La Bourse de Bruxelles bientôt une coquille vide?

Selon plusieurs sources proches du dossier, NYSE Euronext envisagerait de fusionner ses marchés au comptant et de dérivés bruxellois et amstellodamois. La Bourse de Bruxelles sera confinée à un rôle de représentation.

Dans sa politique de rationalisation, NYSE Euronext n'a pas oublié la Bourse de Bruxelles. Depuis le rachat d'Euronext par le NYSE en 2007, les effectifs au Palais de la Bourse étaient tombés de 68 à 28. L'introduction du Single Order Book en 2008, où les carnets d'ordres de Paris, Amsterdam et Bruxelles ont été fusionnés pour les titres cotés sur au moins deux de ces places, posait déjà la question d'un maintien de trois différentes places boursières. Tel était l'aboutissement du modèle Euronext, selon Olivier Lefebvre, ancien président d'Euronext Bruxelles. A Paris et Amsterdam, les directions se sont arrangées pour trouver un nouveau pôle de croissance. Pour Amsterdam, ce sera les dérivés, très prisés par les particuliers outre-Moerdijk. En France, une réflexion de place s'est opérée dès 2008 avec le ministère de l'Economie. Il s'en est suivi un plan de soutien pour les PME cotées, et la création de plusieurs plateformes de transactions sur les obligations d'entreprises, toutes régulées à partir de Paris. NYSE Euronext lancera la sienne en janvier 2011. À Bruxelles par contre, une telle réflexion manque à l'appel.

Une coquille vide

Selon plusieurs sources proches du dossier, NYSE Euronext envisage de fusionner ses marchés cash et dérivés bruxellois et hollandais. "C'est sur la table des discussions" commente un acteur du marché.

Concrètement, cela signifierait que les deux personnes en poste pour le marché cash et les trois pour les dérivés seraient reprises dans une nouvelle équipe Benelux dirigée depuis Amsterdam. "Il ne resterait plus à Bruxelles que le département juridique, déjà fortement limité depuis la fusion avec le NYSE, celui du support, et celui des IPO, aussi fortement limité" souligne une source proche du dossier. Bref, la Bourse de Bruxelles serait confinée à un rôle de représentation. Vincent Van Dessel, le président actuel de la Bourse, a cependant démenti en bloc ces informations.

Ce rôle de représentation pourrait être néfaste à terme pour ce qui reste de la Bourse de Bruxelles. "Pour une société belge souhaitant être cotée en Bourse, il serait alors plus simple d'aller à Amsterdam ou à Paris, là où leurs interfaces sont plus nombreuses", souligne une source proche du dossier.

Mauvais pour la place Bruxelloise

Alors que sa plateforme électronique est basée à Basildon (Londres) et centralisée pour les marchés européens, la Bourse de Bruxelles n'a plus d'autres alternatives que de se tourner vers la cotation des PME. Mais celles qui sont actuellement cotées souffrent d'un manque de volumes de transactions. Un manque qui dénote avec l'explosion des transactions sur les titres les plus échangés de la cote, tel qu'ABInBev, GDF Suez, KBC, Ageas,…

La plateforme de transactions de NYSE Euronext, UTP, a facilité les transactions sur ces titres. Mais celles-ci proviennent essentiellement des brokers basés à Londres, tels que Morgan Stanley, Credit Suisse, Deutsche Bank,… En Belgique, les membres de la Bourse se retrouvent de plus en plus distancés. La course à la technologie que s'est livrée NYSE Euronext les a obligés à devoir s'adapter à UTP, tant bien que mal. "Les membres belges diminuent, alors que les tarifs du groupe ne cessent d'augmenter pour ces derniers", indique un acteur du marché. "Ce sont pourtant ces membres qui peuvent apporter des volumes de transactions sur les PME cotées" ajoute-t-il. Et d'après une source proche du dossier, NYSE Euronext va adopter une nouvelle tarification spécialement pour la Belgique. Une tarification qui risque de faire grincer des dents.

Repenser d'urgence son modèle

L'un des anciens présidents de la Bourse, Bruno Colmant, a souligné récemment qu'il y a urgence à repenser le modèle d'Euronext Bruxelles. D'après lui, il faudrait regrouper le Marché Libre, Alternext et le Premier Marché, avec l'informatique du NYSE, mais en ouvrant l'actionnariat de la Bourse aux intermédiaires financiers s locaux.

Il faut toutefois préciser que si NYSE Euronext veut sacrifier complètement Bruxelles, le groupe devra se justifier devant le régulateur belge, la CBFA. "Il reste toujours un marché réglementé à Bruxelles" souligne un porte-parole de la CBFA. "Si le groupe procède à des modifications opérationnelles, on ne peut intervenir". 

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