2018 sera encore difficile pour Carrefour

©REUTERS

Le distributeur français a souffert au 1er trimestre de marchés peu porteurs en Europe, où il réalise 80% de ses ventes. En Belgique, ses ventes ont reculé de 0,4%. En Bourse, l’action retombe à ses plus bas de l’automne dernier. Malgré des ventes 20% supérieures à celles d’Ahold Delhaize, Carrefour vaut deux fois moins en Bourse que le distributeur belgo-néerlandais.

Des ventes peu porteuses en Europe où le distributeur français exerce 80% de ses activités, des prix en baisse au Brésil et la persistance d’une pression concurrentielle un peu partout là où il s’active, font que les affaires de Carrefour n’ont pas la pêche.

On ajoutera à cela, outre ce que le groupe dénomme les "perturbations opérationnelles" en faisant référence aux mouvements de grèves et l’orientation baissière du real brésilien. Cette devise compte pour 15,7% dans son portefeuille d’activités. En 5 ans à peine, le real brésilien a effacé 35% de sa valeur face à l’euro. La poursuite de son repli au premier trimestre fait que les ventes, en hausse de 6% si l’on ne tient pas compte des variations de changes, sont en baisse de 11% convertis en euros.

Pour toutes ces raisons, la première période trimestrielle de l’exercice 2018 se solde sur un bilan négatif au niveau des ventes. Celles-ci se contractent de 2,4% à 20,776 milliards d’euros. Mais elles progressent de 2,6% si l’on met entre parenthèses les effets des variations de changes.

En regard de ce dernier pourcentage, les affaires que Carrefour réalise en Belgique suscitent plutôt quelque déception. Les ventes reculent en effet de 0,4% chez nous. Elles ont totalisé 1,022 milliard d’euros.

Retour au plancher

Pour toutes ces raisons aussi, les investisseurs n’ont pas caché leur déception. L’action est revenue à ses plus bas niveaux de l’automne dernier à la Bourse de Paris. Celle-ci a clôturé sur un repli de 3,22% mercredi, à 15,95 euros.

La capitalisation boursière de Carrefour en prend ainsi un nouveau coup. Elle retombe à 12,3 milliards d’euros. Soit une valeur deux fois moindre que celle du groupe belgo-néerlandais Ahold Delhaize. Ce dernier, pour qui l’Europe représente 39% de ses ventes et les Etats-Unis 61%, a pourtant enregistré un chiffre d’affaires inférieur de 20% à celui de Carrefour en 2017. Supérieurs à ceux de Carrefour, les bénéfices réalisés par Ahold Delhaize expliquent l’avantage pris par le distributeur à Amsterdam.

Ce n’est cependant pas tant les annonces faites par Carrefour qui ont déçu le marché, que l’absence d’indications plutôt claires pour le restant de l’année. Ses responsables se sont bornés à réitérer ce qu’ils avaient dit à la fin du mois de février, lors de la publication des résultats de 2017. En substance, ils avaient indiqué que "les résultats du groupe resteront sensibles à l’évolution des taux de change, en particulier le real brésilien". Carrefour devrait par ailleurs "connaître une poursuite de l’augmentation de ses amortissements, et ce, malgré une politique d’investissements plus disciplinée et une enveloppe de Capex de 2 milliards d’euros dès 2018".

L’avis des analystes

Il se dégage, du côté des analystes, le sentiment selon lequel les résultats à court terme de Carrefour seront encore difficiles. Mais une éclaircie devrait apparaître dans la seconde partie de l’année. Nicolas Champ, de chez Barclays , table "sur une baisse de près de 20% du résultat opérationnel courant au premier semestre, mais de 7% à 1,859 milliard d’euros sur l’ensemble de l’exercice".

Comptant parmi les analystes les plus déçus par les informations communiquées, Christian Guyot ne croit plus que 2018 sera un exercice de transition pour ce distributeur. "2018 sera plus compliquée que prévu pour Carrefour étant donné l’environnement concurrentiel en France et un climat social dégradé au sein de la société." Il est vrai que "la perspective fournie par la direction n’est pas engageante", reconnaît Antoine Parison, analyste auprès de Brian Garnier. Pour autant, dit-il, "ceci ne signifie pas que le plan de transformation du groupe lancé il y a 3 mois, déraille".

Des 14 analystes répertoriés par Bloomberg ayant réagi aux annonces de Carrefour, neuf recommandent son action à l’"achat". Ils tablent sur des objectifs de cours compris entre 20,3 euros et 26 euros. Trois la "vendent" ou la "sous-performent" avec des objectifs de cours allant de 15,4 euros à 16 euros.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect