La BCE doit-elle baisser ses taux?

Risques de rechute en récession, volatilité exacerbée sur les marchés financiers, enlisement de la crise de la dette souveraine, problèmes de liquidités des banques et doutes croissants sur leur solvabilité... autant de facteurs qui justifient une baisse des taux directeurs en zone euro, selon les marchés. Ceux-ci voient le taux interbancaire à un jour à 0,67% en décembre, ce qui impliquerait une baisse de 75 points de base du taux de refinancement de la Banque centrale européenne (BCE) d’ici la fin de l’année.

Au printemps dernier, la Banque centrale européenne (BCE) avait pourtant entamé un cycle de hausse des taux. L’amélioration des perspectives économiques et l’accélération de l’inflation avaient poussé le Conseil des gouverneurs à relever le principal taux directeur à deux reprises, en avril et en juillet, de 25 points de base chaque fois. Avant de marquer une pause en été suite au ralentissement de l’activité économique. Aujourd’hui, la BCE devrait une nouvelle fois opter pour le statu quo et maintenir le taux de refinancement à 1,5% à l’issue de sa réunion de politique monétaire. Mais face à l’aggravation de la crise, les appels en faveur d’une baisse des taux sont de plus en plus nombreux, d’autant que la BCE est isolée dans sa stratégie de resserrement monétaire. La banque centrale américaine, la Réserve fédérale, a annoncé il y a un mois qu’elle était prête à maintenir ses taux proches de zéro jusque mi-2013 tandis que la Banque d’Angletterre ne prévoit pas de relever les siens - actuellement à 0,50%- avant la fin 2012.

Situation critique

"Les risques d’inflation ne sont pas plus élevés en Europe qu’aux Etats-Unis. Pourquoi la BCE devait-elle alors maintenir ses taux au niveau actuel alors que le système financier est sous pression suite aux besoins de recapitalisation implicites ?, s’interroge Christophe Dispas, spécialiste des marchés obligataires auprès de la Banque Degroof. Dans ce contexte, tous les outils doivent être utilisés pour rétablir la situation. En l’absence d’arme budgétaire, l’initiative ne peut venir que des banques centrales, par le biais d’une baisse des taux ou d’assouplissement quantitatif."

Perte de crédibilité

Une baisse des taux à court terme semble pourtant peu probable. "Baisser les taux maintenant reviendrait à admettre que les hausses de taux précédentes étaient des erreurs de politique monétaire, estime Oscar Bernal, professeur de finance à l’Université de Namur. Et la BCE enverrait alors aux marchés un signal désastreux pour sa crédibilité." Voilà qui ternirait la fin du mandat de Jean-Claude Trichet qui quittera la présidence de la BCE à la fin du mois prochain. "Une baisse des taux ne serait pas davantage un cadeau de bienvenue agréable pour son successeur Mario Draghi, souligne Carsten Brzeski, senior economist auprès d’ING. Je pense qu’au moment actuel, une baisse des taux serait prématurée. En fait, la perte de crédibilité pourrait être plus forte qu’un impact positif mineur sur la croissance. De plus, l’exemple américain montre que la politique monétaire ne peut pas se substituer à des réformes structurelles et à des mesures d’austérité."

La BCE adoptera donc vraisemblablement une position attentiste aujourd’hui, avant de détenir les preuves tangibles de la contagion de la crise des marchés à l’économie réelle. A moins qu’une nouvelle phase d’aggravation de la crise de la dette souveraine ne la force à faire marche arrière et à baisser les taux. Avant 2012?

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