Euronav moins exubérant que les analystes sur l'évolution de ses bénéfices

Une majorité d'analystes recommandent favorablement l'action. Les dirigeants de ce spécialiste du transport par mer reconnaissent toutefois des défis.

Plus d’un mois après son annonce, le projet de rachat de l’Américain Gener8 Maritime par l’Anversois Euronav continue à retenir l’attention des analystes. Cette fois, c’est la banque Morgan Stanley qui a consacré une note à cette opération. Fotis Giannakoutis qui la signe se montre plutôt optimiste envers le spécialiste belge du transport par mer de pétrole. En témoigne: la hausse du rating qu’il assigne à son action. Il recommande désormais de la "surpondérer".

En Bourse, le conseil de cet analyste n’est pas passé inaperçu ce lundi. Son action a clôturé la séance d’hier sur une hausse de 5,92% à 6,71 euros.

Indéniablement, sa note vient à point pour une action qui n’a pas profité de l’ascension des marchés en janvier. Elle accumulait une perte d’une quinzaine de pour cent à vendredi passé depuis le début de cette année. L’analyste ne manque pas d’ailleurs de souligner que la baisse récente de cette action constitue une opportunité "pour jouer le redressement du secteur des pétroliers".

75 navires

En deux mots, la différence entre le VLCC et le Suezmax

Pour mémoire, un VLCC est catégorisé dans les supertankers, ces plus grands navires ayant une capacité de transporter plus de 250.000 tonnes. Ils peuvent par exemple transporter jusqu’à 2 millions de barils de pétrole. 

Le Suezmax, lui, est un bâtiment capable d’utiliser le Canal de Suez à pleine charge. Ce qui n’est pas permis à tous les navires, du fait du tirant d’eau limité du canal.

Plus fondamentalement, Fotis Giannakoulis salue le rapprochement d’Euronav et de Gener8 Maritime. Ce dernier deviendra une filiale à part entière du transporteur belge d’ici le début de l’été prochain. "Elle fera d’Euronav le premier tanker indépendant au monde". Celui-ci détiendra une flotte de 75 navires modernes composée de 44 VLCC et de 28 Suezmax pouvant transporter jusqu’à 18 millions de tonnes.

L’analyste de Morgan Stanley prévoit que "les prix du transport des VLCC tomberont cette année à 21.000 dollars par jour". Selon  des chiffres renseignés par Euronav, ils s’étaient élevés à 28.119 dollars en 2017. "Mais, ajoute l’analyste, ils devraient revenir graduellement à des niveaux de milieu de cycle de 42.000 dollars par jour en 2020. Cela permettra à Euronav de faire monter son bénéfice par action à 1,25 dollar (1,02 euro). Et imaginons que le prix de fret pour un VLCC atteigne 58.000 dollars par jour, Euronav devrait alors être en mesure de réaliser un bénéfice par action de 2,75 dollars (2,24 euros)".

Euronav avait fini son exercice 2017 sur un profit par action de 0,01 dollar. Il était de 1,29 dollar en 2016.

2018, année de défi

Fotis Giannakoulis n’est pas le seul analyste à faire preuve d’enthousiasme à l’égard de l’évolution des résultats futurs d’Euronav. Sur les 16 analystes suivis par Bloomberg et qui se sont prononcés en janvier sur l’action Euronav, huit suggèrent de l’"acheter". Sept la "conservent" au mieux, tandis qu’un seul indique qu’elle manque "d’attractivité".

Avec des exportations américaines de pétrole trois fois plus élevées au 4e trimestre de 2017 qu’un an auparavant, avoir acquis une transporteur américain ne peut a priori n’être que bénéfique pour Euronav. En même temps, le transporteur belge entrevoit la possibilité de réaliser des économies d’échelle. Il ne se montre cependant pas aussi optimiste que les analystes sur l’évolution du prix du transport.

Euronav reconnaît bien la nécessité pour le secteur maritime, très fragmenté, de se consolider. Mais il n’est pas certain de présenter dès l’exercice en cours des résultats nettement plus élevés. Trop de navires restent en circulation. Ce qui affecte les prix du fret. Le prolongement de l’accord de l’Opep portant sur la réduction des exportations de pétrolières est aussi un facteur qui pèse sur les prix.

"2018 sera une autre année de défi pour Euronav et le secteur des supertankers du fait d’un environnement de surcapacité persistant et de l’allongement des accords de l’Opep. La pression sur les prix pourrait toutefois être atténuée par la forte demande de pétrole", résument les analystes de Bloomberg Intelligence.

De son côté, l’analyste Catherine Larkin, de chez UBS, qui a abaissé son rating sur l’action Euronav à "neutre" il y a un mois, reconnaît que l’acquisition répond à la question des investisseurs qui prônent la consolidation du secteur. Elle devrait conduire à des sociétés plus diversifiées et bien capitalisées. L’analyste "continue de voir 2018 comme une année de reprise pour les supertankers. Mais les livraisons de nouveaux navires  empêcheront un fort rebond".

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