Bouygues peine à satisfaire ses actionnaires

Une cession du pôle télécom est toujours envisageable chez Bouygues, qui pourrait être tenté de se recentrer sur ses principaux métiers. ©Bloomberg

La diversification des activités ne sourit pas vraiment à Bouygues. Son action accuse un sérieux retard par rapport à ses pairs.

Faites le compte: les 40% que détient Bouygues dans le capital de TF1 valent 1,26 milliard d’euros, les 29,4% d’Alstom près de 2,5 milliards, tandis que Numericable-SFR avait récemment proposé de racheter sa branche télécom pour 10 milliards d’euros. À elles trois, ces participations offrent à ce groupe diversifié une valeur potentielle de 13,7 milliards d’euros au moins à la Bourse de Paris.

À ce montant, il y a lieu d’ajouter les activités de construction et d’infrastructure (Colas) qui représentent ensemble pas moins de 70% de son chiffre d’affaires! Malgré tout cela, Bouygues n’affiche pour l’heure qu’une valeur de 11,7 milliards.

Un dossier à la taille de Proximus

Et si Proximus ambitionnait de grandir plutôt que d’aiguiser l’appétit des prédateurs généralement plus gros que lui à son égard. Dans ce cas, la branche télécom de Bouygues constituerait un dossier taillé à sa mesure. L’opérateur historique en Belgique a réalisé en 2014 un chiffre d’affaires de 5,9 milliards d’euros, supérieur à celui de Bouygues Telecom (4,4 milliards). Sa rentabilité est aussi plus élevée. Proximus a enregistré un EBITDA (excédent brut d’exploitation) de 1,65 milliard d’euros, contre 694 millions chez Bouygues. à un prix équivalent à 8 fois son EBITDA, une acquisition de Bouygues Télécom n’est pas vraiment hors de portée pour Proximus qui vaut 11,3 milliards d’euros en Bourse et est, à ce jour, modérément endetté.

Le titre de ce groupe de BTP (bâtiments et travaux publics) est-il sous-évalué? Vu sous cet angle, il serait difficile de le nier. Ce sentiment se renforce si l’on se souvient que le cours de l’action est loin de percher à ses niveaux historiques atteints au cours des années 2007-2008. Sa capitalisation boursière frôlait alors les 20 milliards d’euros.

Son action cote 34,4 euros actuellement. À l’époque, elle dépassait allègrement les 60 euros.

Contraction des profits

Les investisseurs donnent l’ impression de bouder l’action de ce groupe, membre de l’indice CAC 40 à Paris. Cela peut être compréhensible dans la mesure où Bouygues vient de les décevoir en ayant repoussé l’offre extra-généreuse de Numericable-SFR. Ce dernier offrait pour son activité télécom un prix équivalant à 14 fois son EBITDA (excédent brut d’exploitation) de 694 millions d’euros engrangé en 2014! Un acteur convoité dans ce secteur télécom est généralement valorisé à 8 fois son EBITDA seulement.

C’est toutefois la question de l’évolution des bénéfices qui turlupine le plus les investisseurs. Bouygues, qui avait encore réalisé un profit de 2,41 euros par action l’an passé (contre 4,3 euros en 2008), devrait voir ce montant plonger à 0,78 euro cette année, selon une projection établie par Bloomberg sur la base d’estimations d’analystes.

Dividende menacé?

Ce montant sera donc inférieur à celui du dividende de 1,60 euro brut par action versé chaque année aux actionnaires du groupe. Aussi, certains investisseurs craignent que le dividende ne soit réduit l’an prochain même si, toujours à écouter les analystes suivis par Bloomberg, il devrait rester inchangé pour l’exercice en cours.

Cette incertitude devrait néanmoins persister aussi longtemps que Bouygues n’est pas parvenu, comme il en affiche l’ambition, à redresser ses marges bénéficiaires dans sa branche télécom considérée dans le passé comme la vache à lait du groupe. Y parviendra-t-il seulement quand on sait que son EBITDA a fondu de 50% depuis 2009 suite à l’arrivée du tonitruant Free Mobile en France qui a cassé les prix.

Il n’y a pas que dans sa branche télécom que Bouygues fait face à des performances lancinantes. Celles dédiées à l’infrastructure et à la construction souffrent du net ralentissement de l’activité dans ces secteurs en France. Au premier trimestre, le carnet d’ordres a baissé de 13% dans la première et de 9% dans la seconde. La participation dans l’équipementier Alstom, qui a clôturé son exercice 2014 sur une perte, n’est pas non plus d’un grand soutien. Pas davantage que celle dans TF1 qui connaît en ce moment les plus mauvais taux d’audience de son histoire.

Fonds intéressés

En dépit de ces nouvelles pas très réjouissantes, et du peu d’enthousiasme dont les analystes font preuve à son égard (ils ont un objectif de cours moyen de 35,6 euros pour l’action), Bouygues résiste à la chute des Bourses ces deux derniers jours.

©Mediafin

C’est que le marché croit toujours possible une cession de son pôle télécom, même si le prix ne sera pas aussi généreux que celui proposé il y a peu par Numericable-SFR. Le groupe va de plus prochainement percevoir du cash de la vente des activités énergie d’Alstom à General Electric , qu’il pourra consacrer à des investissements ou à la distribution d’un dividende exceptionnel.

Tout indique que l’on peut imaginer que Bouygues, qui se traite aujourd’hui à 1,5 fois sa valeur comptable en Bourse, se consacrera à terme principalement à ses métiers de base que sont la construction et l’infrastructure.

Alors que le groupe est détenu à hauteur de 21,1% par la famille et de 23,3% par ses salariés, une offre d’achat hostile sur Bouygues est difficilement imaginable. Par contre, il n’est pas exclu qu’un investisseur activiste entre dans son capital afin d’inciter ses dirigeants à créer davantage de valeur pour ses actionnaires.

Enfin, il est bon aussi de savoir que, selon un relevé effectué par Bloomberg, les fonds d’investissement sont enclins à étoffer leurs positions dans le capital de Bouygues depuis le début de cette année, plutôt qu’à les réduire. Depuis la remontée des Bourses amorcées en mars 2009, l’action Bouygues n’a regagné que 52% contre… 157% pour son secteur.

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