Des dividendes français moins taxés. Quelles actions privilégier?

Total, Engie, Sanofi... Mine de rien, les investisseurs belges détiennent déjà beaucoup de titres cotés à Paris. ©AFP

Plusieurs actions du CAC 40 affichent un rendement du dividende supérieur à 3%. Ces valeurs sont populaires parmi les investisseurs belges. Mais attention au ratio de distribution.

Les investisseurs belges sont friands d’actions françaises et néerlandaises. Cet engouement risque de s’amplifier encore dans les mois qui viennent, à la faveur de modifications de la fiscalité sur les revenus mobiliers dans ces deux pays. En France, le précompte retenu sur les dividendes d’actions perçus par des étrangers passe de 30% à 12,8%. Et aux Pays-Bas, le gouvernement prévoit de supprimer purement et simplement la retenue à la source sur les dividendes.

Les Belges détiennent beaucoup d’actions françaises en portefeuille, malgré le problème du double précompte, à savoir l’application du précompte mobilier belge au montant qui subsiste après avoir préalablement appliqué la retenue à la source française sur le dividende d’une société établie outre-Quiévrain.

Actuellement, l’ancien taux du précompte (30%) prévaut toujours en France, parce que l’administration fiscale et les institutions financières doivent déterminer les modalités pratiques afin d’appliquer le nouveau taux (12,8%).

Par conséquent, si on imagine qu’une société française verse un dividende brut de 100 euros à un actionnaire belge, la retenue à la source française s’applique d’abord, ce qui laisse 70 euros, montant qui subira ensuite le précompte mobilier belge (30% également), ce qui ne laissera que 49 euros de dividende net au particulier belge.
Il est toutefois possible de récupérer une partie du précompte mobilier français grâce à la convention préventive de double imposition entre les deux États, ce qui donne alors un dividende net de 59,50 euros à l’arrivée.

De 8% à 9% du portefeuille

Quand la procédure permettant de limiter la retenue française à 12,8% sera en place, l’investisseur belge recevra un peu plus, à savoir 61,04 euros net, sur les 100 euros brut de départ. Précisons que le fisc belge sera gagnant puisque son précompte de 30% frappera un montant plus élevé subsistant après la retenue à la source française. La fiscalité française sur les dividendes va donc favoriser les Belges.

Or, il se trouve que ceux-ci détiennent déjà beaucoup de titres cotés à Paris. Pour des raisons historiques, tout d’abord:

  • Petrofina est passée dans le giron de Total
  • Electrabel dans celui d’Engie  
  • Plus récemment, Ablynx a été absorbée par Sanofi , ce qui a conduit certains actionnaires belges à apporter leurs titres à l’OPA (offre publique d’acquisition) et à réinvestir les liquidités reçues dans le nouvel ensemble.

Les liens économiques étroits entre les deux pays et le caractère très ouvert de l’économie belge ont aussi rapidement conduit les investisseurs du plat pays à regarder les actions les plus intéressantes de la Bourse de Paris.

Chez Bolero, courtier en ligne de CBC et KBC, on précise que "la proportion de clients détenant des actions françaises s’élève aujourd’hui à 20%. Ce taux est encore plus élevé parmi nos investisseurs francophones, qui sont 28% à posséder de telles actions. Nos clients néerlandophones sont quant à eux 19% à détenir des actions de l’Hexagone. Les actions françaises détenues par ces clients Bolero représentent en moyenne 9% de la valeur de leur portefeuille."

Chez le courtier en ligne BinckBank, on signale que "28% des clients détiennent des actions françaises", ces dernières représentant 8,25% du portefeuille moyen. Et chez Keytrade Bank, pionnier du courtage en ligne en Belgique, on se borne à signaler que les clients "détiennent plus d’actions françaises que d’actions néerlandaises".

Parmi les titres cotés à Paris, quels sont les chouchous des investisseurs belges? Keytrade signale que, pour ses clients, le top 3 des actions françaises se compose de Total, Engie et Sanofi. Trois valeurs qui se retrouvent aussi dans les cinq actions françaises préférées des clients de Binck, avec également Carrefour et AXA . Bolero signale quant à lui que "les titres les plus populaires dans les portefeuilles de nos clients sont, pour la France, Engie, Total, Suez, Sanofi et AXA".

©Mediafin

Attention au "payout ratio"

Sans surprise, on retrouve quasiment toutes ces actions parmi les valeurs qui offrent les meilleurs rendements du dividende au sein du CAC 40. Preuve que les investisseurs belges apprécient les actions pour leurs dividendes. À noter que si Suez faisait partie de l’indice français, elle se classerait en ordre utile puisque son rendement dividendaire dépasse 5,5%.

Toutefois, tout comme Engie, Suez présente un ratio de distribution du dividende de plus de 145%. Un tel "payout ratio" signifie que le groupe distribue quasiment 1,5 fois son bénéfice aux actionnaires, ce qui veut dire qu’il s’endette pour rester généreux. Une stratégie qui ne peut pas être durable si la croissance bénéficiaire ne retrouve pas un niveau élevé rapidement.

On constate que Veolia figure également dans ce groupe des sociétés qui rémunèrent leurs actionnaires en s’endettant, tout comme Carrefour, qui verse un dividende malgré la perte enregistrée l’an dernier, tandis que Sanofi donne tout ce qu’elle a: si ses bénéfices ne grimpent pas, son dividende risque de stagner aussi. Notons aussi qu’Orange n’a plus beaucoup de marge de manœuvre au regard de son ratio de distribution. À l’opposé, Renault est dans une situation confortable: même si son résultat baisse, le constructeur automobile pourra maintenir une politique de dividende généreuse. Il en va de même du fabricant de pneus Michelin.

