Carrefour abaisse ses prévisions, cette fois sans effrayer le marché...

©Hollandse Hoogte / Peter Hilz

Depuis son plancher de 2017 touché en novembre, l’action du plus gros distributeur alimentaire en Europe a déjà repris plus de 10%.

Deux avertissements sur résultat en moins de 6 mois. Le premier avait été suivi par un effondrement de l’action à la Bourse de Paris fin août. À l’inverse, le second émis mercredi soir n’a pas été mal reçu par le marché. Au contraire, un vent d’optimisme a même soufflé sur l’action du plus gros distributeur européen, Carrefour, hier à la Bourse de Paris. Elle a gagné jusqu’à 5% en matinée, avant de clôturer sur un gain de 3,3% à 18,3 euros.

Carrefour avait indiqué mercredi réviser à la baisse sa prévision de résultat opérationnel courant. Il prévoit désormais un repli d’environ 15% à taux de changes courants pour 2017. À la fin de l’été, il misait sur un recul de 12%.

Fin d’année 2017 meilleure que prévu

La réaction divergente de l’action à ces deux "profit warnings" étonne. Pour justifier sa belle tenue d’hier, les analystes mettent en avant les ventes du 4e trimestre qui ont été supérieures aux attentes. Elles ont progressé de 1,9% à données comparables, après + 0,5% seulement au 3e trimestre.

L’explication ne convainc cependant pas tout le monde. D’autant que depuis ses plus bas niveaux de 2017, l’action affiche une trajectoire globalement orientée à la hausse. Une hausse, certes lente, mais qui incite certains analystes à rehausser leurs objectifs de cours. L’objectif le plus pessimiste au début de l’automne était de 12,95 euros. Il est à présent de 14,70 euros (Kepler Cheuvreux).

Les analystes d’UBS avaient bien raison, lorsqu’ils avaient suggéré en septembre qu’il était "trop tard pour vendre" l’action de ce distributeur. Reste à savoir si l’action sera en mesure, dans les prochaines semaines, de confirmer sa remontée en Bourse. Rien ne permet de l’affirmer à coup sûr. Surtout si, comme les analystes de la Deutsche Bank le pressentent, "la tendance des ventes au cours des prochains trimestres est au ralentissement". Ces analystes suggèrent de "vendre" l’action. Selon eux, "les estimations du consensus pour 2018 et 2019 doivent encore être considérablement réduites, compte tenu des investissements nécessaires pour consolider l’activité en France et du contexte concurrentiel difficile ailleurs en Europe".

Un plan sévère

La hausse de l’action jeudi apparaît néanmoins comme étant de bon augure à quelques jours de l’annonce, prévue pour le 23 janvier, du plan stratégique du nouveau patron Alexandre Bompard. Ce dernier, venu de Fnac Darty dont il a redressé les affaires, a pris sa place de CEO chez Carrefour en juillet 2017.

On ne sait pas avec précision de quoi ce plan retournera. Programmée initialement pour le mois de décembre, son annonce a été reportée à ce 23 janvier, afin d’éviter d’éventuels mouvements sociaux qui auraient affecté les affaires du groupe durant la période des fêtes. Cela en dit assez sur la sévérité qui marquera ce plan. Beaucoup d’analystes relayés par Reuters disaient il y a quelques semaines anticiper "un plan massif de réductions de coûts afin de permettre au groupe d’investir dans des baisses de prix pour relancer l’attractivité de ses hypers en France sans trop dégrader les marges. Des fermetures de magasins et des passages en franchises seraient aussi à l’étude, selon les syndicats, de même qu’une refonte d’envergure du digital, où Carrefour accuse un important retard par rapport à ses concurrents".

Vers un dividende stable

Même si elles sont loin d’être suffisantes, les démarches entreprises par Carrefour ces derniers temps visent à combler ces lacunes. Le distributeur est en négociation avec Fnac Darty pour mutualiser leurs achats d’appareils électroniques. La semaine passée, Carrefour a acquis une participation de 17% dans Showroomprivé qui vend des vêtements en ligne. À cela, on ajoutera qu’il n’est pas impensable d’imaginer une collaboration plus étroite avec les Galeries Lafayette. Cette enseigne, qui vient d’acquérir la Redoute, a pour principal actionnaire la famille Moulin. Celle-ci est aussi l’actionnaire numéro un de Carrefour avec une participation de 11,3%.

Les analystes suivis par Bloomberg tablent sur un bénéfice de 1,122 euro par action pour l’exercice 2017, en baisse de 17,5% sur celui de 2016. Le montant brut du dividende devrait rester inchangé à 0,70 euro par action.

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