert de la hausse des prix de la pâte à papier, sa matière première pour la fabrication des couches.

"Mithra peut devenir un nouveau Bayer."
Francois Fornieri
CEO de Mithra

Les valeurs télécoms ont elles pâti de la décision du gouvernement belge d’ouvrir le marché à un quatrième opérateur.

Hors du Bel 20, Mithra affiche la meilleure progression (+ 90%) de la Bourse de Bruxelles cette année. La société a signé plusieurs accords de licence exclusive pour la commercialisation de sa pilule contraceptive Estelle au Canada et en Russie ainsi qu’en Europe. Toutefois, au dernier trimestre, le titre a inversé la tendance. Les investisseurs ont pris leurs bénéfices sur l’action après sa forte progression.

La plus forte baisse du marché élargi revient à Nyrstar , dont les problèmes de financement ont inquiété les investisseurs. Les analystes conseillent de rester à l’écart de la société, en raison de son manque de visibilité. Le titre a perdu 92% sur un an.

Avantium s’est également retrouvé en difficulté cette année suite au retrait de BASF de la joint-venture Synvina, créée pour développer un plastique biologique. Dès le mois de janvier, la spin-off du groupe Shell avait annoncé des retards dus à des problèmes dans l’usine pilote. Le groupe se retrouve désormais en difficulté pour continuer seul l’aventure Synvina. Le titre a reculé de 71,71% depuis le début de l’année.

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