Les autres distribuent, grosso modo, entre la moitié et les trois quarts de leurs bénéfices aux actionnaires.

Parmi les quinze sociétés du CAC 40 qui gâtent le plus leurs actionnaires, seules deux ont réduit leur dividende cette année:

  • Engie (-30%) 
  • Carrefour (-34%)

Le groupe énergétique a toutefois annoncé une nouvelle politique de rémunération des actionnaires pour l’an prochain avec un dividende qui devrait augmenter de 7,1% à 0,75 euro. On sait toutefois que le groupe distribue déjà plus que ce qu’il gagne. Quant à Carrefour, il faudra, avant tout, voir comment il s’en sort avec sa restructuration en cours.

Influence des cycles

D’autres paramètres doivent évidemment entrer en compte au moment de jeter son dévolu sur une action française, comme la sensibilité au cycle économique. Prenons l’exemple de l’action Renault, active dans un secteur très conjoncturel: la récession qui avait suivi la crise financière de 2008 avait poussé le constructeur à omettre son dividende en 2009 et 2010. Le groupe a dû mener une grosse restructuration par la suite. Ça a porté ses fruits puisque le dividende a pu croître fortement dans les années suivantes.

Autre exemple: Crédit Agricole a privé ses actionnaires de dividendes en 2012 et 2013, sous l’effet de la crise de la dette qui a affecté la zone euro. Le groupe bancaire français se retrouve aujourd’hui avec un rendement du dividende généreux. Mais on a vu son action souffrir à la fin du mois de mai à cause des inquiétudes sur l’Italie. Le marché n’a pas oublié que le groupe français avait dû sevrer ses actionnaires quelques années plus tôt.

Les actions de BNP Paribas et Société Générale, deux des trois titres les plus rentables du moment avec AXA, ont également chuté fin mai pour les mêmes raisons. Cette baisse de leurs cours de Bourse explique d’ailleurs le rendement élevé de leur dividende à l’heure actuelle.

Si l’on investit en ayant comme priorité un rendement attrayant du dividende, on s’intéressera de près à la politique de rémunération des actionnaires que les sociétés appliquent. Ainsi, Michelin s’engage à ristourner à ses actionnaires au moins 35% du bénéfice net hors éléments exceptionnels. Son ratio de distribution prouve que le groupe français tient ses promesses.

Objectifs de dividendes

Veolia entrevoit quant à elle une "croissance du dividende en ligne avec celle du résultat net courant", un engagement à évaluer à l’aune de la "croissance de l’ebitda (excédent brut d’exploitation, NDLR) supérieure à celle de 2017" anticipée lors de la présentation de ses chiffres de l’an dernier, à condition que les taux de change restent plus ou moins stables. Orange rappelle quant à lui s’être "donné comme objectif le maintien a minima d’un dividende de 0,60 euro par action et par an jusqu’en 2018, sans exclure une croissance selon l’évolution de l’ebitda ajusté".

Les sociétés cotées ne manquent pas de mettre en évidence l’historique de leur politique de dividende. Ainsi, Sanofi souligne que son "dividende est en hausse depuis 24 ans consécutifs".

De son côté, Total insiste sur la continuité de son dividende depuis plus de trente ans: "Nous proposons à nos actionnaires un dividende trimestriel, qui n’a jamais baissé depuis 1982", s’enorgueillit le groupe pétrolier, qui prévoit par ailleurs de racheter jusqu’à 5 milliards de dollars d’actions de 2018 à 2020 "pour partager avec les actionnaires les bénéfices de la hausse du pétrole". Les actions ainsi rachetées doivent servir au paiement du dividende en actions pour les actionnaires qui le souhaitent mais le groupe laisse le choix entre cela et un dividende en numéraire.

Aussi hors du CAC 40

Enfin, précisons que les investisseurs belges peuvent aussi trouver des rendements très intéressants parmi les sociétés françaises hors du CAC 40. À titre d’exemple, le groupe immobilier Klépierre présente un rendement du dividende de 5,8%, tout comme la banque Natixis, mais sans oublier que celle-ci avait beaucoup souffert de la crise financière, ce qui l’avait contrainte à omettre son dividende de 2008 à 2010.

Ces rendements élevés expliquent en partie l’intérêt des investisseurs belges pour le marché français. "Nous sommes conscients que les marchés d’actions français et néerlandais sont très importants pour nos investisseurs belges", précise le courtier Bolero, qui met aussi en avant sa tarification, qui n’établit aucune distinction entre les ordres passés sur les principaux marchés d’Euronext, à savoir Bruxelles, Paris et Amsterdam.

Ce traitement équitable des trois places financières en matière de frais de courtage "explique en partie cet état de fait (la popularité des titres français et néerlandais, NDLR)".

Et à l’avenir, cet engouement pour les actions cotées sur ces deux marchés voisins devrait encore s’amplifier, anticipe Bolero. "Nous prévoyons que la réduction de la taxation des actions françaises et néerlandaises augmentera encore la part investie en France et aux Pays-Bas des portefeuilles clients."

L’époque où les portefeuilles de nos compatriotes n’étaient composés que d’actions belges considérées comme des investissements en "bon père de famille" est bien révolue.

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