Envol des taux: la Belgique est-elle le domino suivant?

©Lieven Van Assche

C'est un record: l'écart de rendement entre les obligations à dix ans de la Belgique et de l'Allemagne a atteint 350 points de base (ou 3,5 points de pourcentage) jeudi. La contagion de la crise de la dette publique dans la zone euro et le blocage politique belge provoquent une nette tension du taux d'intérêt auquel l'Etat fédéral peut refinancer sa dette sur le marché.

Le coût des emprunts de l’État belge augmente à nouveau. Jeudi, sur le marché obligataire, l’écart entre le taux de l’obligation linéaire (Olo) belge à dix ans et celui du Bund allemand de même échéance, référence du marché, a atteint un record historique de 350 points de base (3,50 points de pourcentage). Pour un emprunt à dix ans, le marché réclame à la Belgique un taux d’intérêt de 5,64%, alors que l’Allemagne se voit assigner un taux de 2,14%. La différence entre les deux (ou "spread"), qui est donc de 350 points de base (564 moins 214), représente la prime de risque associée à l’État belge.

"Comme hier, les obligations belges décrochent", constate Alexandre De Groote, administrateur délégué de Petercam Institutional Bonds. "Il n'y a rien de nouveau aujourd'hui mais les vendeurs sont actifs, sur les titres de la Belgique comme sur ceux d'autres pays."

Mais le rythme auquel les taux belges grimpent est toutefois nettement plus élevé depuis le début de cette semaine. "Absolument, à présent, la Belgique est vraiment une victime à part entière de la crise de la dette", estime Alexandre De Groote. "Avant, quand le marché ne plaçait que les pays périphériques sous pression, l'Etat belge bénéficiait d'une sorte de période de grâce. Puis, la contagion a progressivement rattrapé la Belgique. Et désormais, elle est complètement dans la crise de la dette."

Les causes de la tension

Plus le risque de défaut de remboursement d’un pays augmente, plus le taux d’intérêt réclamé par les investisseurs pour lui prêter de l’argent grimpe. La prime de risque de la Belgique augmente actuellement car, aux yeux des investisseurs, dans la propagation de la crise de la dette, après la Grèce, le Portugal, l'Italie, voire l'Espagne, la Belgique est le domino suivant: ils sanctionnent ses obligations pour cela.

Si la Belgique est considérée comme fragile, c'est avant tout à cause de sa dette publique, qui flirte avec les 100 % du produit intérieur brut. De plus, l'État belge reste sous la menace d'une dégradation de sa note auprès des trois grandes agences d'évaluation financière. En outre, les nombreuses garanties fournies par l'État alourdissent le "spread".

Et bien entendu, la crise politique n'arrange rien. Pour les prêteurs, un pays sans gouvernement de plein exercice présente un risque plus élevé qu'un État disposant d'un exécutif fonctionnel. Car on considère que le gouvernement peut à tout moment adapter la trajectoire budgétaire pour préserver la capacité de remboursement du pays. L'absence de solution politique en Belgique provoque donc une plus grande méfiance des opérateurs du marché obligataire (là où les États empruntent de l'argent pour refinancer leur dette) envers le Royaume.

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