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Voici les actions belges préférées pour le second semestre

©REUTERS

Pour la seconde moitié de l’année, les analystes misent sur la reprise de quelques actions stars déchues. Ils croient également au potentiel de Kinepolis, une mid-cap en forte croissance.

Les maisons de Bourse belges restent prudentes pour le second semestre de l’année. Les incertitudes relatives aux conséquences de la guerre commerciale érodent la confiance des entreprises et des ménages, ce qui met la croissance économique sous pression. Cette situation a un impact sur les préférences des analystes. Les secteurs souffrant davantage de la guerre commerciale comme l’automobile et les semi-conducteurs sont tombés de leur piédestal. Résultat visible: le grand vainqueur de l’an dernier, Melexis, ne fait plus partie de la liste des actions préférées.

Les analystes estiment que de nombreuses actions ont été suffisamment pénalisées et voient des opportunités d’achat se profiler pour les investisseurs à long terme.

Malgré tout, les analystes boursiers estiment que de nombreuses actions ont été suffisamment pénalisées et voient des opportunités d’achat se profiler pour les investisseurs ayant une vision à long terme, même s’ils conseillent de ne pas oublier de reprendre en portefeuille certaines entreprises défensives. Comme nous le faisons tous les six mois, nous avons demandé à 14 équipes d’analystes de citer leurs cinq actions préférées, dans leur ordre de préférence. Au total, 32 actions belges ont été citées, de nombreux noms se retrouvant sur plusieurs listes. Aperçu des dix "gagnants".

1. AB InBev

Ceux qui ont acheté l’an dernier les 10 actions préférées belges pour 2019 ont engrangé six mois plus tard un rendement de 18,5%, dividendes nets inclus. Ce rendement est presque le double de celui du Bel 20 Net Return Index.

Le choix d’AB InBev (+39%) et de Barco (+85%) a fait mouche, tandis qu’Umicore (-19%) fut le seul faux pas. Les actions préférées étrangères ont également tenu leurs promesses, avec une hausse moyenne de leurs cours de 13,2%, convertis en euros.

Ce résultat est également très supérieur au Bel 20, mais un peu moins bon que l’indice MSCI World Euro (+17%), un indice qui fait la part belle à Wall Street.

Le plus grand groupe brassicole au monde avait déjà remporté la médaille d’argent lors de notre enquête de décembre dernier, et se hisse aujourd’hui sur la plus haute marche du podium. Il remporte la mise sur base des points obtenus, car les numéros deux et trois recueillent un nombre équivalent de nominations. Six des 14 maisons de Bourse reprennent AB InBev sur leur liste d’actions chouchous. Ceux qui ont suivi les conseils de ces analystes fin 2018 ont fait une bonne affaire car depuis lors, l’action a gagné plus de 33%. Cela démontre que le groupe brassicole a retrouvé les faveurs des investisseurs après une dégelée de 38% subie en 2018. Malgré tout, le cours se situe encore loin de son sommet de 123 euros affiché en 2015.

"Le mouvement de reprise est lancé et n’est pas terminé", indiquent plusieurs analystes. Ils soulignent avant tout qu’AB InBev a entendu les craintes du marché par rapport à son niveau élevé d’endettement. Après la réduction de 50% du dividende, l’introduction en Bourse imminente de sa branche asiatique devrait accélérer la réduction de l’endettement. La mise en Bourse de 30% des actions de cette division – estimée à près de 45 milliards de dollars – devrait rapporter 13,5 milliards de dollars à sa maison mère.

Van Lanschot se dit optimiste envers les résultats opérationnels du groupe. "La hausse de 5,9% du chiffre d’affaires – à périmètre inchangé – au cours du premier trimestre est meilleure que la croissance attendue de 5,1%. AB InBev a non seulement augmenté ses ventes, mais aussi ses prix. Le volume du marché brésilien affiche une hausse de 11,2%, et en Europe, le chiffre d’affaires augmente de 5%. Aux Etats-Unis, la part de marché du groupe s’est stabilisée. C’est le meilleur résultat en sept ans sur ce marché important, mais difficile."

"Le mouvement de reprise est lancé et n’est pas terminé."

Presque tous les analystes soulignent le palmarès impressionnant du groupe, qui contrôle pas moins de 27% du marché mondial de la bière. "AB InBev a mis en place une stratégie claire et a démontré à plusieurs reprises qu’il était un ‘top-executor’, explique Leo Stevens & Cie. Le prix de l’acquisition de SABMiller était élevé, mais elle a ouvert de nombreuses portes à AB InBev vers des marchés émergents comme l’Afrique."

Enfin, Degroof Petercam souligne la valorisation intéressante du groupe par rapport à ses concurrents. AB InBev se négocie à 18 fois les bénéfices annuels, contre par exemple un ratio cours/bénéfice de 22 pour Heineken.

2. Kinepolis

L’exploitant de salles de cinéma Kinepolis fait son entrée dans le top 10 avec six nominations, ce qui est remarquable pour une entreprise de taille moyenne. L’an dernier, le groupe de cinéma avait perdu 12% et cote aujourd’hui à nouveau dans le rouge. "Les résultats du premier trimestre ont souffert de l’absence de blockbusters et de la comparaison avec un premier trimestre 2018 particulièrement bon", souligne KBC Securities. Mais une amélioration est en vue. "Le film Avengers: Endgame a battu tous les records et compense les premiers mois difficiles. L’offre de films est prometteuse, avec entre autres Aladdin, Rocketman, Toy Story 4, Men in Black: International et Frozen 2. Nous attendons aussi beaucoup de l’offre locale, avec entre autres FC De Kampioenen 4: Viva Boma! et De Buurtpolitie 3 en Belgique."

"Grâce à une bonne maîtrise des coûts et à l’amélioration constante du chiffre d’affaires par visiteur suite à l’introduction de nombreuses innovations, Kinepolis est une des chaînes de cinéma les plus rentables au monde."

Les maisons de Bourse soulignent également la réussite de l’expansion internationale du groupe. Kinepolis a récemment repris des cinémas aux Pays-Bas, en Espagne et en France, et possède la deuxième plus grande chaîne de salles obscures au Canada, Landmark. "Kinepolis réussit systématiquement et sans trop de mal à doubler la rentabilité de ses acquisitions en quelques années", argumente ING.

Chez Puilaetco Dewaay/Rivertree Investment Funds, on souligne également les bons résultats opérationnels. "Grâce à une bonne maîtrise des coûts et à l’amélioration constante du chiffre d’affaires par visiteur suite à l’introduction de nombreuses innovations, Kinepolis est une des chaînes de cinéma les plus rentables au monde."

3. Solvay

L’an dernier, le groupe chimique a perdu 25% de sa valeur boursière. Un avertissement sur résultats lancé en mai dernier et informant le marché qu’il ne fallait pas s’attendre à une hausse des bénéfices, mais plutôt à une légère baisse, a freiné la reprise du cours. Malgré tout, Solvay se retrouve sur six listes d’actions préférées. "Nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que la nouvelle CEO, Ilham Kadri, s’est créé une plus grande marge de manœuvre en lançant cet avertissement sur résultats au début de son mandat", estime Leleux.

"L’entreprise souffre du ralentissement des secteurs automobile, pétrolier et gazier, qui font partie de ses marchés de prédilection."

Chez Dierickx Leys, on reconnaît que 2019 ne sera pas une année faste pour Solvay. "L’entreprise souffre du ralentissement des secteurs automobile, pétrolier et gazier, qui font partie de ses marchés de prédilection. Avec le recul du cours – l’action se négocie à peine à 10 fois les bénéfices attendus – Solvay est une bonne affaire. Même s’il faudra des signes encourageants de reprise économique pour donner un coup de pouce au cours de l’action."

Plusieurs analystes soulignent la généreuse politique de dividende du groupe: Solvay rapporte un rendement brut de 4% et n’a jamais réduit son coupon depuis 1982, souligne Van Lanschot.

4. Ackermans & Van Haaren

Les stratèges boursiers vantent le holding pour sa stratégie gagnante à long terme. "Ce parcours remarquable est loin d’être terminé, explique son voisin anversois Leo Stevens & Cie. Son fleuron est clairement Delen Private Bank. Les actifs sous gestion sont passés de moins de 10 milliards d’euros en 2008 à plus de 40 milliards aujourd’hui. La stratégie fonctionne et la banque dispose du potentiel pour gagner des parts de marché."

"La stratégie fonctionne et la banque dispose du potentiel pour gagner des parts de marché."

Les analystes soulignent également la solide position du groupe de construction et de dragage CFE, dont l’entreprise maritime DEME est la plus importante filiale. Les récentes mises en garde de Jan De Nul contre le danger de surcapacité ne semblent pas les effrayer. "Le secteur du dragage est un oligopole, nuance Stevens. Une grande partie du marché est partagée entre les entreprises belges et néerlandaises DEME, Boskalis, Van Oord et Jan De Nul. Par ailleurs, le principal moteur de croissance de DEME n’est plus le dragage, mais la construction et la maintenance de parcs éoliens off-shore. DEME est par ailleurs une entreprise tournée vers l’avenir, qui a notamment lancé des tests pour extraire des tubercules de manganèse du sol marin, une activité qui pourrait devenir un nouveau pôle de croissance."

ING estime que DEME pourrait également se développer aux Etats-Unis qui, après des décennies de politique protectionniste, ouvrent davantage leur marché du dragage aux concurrents étrangers. "Le carnet de commandes est bien rempli, la flotte est relativement jeune et le taux d’utilisation des navires est élevé. Ce sont des éléments rassurants pour cette entreprise cyclique qui se négocie à un cours historiquement bas", conclut l’équipe d’analystes.

5. Umicore

En choisissant Umicore, les analystes mettent en avant une des actions les plus décriées du moment. En moins d’un an, le groupe de matériaux a perdu 50% de sa valeur. "L’action Umicore n’était pas bon marché. Si la croissance s’arrête, le cours est généralement pénalisé, explique L’Investisseur. La baisse des subventions chinoises pour les voitures électriques a fait reculer la demande de matériaux pour batteries, un segment dans lequel Umicore a beaucoup investi. Le groupe souffre également de la concurrence du cobalt bon marché extrait par des mines artisanales ne respectant ni les normes environnementales, ni les normes sociales. Nous pensons que ce ralentissement n’est que temporaire. L’électrification du parc automobile est un mouvement irréversible. Par ailleurs, Umicore continuera à jouer un rôle important en tant que spécialiste du recyclage."

"Umicore jouit d’un avantage concurrentiel grâce à son leadership technologique et ses contrats avec les plus grands constructeurs automobiles."

ING souligne le leadership du groupe dans le secteur des matériaux cathodiques. "Umicore jouit d’un avantage concurrentiel grâce à son leadership technologique et ses contrats avec les plus grands constructeurs automobiles. Suite au long cycle de construction d’une voiture, les barrières d’entrée pour de nouveaux acteurs sont très élevées. Le risque le plus important à court terme se situe au niveau du report éventuel des investissements dans les voitures électriques par les grands constructeurs."

Pour ING, la chute de la demande de véhicules au diesel ne représente pas une menace pour le groupe. "Dans le secteur des catalyseurs, la baisse sera compensée par une hausse de la demande de filtres pour particules fines destinés à équiper les moteurs à essence et par l’augmentation de la flotte de camions roulant au diesel lourd en Chine."

©D.R.

6. Biocartis

Dans l’entreprise malinoise spécialisée en diagnostics, tout tourne autour du mini-laboratoire Idylla et les tests moléculaires de dépistage du cancer développés et produits par l’entreprise. Idylla est plus facile à utiliser et plus rapide que ses concurrents. Dans certains cas, le médecin a accès au diagnostic en une heure et demie à peine, ce qui tranche avec les jours, voire les semaines d’attente requis par les tests traditionnels.

"Vu la récente commercialisation et les pertes nettes encore importantes, Biocartis est un investissement à haut risque."

"Biocartis a conclu des accords de collaboration avec des géants pharmaceutiques comme Amgen, AstraZeneca et Merck, qui sont intéressés par les diagnostics rapides et précis pour pouvoir administrer et suivre certains médicaments de manière ciblée, souligne BNP Paribas Fortis. Vu la récente commercialisation et les pertes nettes encore importantes, Biocartis est un investissement à haut risque. Mais l’entreprise a de fortes chances de connaître un développement fulgurant et d’acquérir une part de marché significative. Et après la récente levée de capitaux, nous n’attendons plus d’autres transactions dilutives dans les années à venir."

7. Euronav

L’armateur spécialisé en tankers est le numéro un absolu de Test-Achats et de KBC Securities. "Le marché fait encore face à des surcapacités mais une amélioration est en vue, explique Test-Achats Invest. Nous pensons que les taux de fret devraient augmenter à partir du second semestre. L’équilibre entre l’offre et la demande devrait enfin commencer à s’améliorer. En premier lieu, moins de nouveaux navires seront mis en service. Ensuite, plusieurs tankers devraient être envoyés au chantier naval pour y subir des modifications techniques afin de répondre à la nouvelle norme d’émissions IMO2020. Par conséquent, les bénéfices d’Euronav devraient nettement augmenter et le dividende devrait rapidement dépasser le montant promis de 0,80 dollar par année."

"L’équilibre entre l’offre et la demande devrait enfin commencer à s’améliorer."

Les analystes évaluent la valeur intrinsèque de cette entreprise cyclique à 9,20 euros par action. La valeur des tankers neufs et de seconde main est par ailleurs en hausse. Le récent recul du cours représente dès lors une opportunité, estiment-ils. Euronav lui-même considère que le cours est trop bas. Depuis la mi-décembre, l’armateur a procédé au rachat d’actions propres à hauteur de près de 2,7 millions d’euros, ce qui représente 1,2% du capital.

8. Aedifica

Le loueur de maisons de repos Aedifica est une action super-défensive recelant un important potentiel de croissance. "Après la vente de ses appartements et hôtels, Aedifica est devenu un pur acteur du secteur de l’immobilier de soins, explique la banque Nagelmackers. Suite au vieillissement de la population en Europe occidentale, les perspectives de croissance du groupe restent intéressantes. Au début de l’année, Aedifica a fait son entrée au Royaume-Uni, qui représente aujourd’hui son quatrième marché après la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne. Le management a l’ambition de devenir un acteur d’envergure européenne, avec l’Espagne et la Scandinavie comme marchés cibles potentiels. Le taux d’occupation de 100% et la (longue) durée des baux de location confèrent à l’action un profil défensif."

"De nouveaux projets d’acquisition et la reprise éventuelle de l’action dans l’indice européen EPRA pourraient jouer en faveur du groupe."

Degroof Petercam lui préfère cependant Care Property: "Les CPAS représentent la moitié des locataires, avec une durée moyenne des baux de 17 ans. De nouveaux projets d’acquisition et la reprise éventuelle de l’action dans l’indice européen EPRA pourraient jouer en faveur du groupe."

9. Orange Belgium

"Cette année, l’action est à la traîne par rapport au reste du secteur. Mais la seconde partie de l’année promet d’être plus dynamique."

"Nous nous attendons à ce que les tendances sous-jacentes positives dont bénéficie le groupe de télécoms bon marché se poursuivent en 2019, commente KBC Securities. La croissance du nombre d’utilisateurs mobiles, le nouveau produit de câblodistribution et la réduction des coûts devraient améliorer la visibilité des bénéfices. Cette année, l’action est à la traîne par rapport au reste du secteur. Mais la seconde partie de l’année promet d’être plus dynamique. Orange devrait bénéficier d’une baisse des prix de gros pour les lignes fixes, du lancement de produits comme l’internet à haut débit, et de l’impact des nouveaux contrats en tant qu’opérateur pour les acteurs virtuels du secteur des télécoms."

10. Cofinimmo

Malgré son statut de plus grande SIR (Société Immobilière Réglementée), Cofinimmo se trouve à la traîne par rapport au secteur, et en particulier aux acteurs spécialisés dans l’immobilier de soins. BNP Paribas Fortis pense qu’un mouvement de rattrapage pourrait s’amorcer. "Le nouveau et ambitieux management mise à fond sur la carte de l’immobilier de soins, un segment à la fois défensif et en forte croissance", explique la banque. Cette branche représente déjà la moitié du portefeuille de Cofinimmo.

"Le nouveau et ambitieux management mise à fond sur la carte de l’immobilier de soins, un segment à la fois défensif et en forte croissance."

"Dans le segment des bureaux, le groupe s’attache à trouver un meilleur équilibre entre les biens situés à la périphérie et au centre de Bruxelles. Le bilan est très solide, avec un taux d’endettement d’à peine 43%. De plus, la décote est intéressante: elle varie entre 15 et 20% par rapport à la valeur intrinsèque de l’action, et se trouve aujourd’hui dans la partie basse de cette fourchette. Le rendement du dividende (5%) est élevé, et le coupon augmente régulièrement."

Autres favoris

Parmi les entreprises n’ayant pas réussi à se hisser au sommet de la liste, il est intéressant de noter que l’on retrouve de nombreux acteurs du secteur immobilier, qui sont intéressants grâce aux taux bas. Les analystes citent notamment Atenor, Retail Estates et VGP. Le numéro un de notre précédent sondage, Melexis, est cité à deux reprises, mais alors que certaines maisons de Bourse trouvent l’action bon marché, d’autres pensent au contraire qu’elle reste chère. Barco est louangé pour la solidité de son bilan, ses produits et ses perspectives de croissance. Lotus Bakeries peut se targuer d’être "on the safe side" car, même en période de crise, nous continuons à manger des biscuits. Une liste d’actions suffisante pour vous tenir occupé pendant l’été et faire vos propres analyses.

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