Bel 20: les hommes qui valaient 3 millions

Le CEO le mieux payé est Dick Boer, le patron du groupe de distribution Ahold Delhaize. ©Lieven Van Assche

Le CEO le mieux payé du Bel 20 l'an passé était Dick Boer, d'Ahold Delhaize: 4,71 millions d'euros. En 2016, le salaire fixe des patrons des grandes sociétés belges cotées représentait moins de la moitié (48%) de leur rémunération totale. Les "petits extras" prennent de plus en plus d’importance.

L’an dernier, la rémunération moyenne des CEO des grandes entreprises belges se montait à environ 1,96 million d’euros, soit 2,1% de plus qu’en 2015. C’est ce qui ressort de notre enquête annuelle sur les rémunérations des patrons des entreprises du Bel 20. À titre de comparaison: d’après le Bureau fédéral du plan, l’an dernier, le salaire moyen d’un travailleur du secteur privé n’a augmenté que de 0,9%.

Les hommes qui valaient trois millions

C’est la société d’investissement GBL qui s’est montrée la plus généreuse, avec 6,35 millions d’euros. Mais la fonction de CEO y est assumée par deux personnes.

4,7 millions
Dick Boer, le patron du groupe de distribution Ahold Delhaize a eu une rémunération de 4,7 millions d’euros

Le CEO le mieux payé est Dick Boer, le patron du groupe de distribution Ahold Delhaize. L’an dernier, sa rémunération totale atteignait 4,7 millions d’euros.

À la deuxième place, on trouve Gérard Lamarche, l’un des deux CEO de GBL. En 2016, il a reçu 3,6 millions d’euros. Son collègue Ian Gallienne, de nationalité française, n’a reçu "que" 2,76 millions d’euros. La différence s’explique par les divergences entre les législations sociales et fiscales françaises et belges. En net, les montants sont identiques.

Le numéro trois est Jean-Pierre Clamadieu de Solvay, avec une rémunération de 3,1 millions d’euros.

Les extras montent en puissance

6,36 millions
La rémunération moyenne en 2016, en hausse de 2% par rapport à 2015.

L’an dernier, le salaire fixe des patrons ne représentait en moyenne que 48% de leur rémunération totale. Les autres parties de la rémunération prennent d’ailleurs de plus en plus d’importance: bonus, versements dans les plans de pension, etc. Gérard Lamarche (GBL) a bénéficié par exemple d’un versement supplémentaire de 1 million d’euros dans son plan de pension, et Jean-Pierre Clamadieu (Solvay) de près de 700.000 euros. La plupart des CEO bénéficient également d’autres avantages liés aux actions de leur société. Vu que les options sont liées aux objectifs à long terme et que l’exercice de ces options est différé dans le temps, il est difficile de leur attribuer une valeur. La plupart des entreprises ne cherchent d’ailleurs pas à chiffrer ces avantages. Résultat: cette partie de rémunération n’est pas reprise dans cet aperçu. Le groupe pharmaceutique UCB par exemple, a cependant décidé de jouer cartes sur table et indique que son patron, Jean-Christophe Tellier, a reçu l’an dernier un bonus lié aux actions de 1,5 million d’euros, qui vient s’ajouter à son salaire fixe et à la contribution de l’entreprise dans son plan de pension.

Les bonus des banquiers sont bridés

L’an dernier, les CEO ont reçu en moyenne un bonus court terme équivalant à 77% de leur salaire fixe. Il est rare que ces bonus soient aussi élevés que leur rémunération fixe, et encore plus rare qu’ils les dépassent. Carlos Brito, le patron d’AB InBev, n’a reçu aucun bonus court terme pour l’exercice 2016. Il a cependant reçu près de 400.000 options sur actions. Les banquiers Ralph Hamers (ING) et Johan Thijs (KBC) n’ont reçu qu’un modeste bonus, car la loi bancaire limite les primes du secteur. Mais cette limite a malgré tout été contournée: Hamers reçoit en effet 1,66 million d’euros sous forme de salaire fixe, soit le plus élevé du Bel 20.

Johan Thijs a reçu un bonus reporté sous forme de versement (511.000 euros) dans son plan de pension. Dominique Leroy (Proximus) et Koen Van Gerven (bpost), ont reçu un bonus représentant moins d’un tiers de leur salaire fixe. Le plafond salarial des CEO des entreprises publiques cotées a été fixé à 650.000 euros par le gouvernement. Mais dans la pratique, les rémunérations de Dominique Leroy et Koen Van Gerven dépassent ce plafond, si l’on tient compte des avantages extralégaux (plan de pension, voiture de société, etc.).

Le variable n’est pas fixe

Parmi les 19 CEO repris dans cette enquête, huit ont dû accepter l’an dernier une réduction de leur rémunération. Cela s’explique surtout par la baisse de leur rémunération variable. Carlos Brito d’AB InBev – qui, pour rappel, n’a reçu aucun bonus l’an dernier – passe de la 1ère à la 11e place du classement. Bart De Smet, patron d’Ageas, n’a reçu aucun bonus long terme, parce que le cours de l’action du groupe d’assurance a moins bien performé que ses concurrents. Onno van de Stolpe (Galapagos) avait reçu un bonus exceptionnel en 2015 pour l’introduction de son entreprise sur le Nasdaq. L’an dernier, il n’a reçu aucun bonus, ce qui explique la baisse de sa rémunération en 2016.

La liste ne comprend que deux femmes: Isabelle Kocher (Engie) et Dominique Leroy (Proximus).

Peu de femmes au top

Autre fait remarquable: parmi les six CEO les mieux payés, on ne trouve qu’un seul Belge: Gérard Lamarche, co-CEO de GBL. Les autres sont soit français (Ian Gallienne de GBL, Jean-Pierre Clamadieu de Solvay et Jean-Christophe Tellier d’UCB), soit néerlandais (Dick Boer d’Ahold Delhaize et Ralph Hamers d’ING). Et la liste ne comprend que deux femmes: Isabelle Kocher, qui a succédé au printemps de l’an dernier à Gérard Mestrallet au poste de CEO d’Engie, et Dominique Leroy, CEO de Proximus. La rémunération de Kocher se situe juste au-dessus de la moyenne des CEO (pour rappel, 1,96 million d’euros), et celle de Leroy équivaut à environ 50% de cette moyenne.

Double casquette

Avec le départ de Gérard Mestrallet d’Engie, on ne trouve dans le Bel 20 qu’une seule personne cumulant le poste de CEO et celui de président du conseil d’administration: Jef Colruyt. En tant que CEO, il reçoit une rémunération de 1,32 million d’euros, et en tant que président du conseil, il a perçu la somme de 1,38 million d’euros.

Parmi les 19 CEO repris dans cette enquête, huit ont dû accepter l’an dernier une réduction de leur rémunération.

Stabilité remarquable

La composition du Bel 20 change régulièrement, et les CEO vont et viennent. Ces mouvements ont aussi un impact sur la rémunération des patrons. Malgré tout, il est frappant de constater que le salaire médian des top managers des entreprises du Bel 20 n’a pas beaucoup évolué au cours des cinq dernières années. En 2016, le salaire médian se montait à 1,8 million d’euros, soit le même niveau qu’en 2011.

Nouveaux venus

Ontex, fabricant de couches, n’est pas repris dans ce classement, car il n’a pas encore publié ses résultats annuels (qui comprennent les informations sur la rémunération des patrons) pour 2016. En 2015, son patron Charles Bouaziz a perçu 1,98 million d’euros. Fin mars 2017, Ahold Delhaize et Elia ont été remplacés dans le Bel 20 par la société d’investissement Sofina et le groupe sidérurgique luxembourgeois Aperam. Harold Boël, CEO de Sofina, a reçu en 2016 une rémunération totale de 1 million d’euros. Aperam n’a publié aucun chiffre sur la rémunération individuelle de son CEO.

©Mediafin

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