L'euro, juste une correction passagère?

Mario Draghi a déclaré que la BCE pourrait mener une action monétaire face à l’euro fort. ©Bloomberg

L'euro poursuit son repli face au dollar après l'annonce par la BCE de la possibilité d'un assouplissement prochain de sa politique monétaire et alors que les tensions se ravivent en Ukraine plus que jamais menacée d'éclatement. Des observateurs pointent une correction passagère. Analyse.

L’euro s’est affaibli lundi face au dollar suite aux commentaires du président de la Banque centrale européenne, ce week-end. Mario Draghi a laissé entendre samedi, lors d’une conférence de presse à Washington, en marge des réunions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, que l’institution était prête à agir sur le front monétaire pour lutter contre un euro trop fort et une inflation trop faible. "Si nous voulons que la politique monétaire reste aussi accommodante qu’elle l’est aujourd’hui, une poursuite de l’appréciation du taux de change (de l’euro) pourrait nécessiter une action monétaire", a-t-il déclaré.

→ Autrement dit, la BCE ne laissera pas indéfiniment s’apprécier la monnaie européenne.

Vers 8h, l'euro valait 1,3805 dollar, contre 1,3820 dollar lundi à 23h. Sur un an, la devise a pris 6% face au dollar. Comme le pointent de nombreux observateurs, à chaque fois que la BCE souligne que l’euro est trop fort et qu’elle va agir, la devise s’affaiblit dans un premier temps, avant de repartir à la hausse.

"La BCE essaie jusqu’à présent de limiter oralement l’appréciation de l’euro. Les gouverneurs de la BCE se disent que s’ils parviennent à faire baisser la devise grâce à des déclarations, autant s’y tenir, mais on constate que cet impact est de plus en plus éphémère", relève Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING Belgique.

Afflux de capitaux

Peter Vanden Houte explique la force de l’euro par les entrées importantes de capitaux dans la zone euro. Celles-ci sont dues d’une part à la balance courante de la zone euro en excédent. "Lorsqu’une balance courante est excédentaire, les sorties de capitaux doivent compenser pour que la devise s’affaiblisse, mais ici, ce n’est pas le cas", indique l’économiste. "Depuis 2013, on a vu que pas mal de fonds en provenance des Etats-Unis se sont mis à rechercher des taux d’intérêt plus intéressants, surtout auprès des pays de la périphérie de la zone euro, ce qui a un impact sur le taux de change", note-t-il.

Il pointe l’engouement pour l’émission obligataire grecque, dont la demande a atteint 20 milliards d’euros contre 3 milliards d’euros levés. "De plus, les investisseurs étrangers, surtout américains, se sont de plus en plus intéressés à la Bourse européenne depuis le deuxième semestre 2013 à cause des signes de reprise économique de la zone euro. Les actions européennes évoluent 30% en dessous de leur niveau d’avant crise. Leur potentiel de rattrapage représente un pôle d’attraction pour les investisseurs", ajoute-t-il.

Baisse de taux

Pour enrayer la hausse de l’euro, Peter Vanden Houte estime que la BCE va devoir abaisser ses taux, à la fois de refinancement et de dépôt. En d’autres termes, l’économiste voit le taux de dépôt accordé aux banques tomber en territoire négatif pour la première fois.

"J’ai entendu de plusieurs sources que tout le monde s’accorde à la BCE sur le fait que si l’euro représente un risque, l’action la plus appropriée serait de mettre le taux de dépôt sous le zéro. Si ce taux est négatif, cela va pousser les grands investisseurs institutionnels à ne plus placer leur argent en euro. Cela freinerait les entrées de capitaux et arrêterait la progression de l’euro", indique-t-il.

L’économiste souligne que la BCE resterait dans son mandat en abaissant ses taux. Par contre, la banque centrale dépasse le cadre de son mandat si elle se lance dans un programme d’assouplissement quantitatif. "Là, on touche un terrain beaucoup plus délicat, avec une Bundesbank qui s’y oppose", note-t-il. Et il rappelle que ce soutien servirait à restaurer le circuit du crédit dans la zone euro. Mais pas à faire baisser l’euro.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés