Voici les actions qui ne devraient jamais quitter votre portefeuille

©shutterstock

Existe-t-il des actions que vous pouvez "cacher sous votre matelas"? Des actions que vous pouvez oublier pendant 20 ans et qui vous apporteront un rendement supérieur?

Nous le savons tous, et de nombreuses études le démontrent: un panier d’actions bien diversifié constitue, sur le long terme, un des meilleurs investissements. Mais dans l’intervalle, les marchés financiers connaîtront sans doute de nombreuses fluctuations qui affecteront votre portefeuille. Ces dernières semaines, la guerre commerciale lancée par les Etats-Unis a pesé sur les Bourses. Conséquence: les indices ont perdu une part importante du rattrapage réalisé après une année boursière 2018 exécrable.

De nombreux investisseurs ne peuvent vivre avec ces corrections. Il n’est jamais agréable de voir son portefeuille de 100.000 euros perdre 10.000 ou 20.000 euros de sa valeur en quelques semaines. Les psychologues comportementalistes ont démontré que la déception face aux pertes était plus importante que l’euphorie provoquée par la hausse des gains.

Les corrections boursières ont beau être parfaitement normales, elles provoquent malgré tout un mouvement de panique qui pousse les investisseurs à vendre. Par ailleurs, de nombreux épargnants évitent les actions individuelles parce qu’ils se sentent obligés de suivre chaque entreprise alors qu’ils n’en ont ni le temps ni l’envie.

Surveiller ses actions

N’existe-t-il aucune action permettant aux investisseurs de dormir sur leurs deux oreilles? Ne les obligeant pas à suivre de près les cours de Bourse? Dont il ne faut pas se demander si elles existeront encore dans cinq, dix ou 20 ans? Et qu’ils pourront conserver toute leur vie? Nous avons interrogé plusieurs experts pour savoir si ces perles rares existaient en Bourse de Bruxelles.

Toutes les équipes de management ne réussissent pas à s’adapter aux évolutions du monde dans lequel nous vivons.
Bart Goemaere
TuyauxBourse

Si les experts ont accepté de nous recommander quelques actions, certains ont cependant émis quelques réserves. "Nous ne trouvons pas que ce soit une bonne idée de ne pas évaluer ses investissements pendant une aussi longue période", estiment les analystes Stefan Pintjens et Jérôme Demeestere de Test-Achats Invest. "C’est un exercice difficile au moment où la concurrence entre les entreprises n’a jamais été aussi féroce et où la vitesse d’évolution des technologies peut bouleverser la donne du jour au lendemain. Les investisseurs qui ne souhaitent pas suivre régulièrement leur portefeuille n’ont qu’un choix restreint en dehors des investissements à rendement fixe."

"Toutes les entreprises et toutes les équipes de management ne réussissent pas à s’adapter aux évolutions du monde dans lequel nous vivons, et à réagir adéquatement lors de chocs inattendus", estime Bart Goemaere de la lettre d’investissement TuyauxBourse. "Les investisseurs qui prétendent savoir à quoi le monde ressemblera dans 20 ans feraient mieux d’être prudents. Comme le dit le dicton: in cauda venenum, les mauvaises surprises sont pour la fin. Dans le cas présent, elles pourraient se cacher dans les évolutions du marché auxquelles statistiquement personne ne s’attend (le cygne noir, NDLR). Si vous ne surveillez pas vos actions, vous prenez des risques importants. Dans ce cas, il vaut donc mieux éviter les actions d’entreprises individuelles et confier la gestion à des sociétés qui essaient d’anticiper les importants changements de tendances et réagissent lors de chocs importants. Vous aboutissez alors automatiquement aux holdings gérés activement."

Le "buy & hold" plus rare

"La stratégie ‘buy & hold’ existe encore, mais elle est plus rare qu’auparavant", explique Gert Bakelants, rédacteur en chef de L’Investisseur. "Le monde évolue à vitesse grand V. Qui peut aujourd’hui affirmer que le secteur automobile a encore de beaux jours devant lui? Ou bien suivra-t-il le même chemin que les trains au début du siècle dernier? Il y a dix ans, tout le monde aurait recommandé d’acheter des actions du conglomérat General Electric (GE)  et de ne jamais les revendre. Sous la direction de Jack Welch, GE a toujours fait mieux que les attentes, mais entretemps, l’entreprise a implosé."

Les bons plans

La majorité des analystes vantent les vertus des holdings. "Leurs investissements sont diversifiés, ce qui signifie qu’un coup dur dans un dossier ne met pas le groupe en danger", explique Kristoff Van Houte de la feuille d’investissement Kroffinvest. "Par ailleurs, de nombreux holdings sont sous le contrôle d’un actionnariat familial, ce qui constitue un avantage. En outre, ils versent généralement un dividende stable ou en hausse. Ils sont aussi très réactifs et peuvent sortir de certains secteurs sans avenir pour investir dans de nouvelles tendances en croissance."

Aux côtés des holdings, on trouve les infrastructures, l’immobilier et les entreprises fortement régulées. Toutes ces sociétés ont en commun le fait qu’elles peuvent compter sur des revenus récurrents pendant de très longues périodes.

En dehors de ces secteurs, on trouve également des entreprises industrielles comme Solvay , Zenitel  ou AB InBev  . Elles doivent agir comme des caméléons, en d’autres termes, s’adapter à leur environnement et pas se comporter comme des dinosaures, qui ont fini par disparaître. "Il s’agit d’entreprises bénéficiant de douves profondes autour de leurs produits, ce qui protège leurs parts de marché. Et dont le bilan est solide", explique Pierre Huylenbroeck de Mister Market Magazine.

Zoom sur plusieurs noms régulièrement cités 

1. Sofina

Avec cinq nominations, le holding Sofina  remporte de loin la médaille d’or. "Sofina gère le patrimoine de la famille Boël via un panier mondial d’entreprises cotées et d’investissements de type Private Equity (entreprises non cotées, NDLR). Le holding applique une stratégie claire en termes de choix de secteurs. Ils doivent être capables de durer", constate Stefaan Genoe de Degroof Petercam.

Parmi les secteurs où Sofina investit, on trouve les biens de consommation, l’économie digitale, l’enseignement et les soins de santé. Ces dernières années, le holding a récolté les fruits de ses investissements dans des entreprises indiennes en croissance. "Sofina sort clairement du lot parmi les holdings belges", estime Goemaere. "Ces dix dernières années, l’ennuyeux holding à la communication défaillante a réussi à se transformer en une entreprise bien gérée et championne en matière de communication."

Bakelants rappelle que le dividende n’a cessé d’augmenter depuis 1956, et pointe l’excellente santé du bilan. Sofina dispose de liquidités nettes d’un demi-milliard d’euros. Van Houte place lui aussi Sofina en haut de sa liste, tout en soulignant qu’il devrait être possible d’acquérir l’action à un prix inférieur à sa cotation actuelle. La décote par rapport à la valeur intrinsèque est tombée à 15%, ce qui est inférieur à la moyenne de 22% affichée ces cinq dernières années. "La décote réduite s’explique probablement par la faiblesse des taux", nuance l’expert.

2. Care Property Invest

Les investisseurs ne paient que 15% de précompte mobilier au lieu de 30% sur un généreux dividende.
Pierre Huylenbroeck
Mister Market Magazine

"Pour moi, c’est l’action par excellence à cacher sous son matelas", avance Stefaan Casteleyn du conseiller financier néerlandais 1Vermogensbeheer. "L’introduction en Bourse en 1995, sous le nom Serviceflats Invest, était une initiative du gouvernement flamand de l’époque, dont l’objectif était de promouvoir les investissements dans l’immobilier de soins. C’est un des rares exemples de vision à long terme de nos politiciens. Care Property  est sans doute l’action la plus sûre de la Bourse de Bruxelles. Les contrats locatifs ont une durée moyenne de 17 ans. Care Property a déjà promis d’augmenter son dividende en 2020. Le rendement net du dividende se monte à 2,66% au cours actuel et devrait atteindre 2,83% l’an prochain. La combinaison de revenus prévisibles et d’un dividende en hausse fait de Care Property mon premier choix."

Huylenbroeck pointe la récente expansion du groupe aux Pays-Bas. "Il s’agit d’un marché en développement. Le portefeuille suit clairement cette croissance et représente aujourd’hui 535 millions d’euros. En Belgique, Care Property collabore avec le gouvernement flamand et les CPAS, qui sont par définition des locataires à long terme et fidèles. Les dettes sont sous contrôle et ces dernières années, les frais de financement ont baissé à 2,7% à peine. De plus, les investisseurs ne paient que 15% de précompte mobilier au lieu de 30% sur un généreux dividende."

Une autre option dans ce secteur est l’action d’Aedifica . Ce spécialiste en immobilier de soins est actif en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne, et depuis peu également au Royaume-Uni.

3. TINC

TINC  est l’acronyme de "The Infrastructure Company". Il s’agit d’une société d’investissement créée conjointement par Belfius et la GIMV, qui investit dans divers projets d’infrastructure, comme les routes, les écluses, un centre d’affaires, les maisons de repos, les parkings et, en particulier, l’énergie éolienne. "Les investissements dans les infrastructures ont un horizon de placement relativement éloigné", explique l’analyste indépendant Gert De Mesure. "TINC détient un portefeuille bien équilibré – dont près de la moitié est investie dans les énergies alternatives – qui génère de généreux cash flows à long terme tout en affichant un risque limité."

Test-Achats Invest renchérit: "Les revenus de TINC proviennent essentiellement des dividendes et des intérêts distribués par les sociétés d’infrastructure dans lesquelles le groupe investit. Par ailleurs, ces dernières remboursent progressivement les capitaux investis. Les cash flows de TINC sont donc pérennes et prévisibles à long terme et l’on peut dire que l’action TINC est particulièrement bien armée pour faire face aux récessions. S’y ajoute le beau dividende de près de 3% net. Conclusion: TINC est clairement une action idéale en cette période de tempête boursière. Il ne faut pas s’attendre à des hausses de cours spectaculaires, mais l’augmentation du dividende suit l’inflation. Le cours de Bourse devrait suivre la même évolution positive que la valeur intrinsèque. En d’autres termes, il devrait afficher une croissance durable."


4. AB InBev

©BELGA

"Il est très difficile de prédire l’avenir à long terme des entreprises monoproduits. Sauf s’il s’agit de produits de base dont on peut s’attendre à ce qu’ils existent encore dans 20 ans", analyse Van Houte. "L’endettement du groupe AB InBev  reste élevé, mais il est déjà intégré dans le cours."

"Avec une part de marché de 27%, AB InBev est le plus grand groupe brassicole au monde", défend Alan Vandenberghe de KBC Securities. "La bonne diversification géographique et l’excellent portefeuille de produits – qui comprend des marques premium très rentables comme Stella Artois et Corona – génèrent des cash flows élevés et stables. De plus, le groupe vend 70% de sa production sur les marchés émergents, ce qui garantit un potentiel de croissance à long terme."


5. GBL

GBL  se classe deuxième parmi les holdings qui obtiennent le plus de suffrages. "La valeur intrinsèque se monte à 113,54 euros par action pour un cours de Bourse de 84 euros. La décote de plus de 25% est intéressante", constate Casteleyn. "La combinaison entre cette décote importante et la qualité du portefeuille – qui comprend des noms comme Adidas , SGS , Pernod Ricard , LafargeHolcim  et Umicore  – m’inspire suffisamment confiance pour conserver cette action pendant 20 ans. De plus, le dividende augmente de 4,9% par an en moyenne depuis 2003."

Selon Goemaere, cette importante décote – supérieure à celles d’autres holdings comme Ackermans & van Haaren et Sofina – s’explique par les moins bonnes performances du groupe GBL au cours des dernières années. "Le management a pris un virage stratégique et investit aujourd’hui davantage dans les entreprises en croissance. Mais il faut du temps pour changer le cap d’un aussi gros navire. Plus de 90% des participations du portefeuille sont des entreprises cotées, ce qui rend GBL plus sensible que les autres holdings aux caprices de la Bourse. Le Private Equity représente moins de 10% et génère des revenus supplémentaires."


6. Lotus Bakeries

Le producteur de biscuits affiche un des plus beaux palmarès de la Bourse de Bruxelles. Ceux qui ont acheté les actions au moment de son entrée en Bourse en 1988 ont vu leur investissement multiplié par 67, hors dividendes. "Lotus  est un bel exemple d’entreprise traditionnelle en croissance", constate Bakelants. "Il s’agit d’une entreprise familiale, ce qui est une garantie de bonne gestion. Ses produits sont uniques et peuvent être vendus partout dans le monde. Et n’oubliez pas les nouveautés, par exemple les snacks sains et naturels."

Ces arguments ne diffèrent guère de ceux de Genoe: "Lotus combine une expansion internationale prudente de ses spéculoos avec des acquisitions ciblées dans le secteur des snacks sains. Le taux d’endettement est faible et la famille gère l’entreprise à long terme, et non pas sur base trimestrielle."


7. Solvac/Solvay

Dans un certain sens, Solvay est un holding industriel détenant des participations dans le secteur chimique.
Kristoff Van Houte
Kroffinvest

Solvay  – et le monoholding Solvac , qui détient 31% du groupe chimique – est le premier groupe industriel à faire son apparition sur la liste, et ce, malgré sa contre-performance boursière. Le mois dernier, Solvay a dû revoir ses prévisions à la baisse à cause de la faiblesse des matières plastiques pour l’électronique et le secteur automobile. L’action a cédé 22%.

"Après le récent avertissement sur résultats, les actions Solvay et Solvac sont indubitablement intéressantes", estime Van Houte. "Dans un certain sens, vous pouvez voir Solvay comme un holding industriel détenant des participations dans le secteur chimique. Ici aussi, mon choix se justifie par les dividendes historiquement stables ou en hausse, le contrôle familial et la bonne diversification géographique."

©Solvay

Casteleyn considère lui aussi l’ancrage familial comme un atout. "L’entreprise a été fondée en 1863. De nombreux descendants d’Ernest Solvay sont toujours actionnaires de référence du holding Solvac. Le contrôle familial est garant d’une certaine discipline en matière de dividende. Depuis 1982, Solvay n’a jamais réduit son coupon. Cette année, il a augmenté de 4,1%, ce qui représente un excellent rendement du dividende, soit un rendement net de près de 3%."

"Je préfère cependant Solvac à Solvay. Solvac distribue l’entièreté du dividende de Solvay, ce qui représente un rendement net légèrement supérieur, soit 3,09%. Les actions sont nominatives, ce qui génère un peu plus de démarches administratives, mais je les considère comme un avantage, car les actionnaires risquent moins de souffrir d’un mouvement de vente en cas de tweet intempestif de Donald Trump ou d’autres évènements marginaux."


Autres candidats

Aux côtés des actions citées à plusieurs reprises, les experts mentionnent d’autres noms affichant les mêmes caractéristiques que les "lauréats" de notre enquête. Par exemple, les holdings Brederode  et Ackermans & van Haaren  se distinguent depuis de nombreuses années. La société d’investissement flamande GIMV  affiche un rendement moyen de 15% sur son portefeuille. Elia  tire profit de sa position monopolistique, et nous aurons toujours besoin d’électricité. Des entreprises actives dans des secteurs de niche en croissance, comme le spécialiste en communication Zenitel  ou le promoteur d’immobilier de logistique VGP  sont également cités. Suffisamment de choix donc pour se constituer un petit magot à cacher sous le matelas.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect