"Achetez les sociétés qui réduisent le dividende"

Barclays Capital met en avant l’effet positif d’une modification des versements aux actionnaires.

Depuis de nombreuses semaines, le discours d’une bonne partie des analystes boursiers met en évidence les risques qui pèsent sur les dividendes de certaines entreprises et/ou secteurs. Et sur le fait qu’il faut investir de préférence dans les sociétés qui ont la capacité de maintenir inchangé ou de faire progresser leur dividende. Une étude publiée récemment par Barclays Capital vient toutefois nuancer ce raisonnement.

Baisse positive

Les stratégistes du courtier britannique rappellent tout d’abord que les dividendes représentent une part significative du rendement global dégagé par l’actionnaire sur son investissement, et qu’ils représentent également un des meilleurs signaux de la rentabilité à long terme d’une entreprise. "Nous recommandons généralement d’investir dans un portefeuille d’actions dont le dividende a été régulièrement augmenté dans le passé, et qui devraient continuer à le faire progresser dans le futur."

Mais que se passe-t-il quand une société baisse son dividende? "Dans les mois et semaines qui précèdent l’annonce officielle, l’action a tendance à réaliser une performance inférieure à l’indice, les investisseurs incorporant progressivement dans le prix l’attente d’un recul du rendement. De manière beaucoup plus surprenante, une fois la baisse du dividende officialisée, ces actions auront tendance à se comporter nettement mieux que le marché".

Performance future

Sur 156 baisses ou annulations de dividende intervenues en bourse de Londres entre 2004 et 2010, l’action a réalisé en moyenne une performance supérieure de 34% (par rapport à l’indice FTSE 350) sur l’année suivant la baisse du dividende. "En règle générale, le cours remonte au-delà de son niveau de départ moins d’un mois après l’annonce. Ceci est confirmé par plusieurs études académiques sur le sujet." Cette constatation se retrouve également lorsqu’on regarde les bourses continentales.

Les stratégistes de Barclays Capital soulignent que l’impact haussier sur le cours est le plus important si la baisse de dividende est exceptionnelle, ce qui constitue la majorité des cas. "Toutefois, même quand le groupe est forcé d’abaisser son dividende à plusieurs reprises, l’impact négatif de ces nouvelles est souvent déjà incorporé dans le cours avant la première annonce." L’action peut dès lors être achetée une fois la première baisse annoncée, et attendre la fin du processus d’ajustement du dividende ne sera pas nécessaire.

Relation forte

"Dans l’ensemble, il semble donc exister une relation forte entre une baisse de dividende et une bonne performance boursière future. Nous avons également constaté qu’au plus la baisse du dividende est forte, au plus le redressement du cours sera rapide. Et c’est d’autant plus vrai quand la société annule purement et simplement son versement à ses actionnaires. Acheter une action le lendemain de l’annonce d’une baisse de dividende est un investissement dans la capacité d’une entreprise à se restructurer."

Comment s’explique ce phénomène? Une réduction ou une annulation du dividende est un des signes les plus forts qu’une direction puisse donner au marché. Cela signifie que la société va conserver plus d’argent pour ses besoins propres, entreprendre une restructuration, renforcer le bilan, et sera donc moins susceptible de rencontrer de graves difficultés financières. Ceci se traduira également à court terme par une hausse de la rentabilité des fonds propres. Une baisse du dividende s’accompagnera également souvent d’une restructuration lourde et de changements au niveau de la direction.

Valeurs sur thème

Pour jouer ce thème, les stratégistes de Barclays Capital indiquent une série d’entreprises qui ont récemment abaissé ou qui devraient prochainement abaisser leur dividende: Veolia, Lafarge, Telefonica, Nokia, RWE et Carrefour. Barclays estime par contre qu’il ne faut pas viser les valeurs financières qui abaissent leur dividende, car dans le cas de ce secteur, les problèmes sont plus structurels et réglementaires, et ne se résoudront pas uniquement avec une baisse du payout.

AB InBev, Barco et Delhaize, des exemples parmi d’autres

AB InBev, Barco, ou Delhaize  sont quelques-unes des actions cotées à Bruxelles à avoir affiché un return supérieur à la moyenne du marché, après avoir réduit le montant de leur dividende. Depuis qu’AB InBev a baissé le sien de 80% fin 2008, le cours de son action s’est depuis lors redressé de 315%. Une performance qui se compare avec une hausse de 27% pour le Bel 20. Pour Delhaize, qui avait annoncé une réduction de 38% de son dividende début 2003, son action a rebondi de 214%, tandis que le Bel 20 a limité ses gains à 27%. Enfin, Barco, qui avait supprimé la distribution d’un dividende en 2008, pour ne la reprendre que l’an dernier, a gagné 170%. Son indice de référence, le Bel Mid a, lui, pris 50%.
De toute évidence, la décision d’une société de réduire la rémunération de ses actionnaires met souvent un terme à la descente aux enfers de ses actions. Il convient cependant de préciser que l’abaissement du niveau d’endettement qui a suivi la décision de réduire le dividende chez AB InBev ou Delhaize, a constitué un effet de levier favorable pour le cours de leurs actions en Bourse. Une hausse régulière du dividende reste en fin de compte le meilleur catalyseur pour le cours des actions à long terme. Sipef (+864%),  Umicore (+394%), Econocom (+346%) et  Colruyt (+ 206%), restent les titres plus performants depuis fin 2000. Sur cette période, AB InBev a gagné 106%, et Delhaize affiche un perte de 19% et Barco de 52%.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés