Deutsche Bank au plus bas de son histoire

©REUTERS

L’action de la première banque allemande se trouve dans une spirale baissière depuis plusieurs mois, à l’image de ses revenus. Et les analystes ne sont pas optimistes à court terme.

On se croirait coincé dans "Un jour sans fin", le film de Harold Ramis réalisé en 1993. Presque inlassablement, les valeurs bancaires signent la plus forte baisse sectorielle en Europe. Ce scénario dure depuis plusieurs mois et il se serait encore répété ce mercredi si Donald Trump n’avait pas tempéré les craintes d’une escalade des tensions commerciales avec la Chine.

"Le secteur bancaire reste un secteur difficile dans lequel investir."
Christian Solé
Gestionnaire de fonds

Le Président des États-Unis va soutenir un projet de loi qui vise à combattre les investissements "prédateurs" qui "menacent le leadership technologique" de son pays, sans viser spécifiquement les investissements chinois comme l’avaient annoncé plusieurs journaux américains. Avec ce projet de loi baptisé FIRRMA, "nous avons les moyens nécessaires pour protéger les technologies importantes. Notre objectif n’est pas de singulariser la Chine (...) mais d’avoir les outils nécessaires pour protéger nos investissements", a-t-il déclaré.

Une valeur bancaire n’a pourtant pas profité du rebond général des marchés européens : Deutsche Bank  . L’action a dégringolé de 43% depuis le début de l’année. Et ce mercredi, le titre a touché en séance un nouveau plus bas historique, à 8,75 euros. Son précédent record datait d’il y a 21 mois. La première banque allemande ne vaut plus que 18,7 milliards d’euros, soit presque deux fois moins que KBC (27,5 milliards) .

Les raisons de cette chute sont multiples: craintes sur son état de santé financier, un nouveau gouvernement italien qui relance la peur d’une crise de la zone euro, une hausse de taux qui se fait attendre en Europe, etc. S’ajoute encore l’escalade des tensions commerciales qui pourrait impacter négativement la croissance mondiale et vous avez le cocktail parfait pour faire fuir les investisseurs. "Le secteur bancaire reste un secteur difficile dans lequel investir, car il a un très fort effet de levier, donc chaque fois que l’économie se détériore ou que l’incertitude augmente dans certains pays, il s’en trouve rapidement affecté", a expliqué Christian Sole, gestionnaire de fonds chez Candriam. Ce spécialiste des valeurs bancaires ne voit pas beaucoup de catalyseurs positifs à court terme, soulignant que la plupart des titres ne sont pas bon marché, "même s’ils sont moins chers et plus solides qu’il y a 10 ans".

Crise de confiance

La nomination de Christian Sewing en tant que nouveau patron de l’entreprise n'a pas suffi à rassurer les investisseurs et stopper le cercle vicieux dans lequel est coincée la banque. ©REUTERS

Le titre Deutsche Bank a été en particulier délaissé mercredi suite à une note de CFRA. Le broker a abaissé sa recommandation à "vendre" et son objectif de cours est passé de 10,50 à 9 euros. Il juge l’état de l’institution plutôt fragile. De manière générale, les analystes sont pessimistes sur la valeur. Environ la moitié d’entre eux conseillent de la vendre.

Il faut dire que les derniers résultats financiers de la banque allemande étaient peu réjouissants. Au premier trimestre 2018, son chiffre d’affaires net a atteint quelque 7 milliards d’euros, en baisse de 5% par rapport à la même période de l’année précédente. Et son ratio Common Equity Tier 1 (CET1) est tombé 13,4%, contre 14,0% à la fin de 2017.

Pour remonter la pente, Deutsche Bank a annoncé en avril la nomination de Christian Sewing en tant que nouveau patron de l’entreprise. Elle s’attend toutefois à une nouvelle baisse de ses revenus au deuxième trimestre en raison des coupes dans les opérations de banque d’investissement et la suppression de 7.000 emplois. L’établissement est coincé dans un "cercle vicieux" de baisse des revenus, de dépenses "rigides", d’une cote de crédit abaissée et de coûts de financement croissants, a averti début juin son directeur financier. Les chiffres seront publiés officiellement le 25 juillet. Les analystes estiment que le titre ne pourra pas rebondir en Bourse sans bons résultats.

Entre-temps, une autre mauvaise nouvelle pourrait encore pousser le titre à la baisse. La Réserve fédérale doit publier jeudi soir les conclusions de ses stress tests. Et certains observateurs s’attendent à ce que les filiales américaines de Deutsche Bank échouent une nouvelle fois.

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